Foyer de ti-vieux!

Salle de loisirs! => Thé en poche! => Discussion démarrée par: Salade dendives le 20 février 2015 à 11:19

Titre: Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 20 février 2015 à 11:19
Oyé Oyé kamarades webziniens !

Pour les rares gences qui se souviennent de votre humble serviteur, je suis fichtrement fuckin' heureux et même joyeux de vous retrouver en ces terres glorieuses.

Il y a de cela plus de 10 ans, lorsque Musique! était une section du site, j'avais entrepris de vous livrer ma liste de 35 (oui ! 35 !!!) albums préférés de tous les temps (le paléolithique exclu), sous formes de chroniques périodiques. Cependant, j'étais jeune, fougueux, impertinent et la prise de stupéfiants commençait alors à réduire mes ardeurs journalistes. Le projet avait alors sombrement avorté avant la complétion du dit Top.

Comme Salade d'Endives n'a pas froid aux yeux, ni même aux coudes, il s'est dit que pour le plaisir de lui seul (et potentiellement de Shtamane et du célèbre Genius), il allait corriger les erreurs du passé et s'attaquer de nouveau à ce beau projet futile. Mais cette fois-ci, fuck le top 35. Les explorations sonores de sieur d'Endives s'étant intensifiées salement depuis l'an de grâce 2003, un top 35 ne pourrait aucunement rendre justice aux goûts musicaux actuels de votre humble serviteur.

C'est avec plaisir, joie, allégresse et béatitude que je commence aujourd'hui mon TOP 100 ALBUMS of ECSTATIC EUPHORIC DOOM que je vous promet solennellement de terminer avant le mois de Novembre 2027.

EDIT 10 mars 2015 : En bon mégalomane que je suis, j'ai réalisé que je suis incapable de me limiter à 100 albums. Trop de styles différents à couvrir ; trop de perles discographiques qui ne demandent qu'à être révérées. En étoffant la liste, je n'arrivais pas à un résultat satisfaisant l'obsessif-compulsif que je suis. Je transforme donc le tout en TOP 150 ALBUMS ov GRANDILOQUENT KULT FURY !!!

Allons y de quelques règles de base pour le bon fonctionnement de la chose :
-Un seul album par artiste. Sinon, le tout serait recouvert des discographies quasi-complètes de certains groupes/artistes fétiches.
-Les compils, EP, bootlegs et enregistrements fictifs sont acceptés
-Se brosser les dents au minimum 2 fois par jour et, de préférence, avec le livre des morts tibétain
-les commentaires positifs/négatifs/neutres/absurdes sont bienvenue, bien que je ne me fasse pas trop d'illusion sur la non-présence de ceux-ci
-Pas de le droit d'imploser pendant la lecture de cette liste, même si vous avez le goût
-Salade d'Endives ne cautionne aucune idéologie à travers cet article évolutif. Voilà pourquoi vous y retrouverez probablement ces sales antisémites que sont Richard Wagner et Varg Vikernes. l'important, c'est la musique créée par les artistes, et non leur manière arriérée de contempler le monde
-La lecture de cette imposante liste s'accompagne bien d'un bon rouge toscan, d'un bière de microbrasserie ou encore, de jus Oasis (Pur déjeuner FTW)

Bon, les cartes étant maintenant mises sur table, commençons sans plus tarder !!!

150. Amon Düül II - Yeti (1970)
(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/amonduuldos_yeti_zps1daa0ab9.jpg)

Style : Kraut-Rock, Psychédélique, Prog, Space-Rock

Yeti est un monstrueux album-double, le deuxième de cette légendaire formation allemande. C'est l'album qui, accompagné de son comparse Faust IV (autre pièce maîtresse) a grand, très grand ouvert la porte de mes tympans au "Kraut-Rock" (alias Rock-Choucroute), ce courant teutonique des années 60-70 qui était foutrement en avance sur son temps et qui demeure une de mes obsessions musicales pour les siècles et les siècles, amen... Il est donc normal que ce bon vieux Yeti occupe une place de choix dans mon cœur.

C'est un album qui fait très TRÈS mal (dans le bon sens du terme) et facilement un des 10 plus grands disques de Kraut-Rock. Le genre d'album qui, à la première écoute, vous jette littéralement sur le cul et vous met dans un état de transe fort singulier... Où chaque son qui le constitue vous percute et vous chavire les sens. Le genre d'album que tu sais "important" à la toute première minute d'écoute intensive et jouissive... Vous ne pouvez pas écouter ce disque en faisant la vaisselle, à moins que du robinet de l'évier ne coule un lac de LSD et que vous entreteniez une conversation fort politisée avec les ustensiles (surtout les couteaux) tout en portant un costume de chef Inca. Non. Cet album va chercher votre attention et ne vous laisse pas tranquille jusqu'à la dernière et délicieuse divagation sonore. Les synthétiseurs planants, les chants possédés, la rythmique basse-batterie tribale et le violon délirant : tout ici n'est que pure folie (savamment orchestrée).

L'album se divise entre de courts morceaux folks complètement hallucinés et de longues improvisations. Le partie "compos" débute dans le chaos avec "Soap Shop Rock", une suite psychédélique de 12 minutes qui part dans tous les sens en même temps, alternant entre des passages énergétiques aux tempos rapides et des passages glauques, lyriques et contemplatifs. S'ensuit alors 6 morceaux plus courts, comprenant entre autre le sinistre "Archangels Thunderbird" (avec les vocaux très "stoner rock" de Renate Knaup) et l'acoustique "Cerberus". La partie "impro" (les 3 derniers titres) est aussi (sinon plus) géniale et captivante. Le tout se termine avec "Sandoz in the Rain" (en référence au Laboratoire Sandoz qui a découvert le LSD précédemment mentionné), longue piste initiatique (du genre "trip d'opium proto-ambiant dans la jungle interstellaire située dans la barbe de l'univers") où les musiciens sont rejoints par des anciens compères d'Amon Düül I, question de donner au tout une ambiance encore plus free-foutraque. Du grand art, finement poilu et drogué.

Yeti, c'est du délire authentique à 127%. L'écouter, c'est comme recevoir une grande claque étoilée sur la gueule (mais une claque gentille quand même). Amateurs de musique expérimentale, libre et violente, Yeti vous est tout indiqué. Voilà là Amon Düül II à son zénith.

Yeti en 3 mots : DROGUES, Cosmique, Pilosité
Titre: Re : Top Musique! de Salade d,Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 20 février 2015 à 12:52
149. Andy Stott - Luxury Problems (2012)
(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/andystott_luxury_zps89e8ff59.jpg)

Style : Dub Techno, Ambient Techno

L'autre soir, j'étais peinard chez moi, le nez penché sur "la Maison des Feuilles" de Danielewski quand j'ai entendu la voix cristalline et lisse d'une chanteuse d'opéra robotique sortir de mon répondeur. "Bizarre" me suis-je dis à cet instant précis. Cette vieille merde est pourtant débranchée depuis des lustres. J'allai vers l'engin en question, les "Touuuch.... Touuuuch..... Touuuuch....." langoureusement susurrées par la voix fantôme se faisant plus persistants à mon oreille à mesure que mon organe tympanesque se rapprochait lui aussi de la source, accompagnant docilement le restant de mon entité corporelle dans son déplacement est-ouest.

Y'avait comme une fumée blanche et opaque qui s'échappait du truc. C'était comme une sorte de brouillard suspendu en l'air mais qui avait l'air presque solide. Au toucher, c'était froid et soyeux. Et ça fichait des malins petits frissons vraiment spéciaux aussi, entre l'excitation et la répugnance.

Alors que je peinais à comprendre la situation pleinement, ma laveuse se mis alors à fonctionner grotesquement. Elle était partie en mode "Drain & Spin" et le son était hyper-amplifié, comme si je l'entendais en étant dedans. "Fuck ! yé minuit et quart, quessé que les voisins d'en bas vont dire ?" fut alors la seule pensée intelligente qui me vint en tête.

Puis ce fut le tour du frigo de se réveiller, tout en ronronnements extra-terrestres célestes. Et la machine à Expresso aussi, produisant une vapeur grisâtre et compacte. L'appartement prenait vie, chargé de cette drôle d'électricité qui avait disjoncté. La fumée recouvrait maintenant tout et à son contact, les lumières s'allumaient, grésillaient, certains globes éclatants. En respirant la fumée à pleins poumons, je me mis à tout voir noir, blanc et bleu. Un bleu frigorifié. C'était beau mais inquiétant.

Ma chaumière était maintenant devenue un club de dance spectral bigrement lynchien où j'errais seul, hallucinant sous des stroboscopes impies et des néons qui scintillaient d'une luminescence flétrie, portée par ces beats de bass génialement givrés et, encore et toujours, cette voix de femme surréelle, qui aurait censée dû être le dernier bastion d'humanité dans toute la scène mais qui, étrangement, était ce qu'il y avait de plus glacé. En transe et transi, je pensais au "Masque de la mort rouge" mais avec des fils électriques comme protagonistes puis à Serial Experiments Lain... Je rêvais d'un Tintinnabule transfiguré en Palmer Eldtrich, dévorant diverses univers...

Je me suis endormi et/ou ai perdu connaissance quand l'imprimante s'est mise de la partie. Le lendemain, j'avais un mal de bloc et l'irrépressible envie de jouer à Mega Man 2.

Luxury Problems en 3 mots : Repas surgelé, glabre, synthétique
Titre: Re : Top Musique! de Salade d,Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 20 février 2015 à 15:12
148. Immortal - At the Heart of Winter (1999)
(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/immortal_winter_zpsd67b953b.jpg)

Style : Black Metal (saupoudré de copeaux de Trash)

aaaaah, Immortal. Le "Kiss" de la scène Black Metal norvégienne. Du glam à foison, des accoutrements ridiculement géniaux réunissant tous les stéréotypes du Black (haches de guerre en plastique noir comprises), des vidéos-clips magnifiquement cheesy où l'on admire nos valeureux guerriers nordiques jouer en bédaine près d'un fjord avec des regards haineux OU encore : cette splendide photo où l'on voit Abbath avec la fly ouverte :

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/abbath_zps2e42cf02.jpg)

J'aime Immortal pour leur sens du spectacle, leur côté "non prise de tête", leur ridicule assumé... mais j'aime aussi Immortal parce que malgré tout ça, en tant que musiciens et compositeurs, ce sont des BÊTES ! Quand vient le temps d'entrer dans le studio, nos bonhommes mettent de côté le "corpse paint" et deviennent des êtres totalement dédiés à leur art (bien que... l'image d'Immortal enregistrant un album complet AVEC leurs costumes complets me fait pas juste triper rien qu'un peu).

Le groupe a pondu bon nombre de très bons albums. J'ai hésité entre celui-ci, "Pure Holocaust" (qui est à mon avis le chef d'oeuvre de leur première phase purement Black Metal) et "Sons of Northern Darkness" (leur album d'adieu avant un break de 7-8 ans, qui exploite encore plus leur tendance Heavy-Black). Mais bon, mon vote de confiance est allé à "At the Heart of Winter" car je trouve qu'il s'agit là de leur disque le plus épique, le plus travaillé, le plus recherché au niveau des ambiances. En plus, regardez moi cette foutue pochette qu'on dirait tout droit sortie d'un livre dont vous êtes le héros. So much win.

Cet album marque aussi un tournant pour le groupe, qui perd son ancien guitariste/leader Demonaz en temps que musicien actif dû à une tendinite provoquée par une surdose de riffs. C'est le vocaliste Abbath (anciennement batteur mais guitariste aussi) qui prend sa place en temps que guitariste principal. Le son du groupe change alors énormément. Alors où avant, Immortal n'était qu'avalanche de riffs ultra rapides et de blast beats jusqu'à plus soif, ils évoluent maintenant dans un style parfois plus posé, à travers des compositions longues et intrigantes où s'alternent des passages rapides et d'autres plus lents et contemplatifs. On sent aussi le spectre du Trash et du Heavy Metal par ci par là.

Certains regretteront aussi la production des albums d'antan (plus "crue"). Ici, tout est aussi léché que sur album de Céline Dion. Perso, je me répète mais j'aime autant les 2 univers sonores du groupe.

Bref, voilà là un album parfait à s'enfiler avant d'aller courir à demi-nu sur des collines enneigées, le visage grimé de maquillage, attaquant skieurs et krazy-karpetters avec une épée en mousse. Good times.

At the Heart of Winter en 3 mots :  usine-à-riffs, épique, majestueux
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Vempyre le 21 février 2015 à 19:10
Salade, vieille branche (ça reste dans le végétal)! Voici un topic sur lequel je vais garder un œil!

C'est flou, mais était-ce moi qui vous avais initié, toi et Shtamane, aux mondes de Burzum, Ulver ou Enslaved avec les Grotesques Sonorités sur Musique!?
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 21 février 2015 à 22:10
Vempirou !!!

Content d'avoir de tes news l'ami ! Que deviens-tu !?

Merci pour le commentaire.

En effet, c'est bien toi qui m'a introduit au monde merveilleux du Black Metal jadis. Je ne te remercierai jamais assez mon cher. Tu verras bon nombre de pépites officiant dans le genre a travers ce top. Le meilleur reste a venir.
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 23 février 2015 à 10:10
147. Khana Rung Thawi - hae sot dontri phuen ban nong ko 8+9 (20??)

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/khana_zpsc791f1d6.jpg)

Style : MOLAM-FUSION !!!, OVNI sonore

L'autre jour je marchais dans la rue. Un passant passe et me parle de physique quantique. BANG ! Coup de poing dans sa gueule de merde. MOLAM BEYOTCH !!! Ensuite, pendant que la beat-machine me vrille les tympans, je le rue de coups de pieds alors qu'il gît par terre. BANG ! BANG ! BANG ! Je suis joyeux. Ses côtes éclatent une par une alors que le solo de saxophone dantesque numéro un m'explose le cerveau. MOLAM testify my brotha !

Il saigne des confettis multicolores. Ils sortent respectivement de ses narines, de ses yeux et de son front. Cette guitare psychédélico-prog-fusion-thaï me rend euphorique. ça n'arrête juste pas. Ça groove sans bon sens. D'autres personnes regardent la scène d'un air choqué. Un tente de s'interposer. Grand coup de MOLAM!!! pour lui aussi tiens. Quand il tombe par terre ça fait le bruit comme quand le coyote tombe de très haut dans Road Runner. Alors qu'il touche le sol, il se transforme en un clavier-guitare géant de couleur jaune canari. Je danse alors dans la rue. Je danse très mal mais je m'en fous ; le MOLAM s'est emparé de moi.

"C'est le Molam festival !!!", déclare-je à voix haute tout en renversant des poubelles et des cartons qui traînent ça et là. Les motifs claviéristiques cheesy-licieux recouvrent mon être tout entier, m'enfonçant dans une transe que je qualifierai de syncopée et synergique. "Cette fête là ne s'arrêtera pas de sitôt les amis !!!"

Je tente de renverser une machine Coca Cola mais c'est trop dur. Je prend plutôt une pierre et je la lance à travers la vitrine de la tabagie. La vitre pète et des morceaux de verres viennent s'enfoncer dans le visage du pov' commis qui était juste derrière. Il n'a pas le temps de s'écrier que déjà des arc-en-ciels fuchsia-rose-jaune-marbré sortent de ses plaies béantes. Je crois qu'il a un œil de crevé et un slinky s'échappe de son orbite. Ah bien, dis donc !

Soudainement, il se met à pleuvoir des tricycles, des pieuvres et des dumplings. Les tricycles font pas grand chose mais les pieuvres/dumplings décident de danser avec moi alors que commence le solo de sax numéro 12. C'est vraiment une belle journée. En plus, le ciel est chargé d'étoiles GI-GAN-TESQUES et ce, même si il est midi moins quart.

La police arrive finalement sur les lieux quelques minutes plus tard et me font la passe du taser, ce petit gadget électrique bien sympathique. Je me mets à avoir des convulsions respectant pleinement le rythme de la drum-machine. Alors que je m'apprête à perdre connaissance, un sourire dément solidement scotché sur les lèvres, j'entend les gendarmes parler d'un autre cas d'hystérie-Molam... mais non, pas moi, mes frères, jamais trop de Molam... la vie n'est que Molam... Viva el Molam... MO-LaaaaaaaaaaaM......

Ce disque au titre thaï très long et incompréhensif en 3 mots : Colossal, Casio-riffique, Convulsions
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Juggalo le 23 février 2015 à 21:20
Pour les curieux comme moi qui cherchaient un échantillon:
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Philo le 23 février 2015 à 21:44
J'ai vécu 1 an en Thaïlande, et malgré toute mon affection pour la culture thaïe... La musique thaïe, je suis tabarnakement pas capable.
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 23 février 2015 à 22:33
Merci pour les commentaires Juggz et Philo  :) Fait plaisir de vous rejaser ça !

Ah bin Philo, tu boudes là un plaisir proprement singulier mais je te respecte. En apparence, cette musique a absolument TOUT pour me déplaire, surtout le côté cheap. Mais c'est l'adéquation de TOUS ces aspects ridicules pour un ensemble juste-trop-jusqu'au-boutiste + le groove incessant qui me font capoter.

J'aurais pu en mettre d'autre dans le Top (j'pourrais facilement faire un top 10 Molam) mais ya trop d'autres bons disques dans d'autres genres à vous parler.

Le meilleur reste à venir !
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Juggalo le 23 février 2015 à 23:53
J'étais pas certain qu'on pouvait commenter au début!

Je voulais juste dire que Immortal est mon band préféré. 

Tranche de vie: Le 1er avril 2010, j'étais dans un gros trip où j'écoutais sans cesse leurs albums et je me suis dis: "Faudrait bien que je regarde s'ils viennent faire des shows en Amérique un moment donné, au cas où".

Je check: ils étaient au Metropolis le 28 mars, 3 jours avant.  Je fouille un peu sur leur historique: ils n'étaient pas venu à Montréal depuis 10 ans avant celà !  Comble de malheur: le setlist est écoeurant et le show avait l'air malade de par les commentaires et les vidéos qui ont circulé.  Pire encore: pour à peine cent dollars, on pouvait acheter un billet VIP nous donnant le droit d'entrer à l'avance et rencontrer le band pour une photo ou faire signer des trucs...

Je fais encore des cauchemars de ce 1er avril 2010.
Titre: Re : Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Manu Dalton le 24 février 2015 à 10:31
Pour les curieux comme moi qui cherchaient un échantillon:


Merci, tu viens de m'éviter de chercher par moi-même.

Étonnement je ne déteste pas. Je mentirais cependant en disant que ca s'en va direct dans mon playlist de tous les jours. Par contre pour une ambiance de restos ou de soirée à thème ça fait foutrement cool. Je vois ça personnellement un peu comme un «Midnight Syndicate», que j'aime mais qui est surtout cool pour une soirée thème à l'Halloween.
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Philo le 24 février 2015 à 12:47
Je respecte énormément ta vaste appréciation musicale, Salade. :) Je me considère généralement assez versatile, et j'adore découvrir la musique populaire des pays que je visite, mais la musique thaïe marche juste pas avec moi. J'en ai peut-être trop entendu dans des longues rides de bus!

C'est peut-être ma dernière frontière musicale, qui sait... C'est dire, j'ai même l'oreille pour l'opéra de Pékin...
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 24 février 2015 à 13:07
146. Drive Like Jehu - Yank Crime (1994)

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/drivelikejehu_yank_zpsffee5f5f.jpg)

Style : Post-Hardcore, Math Rock, Emo

Groupe de San Diego qui n'a livré que deux brûlots discographiques à travers leur court passage dans la scène alternative américaine bouillonnante des années 90, Drive Like Jehu demeure un passage obligé pour tout fan de Fugazi et de Slint qui se respecte. Leur son compact et brut fut d'ailleurs d'une influence capitale pour plusieurs groupes qui ont suivi dans le créneau, comme les excellents At The Drive-In (qui se sont ensuite mutés en The Mars Volta).

"Yank Crime", leur deuxième et dernier album, est un gros moment de bonheur auditif. C'est intense, vicieux, féroce, cérébral, dangereux, violent (mais d'une violence toute contrôlée, spécialité des math-rockeux), direct-dans-ta-gueule et superbement composé. La juxtaposition de ces deux guitares qui tissent un espèce de dialogue musical dément est ce qu'il y a de plus orgiaque ici selon moi et rappelle en intensité ce que pouvaient faire Fripp-Belew chez Crimson (dans un tout autre style... bien que certaines pièces de King Crimson pourraient bien être considérées comme la genèse du Math-Rock). La batterie est aussi incroyablement "tight" et calibre à perfection tout ce chaos musical contrôlé.

J'aime particulièrement "Do You Compute" (non, rien à voir avec la toune de Donnie Iris) et "Super Unison", 2 pièces hyper émotives d'environ 7 minutes qui nous font voyager autant que certains prog-épics de 20 minutes. Ces jeunes gens savaient vraiment ce qu'ils faisaient.

Bref, un super album à écouter TRÈS FORT pour en apprécier toute la magie. À recommander à ceux qui recherchent un disque avec des couilles mais un cerveau aussi.

Yank Crime en 3 mots : viscéral, compact, passif-agressif
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 24 février 2015 à 13:19
@Philo : Merci l'ami ! Et je respecte beaucoup la tienne aussi. Je sais pas si tu te souviens mais jadis, tu m'avais initié à Aphex Twin (que j'aimais pas du tout au début... Dieu que j'étais con) alors que je commençais à découvrir Autechre et Boards of Canada. Tu retrouveras pas mal de zik électronik dans le Top et c'est en partie grâce à toi :)

Quand j'y pense, le Webzine a été crissement important pour mon évolution musicale.

@Manu et Juggz : Je suis hyper content que tu ais écouté cette petite perle musicale thaï ! Mon but, entre autre, étant de faire découvrir des trucs obscurs. Je considère que ma mission est accomplie dans ce cas-ci  :D

Disons que des Québécois qui ont entendu du Khana Rung Thawi dans leurs vies, il doit pas il y en avoir tant que ça  :)
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Credo Quia Absurdum le 24 février 2015 à 13:31
Aphex Twin... Il était tellement en avance sur son temps ce gars là quand on y pense.
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 24 février 2015 à 14:29
Fuckingment. D'ailleurs avez-vous écouté ses dernières sorties ? He's back with a vengeance. J'ai bien aimé Syro.
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 24 février 2015 à 14:44
145. After Crying - Megalázottak és megszomorítottak (1992)

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/aftercrying_mega_zps52c88cd8.jpg)

Style : Prog de chambre

Je suis un grand amateur d'art visuel, qu'on parle de photographie ou de dessin (sous toutes ses formes et anti-formes). Par conséquent, je suis fan de pochettes de disques. C'est une des principales raison me poussant à continuer d'acheter des disques, et non à les télécharger. Un disque, c'est un tout. Pas juste des chansons disparates sur un vulgaire morceau de plastique. C'est un savant assemblage d'ambiances et d'atmosphères, musicales avant tout, mais visuelles aussi. J'aime quand la pochette d'un album, en plus d'être belle, réussit à représenter parfaitement la musique qu'elle annonce. Elle devient par le fait même une extension de la musique - une sorte de fenêtre ouverte sur un monde sonore unique... Des fois, il m'est même arrivé d'acheter un disque sans, au préalable, connaître le groupe et sa musique - juste parce que la pochette m'intriguait, me parlait. Dans le cas du quatrième album d'After Crying, ce n'était pas le cas. J'avais déjà entendu la musique sublime de l'ensemble hongrois mais quand j'ai finalement acheté le disque, j'ai pu constater à quel point la photographie ornant sa pochette était évocatrice de ce qu'il contenait : des arbres morts, suspendus dans la brume hivernale et nocturne, faiblement éclairés par un rayon de lune... Tout cela, on l'entend dans la musique d'After Crying. On le ressent. On le voit.

Megalázottak és megszomorítottak (digne d'un titre de Godspeed en hongrois !) est un disque résolument unique dans le schéma progressif moderne. Les mecs d'After Crying s'inspirent des plus grands de la première vague de prog anglais (King Crimson, ELP, Genesis), de la musique classique (milieu dont les membres du groupe proviennent) et du jazz (on sent l'influence de Miles !) pour créer un album de prog mélancolique et atmosphérique à souhait. Les compositions sont longues, planantes et somptueuses. Dès les premières secondes d'"A gadarai megszállott", pièce maîtresse du disque, on est transporté dans cette forêt ci-haut illustrée où froideur et chaleur, tristesse et beauté s'entremêlent au gré des notes sorties d'un piano fantôme, des cordes (violoncelle / violon) et des voix humaines éparses. Ça ne se presse pas - ça monte, en douceur et en émotion, petit à petit... Soudain, à travers cette magnificence sonore, s'élèvent une horde de cuivres déchaînés et de bois schizoïdes (trompette, trombone, basson, flute) rappelant autant la période Lizard du roi pourpre que Bitches Brew, l'éternel.

Megalázottak és megszomorítottak en 3 mots : lunaire, crépusculaire, contemplatif
Titre: Re : Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Philo le 24 février 2015 à 15:14
@Philo : Merci l'ami ! Et je respecte beaucoup la tienne aussi. Je sais pas si tu te souviens mais jadis, tu m'avais initié à Aphex Twin (que j'aimais pas du tout au début... Dieu que j'étais con) alors que je commençais à découvrir Autechre et Boards of Canada. Tu retrouveras pas mal de zik électronik dans le Top et c'est en partie grâce à toi :)

Oh, wow, tu m'en vois très heureux. :) Et je suis d'accord, Syro torche grave.

J'ai bien vu passer Andy Stott dans ton décompte, un autre très bon artiste...

J'imagine que tu connais Burial?
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 24 février 2015 à 15:19
Ouais. J'aime bien sieur Burial et pas mal toute l'écurie Hyperdub en fait. Son dernier, "Rival Dealer" est fichtrement cinématographique. Je suis toujours happé par milles images nocturnes à son écoute. Niveau "habillage sonore", le gars il s'y connaît. Chaque son est juste parfait.
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Philo le 24 février 2015 à 17:53
Oui, je suis 100% d'accord avec ton analyse! J'aime aussi le côté plus "lousse" de sa musique (disons, à l'opposé d'Autechre, qui est très mathématique). Paraît qu'il fait toutes ses tounes avec un logiciel rudimentaire, ce qui fait que ses timings sont parfois "off". Ça rend sa musique beaucoup plus organique.
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Credo Quia Absurdum le 25 février 2015 à 22:03
Je ne suis pas un gros fan de metal en général ( quoique j'aime encore de temps en temps )... Mais je croyais que Immortal c'était fini! J'ai fait quelques recherches sur le net par la suite pis j'ai découvert que Varg Vikerness de Burzum ( dont vous parliez et que je connaissais avant ) est sorti de prison. Le gars avait poignardé à mort un "rival" d'une vingtaine de coups de couteaux dans le dos ( en self-defense selon lui :P ). Et il s'est fait réarrêter récemment encore, pis il était en possession d'une belle panoplie d'engins pour tuer du monde.
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Juggalo le 25 février 2015 à 22:51
Pour faire l'avocat du diable, les armes étaient des fusils de chasse, enregistrés au nom de sa femme.

Il a des enfants pi toute asteur...on se demande si les autorités ont juste eu la chienne de l'avoir dans leur parage ou s'il est encore vraiment dangereux.
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 26 février 2015 à 10:22
https://www.youtube.com/watch?v=IJx0mUvlJnY (https://www.youtube.com/watch?v=IJx0mUvlJnY)

Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Manu Dalton le 26 février 2015 à 10:30
Pour le meurtre sa version a toujours été qu'il était coupable, il n'a jamais nié le meurtre, par contre il a toujours dit il s'est défendu à coup de couteau parce que l'autre gars avait une arme à feu. Le problème c'est que sans une multitude de témoin c'est la parole de un contre celle de l'autre. En ce qui me concerne je pense que personne ne saura jamais vraiment le fond de l'histoire là dedans. Ceci étant dit, c'est clair que socialement à cette époque il est devenu le bouc émissaire pour tous les conservateurs chrétiens. Je vous rappel que le gars se vantait de brûler des églises pour faire vendre ses disques. Bien qu'aucune preuve n'a été fournie pour l'associer directement aux événements il est largement accepté que ce soit lui le coupable... Donc ça nous laisse deux options, soit il est assez brillant pour pas s'être fait prendre, soit c'est vraiment pas lui.


Et comme dit Juggalo ce qui s'est passé en France concerne des armes de chasses légales et enregistrées ainsi que des armes blanches décoratives. Ce que je trouve le plus intéressant là dedans c'est qu'il a déclaré que les policiers français l'avait traité comme un être humain contrairement aux porcs qui servaient de forces de l'ordre en Norvège.  ;D
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 26 février 2015 à 11:28
144. V/A - No New York (1978)

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/nonewyork_zpsrhqsbzmn.jpg)

Style : No Wave, Noise Rock, Expérimental

Le "no wave" est un courant musical / artistique éphémère apparu à la fin des années 70 dans le quartier du Lower East side, à New York. Le nom est en quelque sorte un pied-de-nez au "new wave" aussi apparu à la même période et se veut en rupture totale avec tout ce qui s'est produit avant (d'où le "no"). Le courant puise tout de même ses sources dans le punk, le rock "noisy", le Free Jazz, la musique minimaliste, l'Industriel, le dadaïsme, le surréalisme, l'anarchisme. Parmi les groupes et artistes majeurs issus de cette scène et consistant (à l'époque) une sorte de communauté, on retrouve Glenn Branca, James Chance / White, Rhys Chatham,  DNA, Lydia Lunch, Lizzy Mercier Descloux et j'en passe... La scène "no wave" a aussi été le point de départ de Sonic Youth, les Swans et The Birthday Party.

Au moment où le mouvement battait son plein, notre bon ami Brian Eno s'y est intéressé et a donc décidé de produire cette compilation épique, sorte de manifeste de la scène No Wave. On retrouve 4 groupes phares qui pondent chacun 4 pièces toutes plus cinglées, grotesques et chaotiques les unes que les autres. Oreilles sensibles s'abstenir. Dixit pour les amateurs de trames mélodiques.

James Chance And The Contorsions : Une sorte de fusion arnarcho-débile, fichtrement funky et hyper énergétique de Punk-Rock hurlant et de Trash-Jazz avec des guitares désaccordées, une batterie hyper simpliste et brutale, un saxophone qui part dans tous les sens, des vocaux hurlés digne d'un sociopathe atteint du syndrome "Gilles la Tourette"... le tout porté par des divagations franchement étranges et atmosphériques sur un orgue cheap. C'est comme la rencontre fantasque entre James Brown, les Stooges et Suicide. Bandant.

Teenage Jesus & The Jerks : Le groupe de Lydia Lunch, sorte de prêtresse démoniaque et par le fait même : la pin-up girl du mouvement no wave, si l'on peut dire. Ici, on navigue dans un espèce de punk nihiliste complètement noir et malsain. La voix de Lunch est horrible. Le tout est moins intéressant musicalement mais niveau ambiance, ça déboîte sévère. C'est vraiment primaire et les guitares sont acérées.

Mars : Mes préférés !!! Bordel de dieu... si vous pensez que ce que vous avez écoutez jusqu'à présent était fucked-up... Bienvenue chez les mongoloïdes de la planète Mars. Vocaux de malade mental SÉVÈRE (sur l'hélium dirait on), basse schizophrénique, guitares psychotiques, saturation de chaque espace sonore par une tonne d'effets psychédélico-noise-industriel-what-the-fuck. Et quand ils sont en mode non-saturés, ils sont encore plus étranges et inquiétants. Grandiose.

DNA : Retour à une... certaine forme de normalité pour les 4 dernières piécettes. Une batterie vraiment singulière ici, propulsée dans la stratosphère par Ikue Mori (qui deviendra, par la suite, une habituée des projets de John Zorn). Encore une panoplie d'effets d'orgues ridiculement biscornus. C'est vraiment du bruit mais on sent qu'il y a un super groupe de pop qui se cache derrière tout ça. Après tout, on pourra entendre le leader Arto Lindsay plus tard chez les Lounge Lizards.

En résumé : voici une compil à posséder de toute urgence pour tout fan de musique anormale et un testament sympathique pour un courant underground très important dont l'influence se fait encore sentir chez certains groupes, comme Deerhoof et les Liars.

P.S. : La pochette arrière nous montre des z'olies photographies des membres de chaque groupe. Trouvez pas qu'on dirait des mug shots de serial killers ou d'aliénés échappés d'asile ? :

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/20080812221447_zpspaszdbll.jpg)

No New York en 3 mots : OCD-Rock, Chimique, Détérioration
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 26 février 2015 à 11:44
Je ne suis pas, mais vraiment pas fan des opinions raciales de Varg, mais le fait de l'acoquiner à Breivik alors que Varg l'a fortement critiqué suite à ses actes (et invité à se suicider, ni plus ni moins !) montre que la police n'a pas fait son boulot avant d'arrêter misteur Burzum. L'info était facilement dispo sur son blog.

Breivik a envoyé son manuscrit à Varg (tout comme à pleins d'autres personnes), pensant trouver chez lui un être aux pensées connexes mais ce n'était pas le cas.

Voici ce que Varg a écrit (attention ! le texte comprend beaucoup d'anti-juiveries niaises aussi) :

“To Breivik I can only say I hope you do kill yourself. You have killed more Norwegians than the entire Muslim population in Norway has done the last 40 years, and you claim to be a Norwegian nationalist and patriot fighting (alongside your Jewish masters) against Islam, to protect us against their crimes!? I am sorry to say so, but you have made a big mistake. Islam has been imported to Europe by Jews, so that guys like you would run to the Jews and fight for them like you did when you murdered future mothers of Norwegian children. Death to you and to all other ‘European’ Zionists out there as well! You are the main problem for Europe, because guys like you allow the Jews to run Europe into the ditch. The Jews would not have been able to do anything to us if it hadn’t been for Christian losers like you!”
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 26 février 2015 à 13:23
143. Symphony X - Paradise Lost (2007)

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/symphonyx_zpsk3e3usld.png)

Style : Progressive Metal, Power Metal, Neoclassical Metal

Grandiloquent, il va sans dire.

Basé sur le poème épique du même nom de John Milton, cet album marquait en quelque sorte un retour pour Symphony X qui n'avait rien sorti depuis leur excellent "The Odyssey" paru en 2002. L'album s'ouvre sur une intro des plus glorieuses, digne d'un final boss fight de Final Fantasy croisé à du Danny Elfman. S'ensuit alors une impressionnante suite de morceaux finement composés, bigrement efficaces, où le groupe démontre son incomparable compétence technique mais aussi son sens mélodique imparable.

On retrouve encore le savant mélange de prog, de heavy et de power metal mais on réalise bien vite que le son de Symphony X s'est assombri quelque peu depuis les précédents albums qui avaient une sonorité plus "Power Métal typique". Bien que je sois aussi fan de leurs offrandes discographiques antérieures, je dois avouer que j'aime beaucoup cette tournure un brin moins "cheesy" (qui se poursuit aussi sur leur très bon dernier album en date, "Iconoclast", soit dit en passant).

Parmi mes coups de cœurs, "Set the world on fire" est une superbe entrée en matière où EFFICACITÉ est le maître mot. No wasted note. De la virtuosité, oui. Mais au service de la musique. J'aime aussi beaucoup la pièce titre, une belle ballade toute en finesse et portée par le piano délicieux/sirupeux de Michael Pinnella (ce type bute sévèrement et ce, sur tout le disque). Respect total aussi pour "Seven" qui débute dans un délire claviéristique Wakeman-Emerson-esque magistral et qui évolue par la suite dans multiples sphères sonores, où Russel Allen use de son organe vocal avec bon goût. D'ailleurs, il tire vraiment bien son épingle du jeu sur c't'album. Sa meilleure performance, ever.

À travers une pléthore de bons groupes Power / Prog Metal, Symphony X ressort vraiment du lot. Tous les fans du genre devraient faire un p'tit tour du côté de ce paradis perdu.

Paradise Lost en 3 mots : Homérique, Grandiose, Chimérique
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 26 février 2015 à 13:34
142. DJ Shadow - Endtroducing..... (1996)

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/djshadow.jpg_zpspcxasnw0.png)

Style : Hip-Hop Instrumental, Turntablism, Trip-Hop, Breakbeat

Bon sang de bonsoir ! Revoilà ce PUTAIN de feeling qui s'aggripe à mes organes internes à chaque nouvelle écoute de cette "fin initiatrice", chef d'oeuvre inestimable de cette conclusion de 20ème siècle déglingué... Il y a un AVANT et un APRÈS Endtroducing dans le monde de la musique moderne. Cet album, c'est la fin des disparités, c'est l'album qui tue tout en réunissant tout (et je dis bien TOUT : hip-hop, trip-hop, électro, pop, jazz, rock, classique, world beat, funk, soul, ambient, dub, prog, psychédélisme, kraut-rock, sixties, seventies, eighties, nineties... manque que le Black Metal au curriculeum vitae) pour bâtir une musique nouvelle, libre de toutes entraves - mais tout de même concise, hyper-travaillée (oh que oui) et surtout : incroyablement groovy et divertissante au possible. C'est le pastiche suprême. L'album qui singe tout, qui se veut une parodie géniale d'un grand album et qui réussit finalement à devenir ce qu'il imite.

Ce truc, c'est des milliers de samples. Juste des samples. Des samples qui flottent dans une mer de sons miraculés (d'autres samples ben tiens) de disques de hip-hop inconnus, de trames sonores impossibles, de vieux jazz enfumé... mais aussi tout droit sortis de disques légendaires et cultes (mais qu'on reconnait à peine). Entre autres : Björk, Metallica, Beastie Boys, A Tribe Called Quest, Tangerine Dream, The Meters, David Axelrod, T. Rex, le Alan Parsons Project, Meredith Monk et Shawn Phillips passent dans le malaxeur. Et ces samples sont assemblés en un tout follement cohérent par la main magique d'un architecte sonore des plus audacieux. Un mec qui s'appelle Josh Davis, qui aime toute cette musique avec passion (ça s'entend et ça se voit aussi : la pochette qui rend hommage au disque lui-même et à ces magasins géniaux où on pourrait passer deux éternités et demi alors que la copine attend en baillant) et qui veut lui donner une seconde vie. En réalité, il fait bien plus que ça. Il signe ici la bible de la musique populaire de ce dernier siècle ; un espèce de constat comateux et bruitatif de tout ce qui c'est fait de bon en musique - le tout recouvert par les brumes indicibles d'un producteur au talent quasi-infini, qui tisse ici des mélodies splendides faîtes toutes en loops qui sentent bon la nuit urbaine, alimentées par des beats syncopés et des incursions de drum n' bass (qu'un certain Amon Tobin ne reniera pas par la suite), ainsi que par la folie et l'humour de ces nombreuses voix samplées qui surgissent par ci par là. Et si ça avait commencé ici ce courant de musique dite "hantée" qui a définit en grande partie les années 2000 ?

Tout il est bon ici. Après une brève intro endtroductrice (ah ah ! Bon...), une boucle pianistique ensorcelante qu'on dirait tirée de L'Exorciste vient tout de suite nous ébahir les tympans. C'est l'incroyable "Building Steam With a Grain of Salt" qui débute, hymne nocturne par excellence. L'album nous jette déjà sa superbe en pleine gueule : des voix célestes qui s'élèvent par ci par là à travers un genre de funk ambient des plus prenants (cette basse !), des solos de drums ahurissants (surtout que ce sont des solos ré-assemblés, de sources diverses), et des voix mystérieuses qui planent au dessus du mix ; comme ce type qui confesse que sa musique n'a pas été créé mais qu'elle est simplement sortie à travers lui, comme si il était le médium entre nous, humains, et quelque chose de plus grand, de plus fort... Mais bon, pas le temps d'analyser l'aspect musico-philosophique que déjà "The Number song" nous tombe dessus comme une tonne de briques recouvertes de béton armé. 1-2-3-5 BREAKDOWN BABY ! Ce morceau, c'est les ruelles peu recommandables de New York à 2 heures du mat, avec les clochards imbibés qui titubent au rythme du beat et ces deux gangs de rues qui se livrent à une guerre d'insultes, de cris primaux, de breakdance et de jeux de poignards...

S'ensuit "Changeling" la hantée, "Changeling" qui voyage au bout de la nuit... Un mystère sonore insondable qui abritent son lot de grooves multi-ethniques et de mystères brumeux. On dirait du lounge "sale", avec des couilles (cette basse encore nom de Dieu !). Transition quasi kraut-rock, tout en ondes radio spatiales, avant de passer à "What Does Your Soul"... L'épopée noctambule se poursuit : le protagoniste-auditeur déjà abasourdi passe devant un club de jazz encore ouvert à 3 heures du mat ! Un jazz-dub style nouvelle-orléans-by-way-of-Cthulhu, porté par une voix de crapaud extra-terrestre, filtre à travers la porte de l'enceinte (le club appartient à un certain David Lynch qui est justement en train d'y filmer une pub de cigarettes). Vient ensuite un des monuments de l'album : l'inconcevable "Stem/Long Stem". Trop dur de définir cette épopée sonore des plus splendides. C'est Godspeed dans le ghetto, ni plus ni moins : des cordes austères, un tandem basse-batterie-guitare qui s'emporte et simule le battement de coeur de quelqu'un qui s'enfuit dans la nuit, des claviers planants et un monologue des plus étranges qui se termine sur le mot "scared..." et qui rappelle le terrible "Lift your Skinny Fists" des joyeux montréalais. Cette micro-symphonie, qui aurait pu faire le disque à elle seule, comprend aussi un superbe sample de "Tears" de Giorgio Moroder, le père du disco (trames sonores de Flashdance, Midnight Express et Scarface... sans oublier la version eighties incrédible de Metropolis de Fritz Lang). Mais bon, je m'écarte...

"Stem" se termine sur un piano jazzy magnifique - sorte de sous-thème à l'album qui revient à d'autres moments... Vient ensuite "Mutual Slump", pièce qui croise allègrement l'atmosphérique "Possibly Maybe" de la belle islandaise Björk à un délire musclé à la batterie. Une belle montée free-jazzée qui fait alors place à "Organ Donor" où on retrouve monsieur Moroder dans un contexte plus psychédélico-funky. Pourquoi est-ce que le hip-hop est à chier en 1996 ? La réponse en une seule phrase, qui résume parfaitement la situation. Autre monument, "Midnight In A Perfect World" débute sur le même thème jazzy qui conclue "Stem" - ce dernier se voit renforci par un beat "phat as fuck", une guitare metheny-esque, une voix de femme à la sauce giallo, un rapper-robot ainsi que mille autres fioritures magiques. Cette pièce, sinueusement épique, s'infiltre sournoisement dans le cerveau et induit un état de transe assez génial. "Napalm Brain" la déglinguée, la "sloppy", la "fuckée"... La musique commence à se dissoudre majestueusement dans sa propre nuit - L'album s'est saoûlé au trop plein de samples et dérive tranquillement dans les méandres euphoriques de son propre concept... "Scatter Brain" ou le trip de drum n' bass suprême de l'album... Monsieur Shadow supprime tout le reste et va à l'essentiel : LE beat (avec un "L" et un "E" majuscules). Ça file des malins petits frissons ce truc et ce serait déjà une fin parfaite...

Mais il reste encore la cerise sur le sundae, la perle cachée, le saint-graal, l'opus suprême et toutes ces genres de choses : "What Does Your Soul Look Like, Pt. 1: Blue Sky Revisited". Tiens. Je suis dans une bagnole, le petit matin qui va se pointer à l'horizon dans quelques minutes, et je dérive vers je ne sais où... bizarre quand même ; moi qui sait à peine conduire... et tout ce que ma radio capte, c'est cet espèce de jazz-easy-listening-infusé-de-rêve... cette litanie-ode au sommeil opiacé m'assaille.... ma tête est lourde, mes sens catatoniques... Mon véhicule va prestement s'écraser contre une cabine téléphonique au passage... Et là, le front quelque peu éclaté, le sang coulant sur mon front, heureux, je vais chantonner cet air qui continue d'envahir mes tympans ; cet air magnifique, drogué, surréalisant... Oh le téléphone sonne ! Je sors tant bien que mal de la voiture et je réussit à agripper le combiné dans la cabine défoncée : Tiens donc, c'est le géant de Twin Peaks ! "It is happening again.... It is happening again...."

Endtroducing..... en 3 mots : NUIT, vin de garde, bible musicale
Titre: Re : Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Manu Dalton le 26 février 2015 à 17:06
Je ne suis pas, mais vraiment pas fan des opinions raciales de Varg, mais le fait de l'acoquiner à Breivik alors que Varg l'a fortement critiqué suite à ses actes (et invité à se suicider, ni plus ni moins !) montre que la police n'a pas fait son boulot avant d'arrêter misteur Burzum. L'info était facilement dispo sur son blog.

Breivik a envoyé son manuscrit à Varg (tout comme à pleins d'autres personnes), pensant trouver chez lui un être aux pensées connexes mais ce n'était pas le cas.

Voici ce que Varg a écrit (attention ! le texte comprend beaucoup d'anti-juiveries niaises aussi) :

“To Breivik I can only say I hope you do kill yourself. You have killed more Norwegians than the entire Muslim population in Norway has done the last 40 years, and you claim to be a Norwegian nationalist and patriot fighting (alongside your Jewish masters) against Islam, to protect us against their crimes!? I am sorry to say so, but you have made a big mistake. Islam has been imported to Europe by Jews, so that guys like you would run to the Jews and fight for them like you did when you murdered future mothers of Norwegian children. Death to you and to all other ‘European’ Zionists out there as well! You are the main problem for Europe, because guys like you allow the Jews to run Europe into the ditch. The Jews would not have been able to do anything to us if it hadn’t been for Christian losers like you!”

Comme quoi pour le commun des mortels les extrémistes sont tous dans le même paquet. Il suffit de prendre deux minutes pour réaliser que Varg est un néo-paien assumé depuis son jeune âge, bien qu'il est eu sa période sataniste* dans le temps justement où les églises brulaient, tandis que Breivik agissait pour préserver la Norvège chrétienne. Lier un avec l'autre est aussi improbable que de dire que, mettons, Pol Pot et Moubutu Sese Seko ont massacré des gens pour les mêmes raisons. Ca reste des débiles, mais avec des motivations différentes et la nuance est importante pour comprendre ce qui les poussent à l'action.

*Il (VARG) a rejeté le satanisme car c'est pour lui une opposition juive à un Dieu juif. Je ne rentrerais pas dans la question des origines juives du christianisme ici. Autre débat. Mais je partage son analyse sur certains points, surtout sur le fait que le satanisme n'est possible et n'a de sens qu'avec le christianisme en opposition. Lui ramène évidement tout au juifs, moi je penche plus pour dire que le satanisme ne fait aucun sens car ce n'est pas une idéologie / religion qui vie pour elle même, elle n'a de sens que dans l'opposition à quelque chose d'autre. Vous remarquerez d'ailleurs qu'en Occident il est de moins en moins question de mouvements satanistes depuis que les églises chrétiennes se vident. Si il n'y a plus d'autorité à défier à quoi sert la rébellion?  À noter qu'en Europe de l'est, où les églises orthodoxes sont pleines depuis la chute du communisme, il est de plus en plus question de mouvements d'inspiration satanistes.
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Shtamane le 5 mars 2015 à 11:02
Whoa Salade je m'incline devant ce que tu viens d'entreprendre et espère de tout coeur que tu te rendras jusqu'au bout. Ta qualité d'écriture, ta façon de rendre vivante la musique par tes mots et de nous donner envie de nous garrocher sur nos écouteurs est incomparable.

J'abonde dans ta recommendation de After Crying. Je crois qu'il était dans mon top 30 aussi. Mon top 30 que j'ai perdu malheureusement. J'ai deux fichiers texte avec pas mal tous les trucs cools qui ont été fait sur SAUF mon top 30. J'ai même les quelques premiers textes de ton top 35  avorté ;)
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 5 mars 2015 à 11:03
141. Occultation - Three & Seven (2012)

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/occultation_zpsk87oe3fk.jpg)

Style : Doom Metal, Psychédélique, Black Métal, Deathrock, Gothique, OVNI

Fourre-tout aux milles excès sonores, recueil de réverbérations célestes et dérangées, grimoire aux dix-milles sortilèges mortifères, songe opiacé tout droit sorti d'une époque victorienne réinventée à grands coups de spectres noctambules, de manoirs hantées, de cathédrales désacralisées et de millions de toiles d'araignée recouvrant tout cela... cet album bien étrange, c'est un peu toutes ces choses. Et bien plus encore.

Occultation créé ici une putain d'ambiance sonore qui est, ma foi, assez singulière. C'est à la fois clair et obtus ; ya des relents de fumées psychotropes partout, du reverb jusqu'à plus soif, cette sacrée atmosphère occult-60s-doom-metal-trad qui se retrouve sublimée par une tonne de riffs de guitares anguleux façon Black Metal, une voix de prêtresse damnée qui y va de ses incantations occultes par dessus, des passages carrément goth et post-punk où l'influence de "Christian Death" n'est pas bien loin. Le tout présenté comme un rêve lucide. Un cauchemar mobile à travers un vieux Mario Bava mais dénué de tout son romantisme italien. Une ballade éthérée dans l'irréel cosmique et blafard, un indomptable ailleurs tissé de cimetières infinis, de landes dévastées et de villes maudites, que Poe et Lovecraft n'auraient pas renié.

À écouter de toute urgence si vous recherchez un point de ralliement absurde entre Unholy, Black Sabbath, The Cure et Darkthrone.

Three & Seven en 3 mots : rêves, et, cauchemars 
Titre: Re : Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 5 mars 2015 à 11:18
Whaou ! Shtamane is in THA house !

Bien content d'avoir tes commentaires, mon amie  :). Ça va droit t'au cœur. Mes chroniques épisodiques n'aspirent qu'à cela : vous donner le goût de savourer milles et unes divagations sonores incongrus.

Cette fois-ci, je devrais le finir le fameux Top :D

Pour les fameuses archives de Musique!, je me sers de Wayback Machine quelques fois pour revivre, avec nostalgie, cette belle et courte époque. Par contre, il manque toujours des trucs (comme ton Top justement, que tu avais fais sur le forum il me semble... je me souviens qu'il y avait "Perdition City" de Ulver, "In Den Garden Pharaos" de Popol Vuh, "6 Wives of Henry" de Rick Wakeman et "Meddle" de Pink Floyd il me semble, entre autres). Si tu as sauvegardé des trucs, je serais très curieux de voir ça.

Et ouais, After Crying ça bute tellement beaucoup beaucoup.

Stay tuned for the rest ! Beaucoup de bonnes choses en perspectives !

Whoa Salade je m'incline devant ce que tu viens d'entreprendre et espère de tout coeur que tu te rendras jusqu'au bout. Ta qualité d'écriture, ta façon de rendre vivante la musique par tes mots et de nous donner envie de nous garrocher sur nos écouteurs est incomparable.

J'abonde dans ta recommendation de After Crying. Je crois qu'il était dans mon top 30 aussi. Mon top 30 que j'ai perdu malheureusement. J'ai deux fichiers texte avec pas mal tous les trucs cools qui ont été fait sur SAUF mon top 30. J'ai même les quelques premiers textes de ton top 35  avorté ;)
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 5 mars 2015 à 16:27
140. The Zombies - Odessey and Oracle (1968)

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/zombies_odessey_zps9mdxk5ok.jpg)

Style : Pop Psychédélique / Baroque, Sunshine Pop

Les Morts-Vivants sont surtout connus pour "Time of the Season" (qui est d'ailleurs présente sur cet album) ou l'utilisation de certaines de leurs pièces antérieures dans un film de notre bon ami Wes Anderson, mais il serait dommage de les considérer comme un groupe de seconde zone. Leur sens mélodique imparable, leurs harmonies vocales dignes des Garçons de la Playa et leurs compositions ont de quoi rivaliser avec les Beatles. Oui-oui. Le mot magique est dit. Et cet "Odessey and Oracle" est un grand disque de son époque, aussi essentiel qu'un "Pet Sounds" ou un "Sgt Pepper".

En partant : la pochette. Pur produit de son époque (dixit). Psyché-bordélique. Toute Dégoulinante de couleurs et suintante d'harmonie joyeusement heureuse et toute ce genre de chose. Annonciatrice du genre de trip ensoleillé et foutraquement orgasmique qui nous attend.

On commence en douceur avec "Care of Cell 44", joyeux pastiche des Beach Boys. Ya plein de "whom bi bom ba-ba-da" et de "Aaaaah, AAAAA-AH-AH-AH !" et ce petit piano à la Schroeder dans Peanuts (qui demeure un des ancrages de tout le disque). L'album nous montre vraiment sa superbe avec la pièce suivante, "A Rose For Emily", magnifique joyaux pianistique étincelant de milles feux. C'est beau. C'est tendre. Ça me donne le goût d'embrasser une Émilie en l'an de grâce 1968. On retrouve une forte influence Beatles sur le prochain morceau, "Maybe After He's Gone". Le suivant, "Beechwood Park", est d'une splendeur toute contrôlée, bien anglaise quoi. C'est du Zombies pur jus. Ces garçons timides qui composent des belles chansons nostalgiques portées par leurs voix pleines d'attente et ce clavier ensorcelant. Sont vraiment les maîtres des refrains accrocheurs et des finales splendissimes aussi. C'est ensuite le temps des brèves chandelles ; encore un hymne mélancolique mais exposé à un Soleil irradiant. J'aime cette tristesse résignée et bizarrement joyeuse qui sévit chez ce groupe.

Vient ensuite un des plus beaux moments discographiques des Zombies, "Hung Up On A Dream", véritable coffre-aux-trésors de 3 minutes. Il y a tout dans cette chanson faussement joviale, où l'on nous dit que "Sometimes I think I never find such purity & peace of mind again." La fin de l'innocence. La musique faussement optimiste est celle qui me fait le plus pleurer, pas vous ?

"Changes" est une sympathique réminiscence du Flower Power avec cette flûte entêtante. "I Want Her She Wants Me" est un bel écho aux œuvres de jeunesse du band mais orchestrée à la manière du Sergent Poivre. C'est aussi le morceau le moins bien produit du disque, comme à part. Mais je l'aime ainsi. Ensuite, nos joyaux drilles nous disent triomphalement que ce sera leur année (avec leur armée de cuivres), alors qu'à la sortie de "Odessey", le groupe n'existe déjà plus.

"Butcher's Tale". L'anomalie du disque. L'OVNI sonore des Zombies. Leur truc le plus expérimental et sombre. Et ma pièce préférée. Un morceau qui aurait fait bonne figure chez White Noise. Une ouverture des plus creepy, tout en voix résonantes, et cet harmonium de carnaval déjanté qui ouvre le bal avec un Chris White qui remplace Colin Blunstone aux vocaux, relatant les horreurs de la Grande Guerre. Un moment étrangement glaçant dans un album pourtant porté sur l'allégresse.

"Friends of Mine" est bon, mais peut-être le seul moment plus faiblounet du disque. Ne reste que l'hymne national des Zombies, l'incroyable "Time of the Season". Comment résister à applaudir intérieurement en savourant cette petite merveille pleine de basse sexualisante, de notes de piano en forme de goûtes de pluie et ces foutues solo de claviers d'orgues kitschouilles. Du BO-NHEUR auditif, mesdames-messieurs.

Voilà là un GRAND disque de pop qu'il faudrait réhabiliter de toute urgence. Acheter vous une copie. Non. 2 copies. Non. 16. Et donnez cet album à vos proches, vos amis, vos ennemis, des itinérants, des zèbres au zoo. Il faut qu'Odessey and Oracle ait son heure de gloire, enfin.

Odessey and Oracle en une phrase : L'été est triste mais la vie est belle
Titre: Re : Re : Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Le Genius le 5 mars 2015 à 17:51
je me souviens qu'il y avait "Perdition City" de Ulver, "In Den Garden Pharaos" de Popol Vuh, "6 Wives of Henry" de Rick Wakeman et "Meddle" de Pink Floyd il me semble, entre autres

Sur les 4 albums que tu cites, brillamment chroniqués par Shtamane, 3 ont fini dans ma collection ... thanks my friends.
Titre: Re : Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Shtamane le 5 mars 2015 à 20:24


Voilà là un GRAND disque de pop qu'il faudrait réhabiliter de toute urgence. Acheter vous une copie. Non. 2 copies. Non. 16.


On parle là de ton #90... combien de copies de ton #1 va-t-on devoir acheter? :P
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 6 mars 2015 à 10:57
Je ne me prononcerai plus sur le nombre de copies à acheter, mais il va sans dire que cela ira exponentiellement  ;)

Bien hâte de voir ton Top 30 Shtamane !

Et Genius, le top antérieur avait aussi été pour moi une source de découvertes intarissables, le tout couronné par la plume géniale de notre amie.
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Vempyre le 6 mars 2015 à 12:04
Je vais le dire: avec les années, pour moi Blood Inside en est venu à dépasser Perdition City. Il y a une telle complexité dans les compositions qu'à chaque écoute on y découvre de nouvelles sonorités. Moins doux et ambiant que Perdition City, Blood Inside est comme un dernier sursaut de vie avant de mourrir: on s'agrippe et on laisse tout sortir, que ce soit cacophonique ou non, tout le souffle de vie doit être expulsé. Il y a quelque chose de médical et ce n'est pas seulement dans l'artwork.
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Shtamane le 6 mars 2015 à 20:32
Je préfère encore Perdition City mais Dressed in Black est probablement leur meilleure compo à mon avis. Espèce de thème sonore de la fin du monde!
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 6 mars 2015 à 22:12
Et quel clip aussi : http://youtu.be/HFdcf_XUAKM (http://youtu.be/HFdcf_XUAKM)

Je ne dis pas quel album des lycanthropes se retrouvera sur mon Top mais je peux dire qu'il s'agit d'un des choix les plus déchirants de la liste.
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 9 mars 2015 à 23:37
Hola !

En support sonore à mon Top, j'ai pensé vous créer des zolis playlists à écouter, au fil du dit topic !

Vous pouvez écouter la première ci-bas, qui donne un aperçu des albums évoqués par votre humble serviteur jusqu'à présent. ENJOY ! : https://www.mixcloud.com/inner-frequencies/top-100-de-salade-dendives-version-2015-part-one/ (https://www.mixcloud.com/inner-frequencies/top-100-de-salade-dendives-version-2015-part-one/)

(https://images-mix.netdna-ssl.com/w/300/h/300/q/85/upload/images/extaudio/c5d209f6-5d3f-4d09-919a-344712c4045e.jpg)

01. Amon Düül II - Soap Shop Rock
02. Andy Stott - Luxury Problems
03. Immortal - Solarfall
04. Khana Rung Thawi - hae sot dontri phuen ban nong ko, vol. 8
05. Drive Like Jehu - Do You Compute
06. After Crying - A gadarai megszállott
07. James Chance & The Contortions - Dish It Out
08. Mars - Helen Fordsdale
09. Symphony X - Occulus Ex Inferni / Set the World on Fire
10. DJ Shadow - What Does Your Soul Looks Like
11. Occultation - Shroud of Sorrows
12. The Zombies - Butcher's Tale
13. The Zombies - Time of the Season
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Shtamane le 10 mars 2015 à 00:08
Ah! Vraiment chouette merci énormément! Je vais écouter ça dans les prochains jours, puisque je ne connais aucun des albums que tu as nommés depuis le début, à part Amon Duul. Et tant mieux dans le fond, bien que j'ai vraiment hâte de voir à quel endroit nos listes vont se croiser.
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 10 mars 2015 à 00:23
Nice ! Bien hâte de lire tes commentaires à l'issu de l'écoute du mix.

Prédiction time : je suis pas mal sûr que nos listes auront au moins 10 artistes en commun, si ce n'est pas 14-15 ! Par contre, pour le choix des albums, c'est là que ça va forcément varier pas mal.
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 10 mars 2015 à 14:43
139. Big Blood & the Bleedin' Hearts - s/t (2008)

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/bigblood_zps76rkh8qk.jpg)

Style : Avant-Folk, Folk Psyché

Dustbowl-Era... Le Soleil orangé-rougeâtre, qu'on dirait bourré d'explosifs, se fond sur la lande dévastée... On distingue un homme à l'horizon, chapeau de paille, regard de braise qui renvoie à l'astre vermeil, un baluchon plein de bibles déchirées sur l'épaule. Il avance lentement, à travers la poussière qui charge l'atmosphère environnante. Il prend son temps ; en fait, il est le temps. Il est poussière. Il est le sol érodé qui s'affaisse sous ses pieds. Le ciel prend des teintes impossibles et le recouvre entièrement, alors qu'il poursuit inlassablement sa route vers l'absolution.

Autre scène, un saloon déserté. La tempête a trouvé le moyen d'entrer, comme partout ailleurs. Tout n'est que sable et poussière dorée. La porte s'ouvre alors et un vieil aveugle à barbichette fait son entrée sur scène, sous des applaudissements fantômes. Il s'assied au piano et se met à jouer une complainte honky tonk désaccordée. C'est aussi étrange que magnifique. À travers la fenêtre ovale en haut du bar, un rayon de lune illumine le visage rapiécé de notre comparse alors qu'il chantonne à voix basse, pour lui-même, les vestiges d'un passé glorieux.

Troisième scène : un cirque ambulant, arrêté en plein milieu d'un trou perdu au Missouri. Plus d'argent. Plus de bouffe. Ils font cuire le vieux clébard de la trapéziste, tout tristounets d'être réduit à bouffer leur pote canin ; mais la faim justifie les moyens. Clowns, femmes à barbes, filles de joie, magiciens, dompteurs, conducteurs de caravane... ils sont tous assis autour du feu, armés de leurs banjo, guitares, violons, clochettes ; et livrent un hommage musical décharné à ce cher vieux Houdini. La voix d'une des putes est particulièrement sublime ce soir et s'élève célestement dans tout ce fatras dronesque.

Dernier acte : juste des photos noirs et blanc. Une famille de paysans qui sourient pour l'objectif, devant leur petite ferme aussi miteuse que chaleureuse. Des poupées vaudou. Un harmonium surmonté de diverses choppes de bière. Un cheval mourant sur le sol, le regard perdu dans l'ivresse des derniers moments. Un vendeur de souliers ambulant, casquette sur le coco, qui marche le long d'une voix ferrée. Une moissonneuse-batteuse abandonnée en plein milieu d'un champ. Et l'homme au baluchon, de dos, qui s'engouffre dans la tempête de sable qui s'apprête à l'envelopper tout entier.

Big Blood & the Bleedin' Hearts en 3 mots : automnal, hanté, ragtime
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Shtamane le 10 mars 2015 à 21:17
LETTRE OUVERTE À SALADE D'ENDIVES!

Cher Salade!

Tout d'abord, bravo d'avoir pris l'initative de partir ce topic. J'adore. Toutefois, sans personnellement vouloir m'ingérer dans ton processus décisionnel, à mon avis faire un top X sans procéder à des choix déchirants, ça n'est pas vraiment faire un top X. Comment penses tu que je me sens à me limiter à 30? C'est un exercice hautement désagréable qui me force à mettre de côté des artistes que j'adore. J'ai mis de côté Radiohead te rends tu compte? RADIOHEAD!

À 150 albums, et même à 100, l'impact est énormément dilué et j'ai moins le goût d'écouter tes suggestions parce que j'ai plus l'impression de passer à travers ta collection musicale que de passer à travers la musique qui t'a défini crucialement, TOI, dans ton parcours, et qui fait qui tu es aujourd'hui comme mélomane. En plus là par exemple ton #98 vient de passer au #148 ce qui ne fait aucun sens. Il est devenu moins bon tout d'un coup?

Et puis à 150 albums, tu en as pour plus d'un an, période dans laquelle il peut se passer tant de choses. Le forum pourrait être mis offline, et surtout tu pourrais perdre le feu. Alors je te lance sérieusement un défi mon cher. Accepte-le ou non, je serai heureuse tout autant de venir jaser de musique sur ton topic. Mais voilà, le voici.

50 albums.

Pas un de plus. Saute directement au #50 (quitte à parler des autres plus tard) et mène nous directement dans l'aventure de la crème de la crème de Salade d'Endives. Fais nous un top qui va réellement te faire saigner, te faire pleurer, te faire rager, mais un top 50 où tu mettra ta passion musicale  à nu en toute lucidité. Un top 50 qui te fera grandir lorsque tu arriveras au bout. Crois moi je suis passée par là.

J'espère que tu ne m'en voudras pas de faire la "voix de la sagesse". Merci d'avoir parti cette initiative, et j'espère que nous allons amener nos tops jusqu'au bout!

Amitiés,

Shtamane

PS: Malade cet album thailandais!!
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Shtamane le 11 mars 2015 à 00:25
Cet album thailandais au nom impossible et au son inclassable, il me fait penser à ce concert que j'ai vu au festival de jazz il y a quelques années... Omar Souleymane, tu connais? Le même genre de musique flyée sur clavier casio mais avec en plus ce type qui ressemble à un émir du pétrole saoudien qui chantait des textes qu'un type lui écrivait live sur scène. Et la foule de pauvres montréalais qui étaient incrédules face à ce qui se passe mais qui ne pouvaient s'empêcher de danser. C'était tout à fait débile.

Genre ça:
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 11 mars 2015 à 01:14
Shtamane !

De un, merci pour ton commentaire, fort bien écrit comme toujours :) Je dois avouer que j'y ai réfléchi à plus d'une fois avant "d'expansionner" le top à 150 albums. Mais après maintes réflexions et une nuit quasi-blanche (ah ah !) à façonner la dite liste, je crois être arrivé à un résultat satisfaisant pour moi, toi et vous tous. Et ne t'inquiète, pas de rajout à partir de maintenant (yaura pas de top 1000). La liste est définitive et bouclée. Reste qu'à pondre chroniques et playlists.

J'ai justement décider de rajouter ces 50 albums pour montrer un plus juste aperçu de ce qu'est devenu Salade d'endives, mélomane invétéré (tm). Si je veux dresser un portrait réaliste et juste de mon appréciation musicale du moment, je ne peux passer outre certains styles marquants mon évolution... J'ai été 5 ans disquaire et le plaisir de la découverte n'a fait que s'accroître depuis que je ne travaille plus dans un domaine connexe à la musique... J'ai eu mes phases Black Métal, indie, musique spectrale, électronique, prog, avant-prog, dadaïst-prog, post-punk, new romantic, disco, field recordings de bruits d'éviers bouchés, noise-rock, noise bruitiste, noise silencieuse, noise anti-noise, onkyo, shoegaze, blackgaze, panini-gaze, jazz old school, jazz libre, jazz très libéré, tango, tropicalia, hip-hop, trames sonores de films polonais obscurs, dream pop, afro-pop, industriel, freak-folk, dub, reggae, DROOOOOONE, musique iranienne, musique celtique et j'en passe...

Mon but se veut de résumer tout cela en une seule liste. A daunting task, indeed. Mais une tâche qui m'excite au plus au point et que je veux compléter, peu importe le temps que cela prendra :)

Et believe it or not, limiter le tout à 150 albums fut excessivement difficile. Je possède pas loin de 3000 albums en cet an de grâce 2015 (et non, ma maladie mentale ne s'est pas améliorée depuis).

J'aimerais pouvoir synthétiser en plus court mais j'en suis incapable. Dis-toi cependant que les albums que je vais vous présenter sont mes bébés. Je les ai écouté des tonnes et des tonnes et des tonnes de fois. Je ne veux pas qu'on voit cette liste comme quelque chose de "cheap". TOUS ces albums méritent leur place dans mon panthéon perso. Vois juste ça comme cela : j'ai juste le plaisir infini de vous faire découvrir 50 autres disques merveilleux et qui méritent qu'on s'y attarde longuement. Et je suis sûr que parmi eux, tu vas en apprécier certains follement :)

Le plaisir de partager, c'est pas mal ça la motivation derrière le truc. Et le fun fou qui est celui d'écrire sur ses bouts de vinyles ou de plastique, qui occupent pourtant une place si importante dans ma vie.

Aussi, par rapport au déclassement des 11 premiers disques, je comprends tout à fait ton point de vue mais je vois un peu mes albums préférés comme des égaux. Seul le Top 20 est vraiment ordonné. Tout le reste peut être interchangeable et est plutôt ordonné dans un but ludique et varié (je pense aux playlists).

Pourquoi ne pas se limiter au Top 20 d'abord ? Bonne question !... Parce que tout le reste est une fantabulesque mise-en-bouche, un préambule fastidieux, un lien de cause à effet, une introduction logique et essentielle à ce Top 20. Vois ce top 20 comme une quête, un absolu, le saint-graal, le boss final du donjon dans un RPG (métaphores boiteuses, il va sans dire)... Nous allons voyager à travers nombreuses contrées ensemble et le voyage sera fascinant, je l'espère...

Bref, sur cette poésie lyrique de bas étage, je tire ma révérence :)

Et en passant, super choix pour Mingus. Un des disques jazz les plus émotifs pour ma part.

P.S. pour le disque THAÏ : ah ouais, quand même, hein ? Khana Rung Tawi, c'est quand même quelque chose. Sont justes infatigables. Et cette drum-machine me fait autant rire que triper.
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 11 mars 2015 à 01:18
Ouais, j'connais Omar, découvert grâce aux types cool de Sublime Frequencies (label divin).

En pestak, ça a l'air assez débile. T'es chanceuse d'avoir assisté à cette chose. Et le lien de comparaison avec Khana est parfait. Nous, pauvres occidentaux, sommes souvent bien trop fermés par rapport à toutes ces merveilles qui existent sur notre bonne vieille Terre.
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 11 mars 2015 à 02:53
138. Akira Yamaoka - Silent Hill 2 OST (2001)

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/silenthill2_zpszwuouwdj.jpg)

Style : Dark Ambient, Trip Hop, Industrial, Rock

Selon votre dévoué critique, c'est avec Silent Hill 2 que les jeux vidéos sont définitivement devenus cinématographiques à un point tel qu'ils pouvaient finalement rivaliser avec ce qu'Hollywood avait à offrir de mieux. Oui, il y avait déjà les Final Fantasy et certains RPGs de Squaresoft... mais jamais avant ce jeu à l'ambiance aussi étouffante que cotonneuse, on avait de si près touché au 7ème art. Ce jeu est et demeure, malgré qu'il ait vieilli, une putain de merveille. Et qui de mieux que misteur Yamaoka, déjà auteur du méfait sonore glauquissime qu'était la bande sonore du premier de la série, pour parfaire les contours de cette oeuvre qu'on dirait sortie tout droit des pires recoins de l'esprit de Francis Bacon ?

Parlons en brièvement de la trame sonore du premier Silent Hill... un thème principal magistralement épique et lynchien ; rempli à rabord de cette guitare plaintive et de cet espèce de faux violon gypsy. Puis ensuite - de l'industriel satanique pur jus avec ses bruissements de tôles, sa stridence glaçante, ses chuchotements électriques, un interlude d'orgue-midi à l'église balkanique hantée et ensuite : d'autres horreurs innommables. On aurait dit que notre compositeur voulait vraiment créer la bande son de l'enfer, pour un résultat des plus probants malgré un sound-system rudimentaire (Playstation 1, quand tu nous tiens).

Ici, pour aller dans le même sens que l'histoire et l'ambiance du second opus, Yamaoka a misé sur la subtilité. Nous avons affaire à une sorte d'ambiant brumeux et incroyablement mélancolique, dans lequel plane le spectre du trip-hop et ce piano ensorcelant par ci par là. On retrouve aussi quelques bons morceaux Rock-Pop-90s-Grungy, comme l'excellent "Theme of Laura" en entrée. Mais la force de la B.O., c'est vraiment cette suite de morceaux-atmosphères, qui vacillent entre rêves cristallins et cauchemars méphistophéliques.

On se sent seul à l'écoute de ce disque, incroyablement seul, errant dans cette ville fantôme enduite du doux linceul d'un brouillard millénaire. Seul face aux hostilités qui s'y terrent, qui attendent... face à Pyramid Head qui tue, viole les autres monstres... Seul à investiguer cet hôpital abandonné, suintant de rouille humide et du mal-être des patients qui y sont morts... Seul face à nous-même ; face à nos propres peurs, nos propres démons.

À part ces quelques passages, où l'on croise âme qui vive dans le jeu ("Alone in the Town" qui évoque la scène du bowling avec cette mystérieuse pizza sortie d'on ne sait où, ou bien encore "Heaven's Night" qui nous introduit au night-club où Maria travaille), on navigue en pleine solitude. Et cette solitude prend différentes teintes émotives, outre la peur : la mélancolie, la nostalgie, la dépression, la résignation, la dépersonnalisation (après tout, ce jeu n'est-il pas une psychanalyse en soi ?).

Parmi les moments forts, il y a "Silent Heaven", qui demeure un des trucs les plus terrifiants que j'ai entendu dans ma courte vie. "Magdalene", sorte de courte litanie ultra-simpliste au piano demeure aussi un moment particulièrement poignant. Et l'enchaînement "True - Betrayal - Black Fairy" est un grand moment d'émotion et de stupeur. On peut tirer de la satisfaction à savourer l'une ou l'autre piécette mais ceci dit, c'est comme un tout que l'album prend tout son sens.

Attendez la nuit. Fermez les lumières... et écoutez cette trame sonore. Vous m'en donnerez des nouvelles.

P.S. : Pour les fans de la série, le petit nouveau a l'air absolument génial et creeeepy : https://www.youtube.com/watch?v=LrL8ybvDSkA (https://www.youtube.com/watch?v=LrL8ybvDSkA)

Silent Hill 2 en 3 mots : He, did, It
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 11 mars 2015 à 12:02
137. Taake - Nattestid ser porten vid... (1999)

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/taake_zpsxljydc4t.jpg)

Style : TRUE Norwegian Black Metal

Je vois un peu ce premier jet de Taake comme la quintessence du Black Metal norvégien des années 90, l'album qui réussit à réunir en son sein tous les éléments des grands groupes BM de la deuxième vague. Ici, dans cette suite de pièces renversantes, on retrouve toute la rage glacée de Darkthrone, le côté atmosphérique-mur de son de Burzum (et oui, Varg est le Phil Spector du Métal norvégien !), l'élégance racée de Satyricon, l'efficacité brute d'Immortal, le côté épico-grandiloquent d'Enslaved ainsi que la sophistication et la technicité d'Emperor.

Dès le départ, on nous en met plein les tympans. Riffs qui tuent. Ambiance de fou. Hurlements divins. Chœurs majestueux. Batterie véloce. Et production vraiment géniale, à mi-chemin entre le côté crade lo-fi qui est caractéristique du genre et une certaine forme d'ouverture (ce qui fait qu'on entend même la basse un peu ! oui-oui !). L'album nous jette sa superbe à la gueule titre après titre. Les compositions sont très fortes, empreintes de cette atmosphère sonore obtuse et brumeuse qu'on aime tendrement, tout en demeurant diablement concises, efficaces et accrocheuses.

Pour quelqu'un qui souhaiterait s'initier à ce courant musical qui demeure toujours un de mes préférés, il n'y a pas meilleure porte d'entrée que ce classique made-in-Bergen.

Nattestid  en 3 mots : ténèbres, et, lumières
Titre: Re : Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Shtamane le 11 mars 2015 à 12:11
P.S. pour le disque THAÏ : ah ouais, quand même, hein ? Khana Rung Tawi, c'est quand même quelque chose. Sont justes infatigables. Et cette drum-machine me fait autant rire que triper.

Cet espèce de petit drum roll synthétique qui revient constament et de façon totalement aléatoire est franchement obsédant. Au point que je m'attend à l'entendre survenir à n'importe quel moment dans la musique que j'écoute depuis hier. Je suis sûre que tu comprends!

J'ai aussi une trame sonore de jeux vidéo dans mon top. On ne peut plus passer à coté de ce média de diffusion de musique.
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 11 mars 2015 à 13:02
136. Ashra - New Age of Earth (1977)

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/ashra_zpsgyj3gtvj.jpg)

Style : Progressive Electronic, Krautrock, Berlin School

Exit le Tempel. Manuel Göttsching raccourci le nom de son projet musical alors qu'il se retrouve seul aux commandes d'un objet bruitatif limpide et frais comme un jour de printemps. Architecte sonore au talent infini, notre homme nous livre ici un album aux atmosphères vertigineuses, soyeuses, mystérieuses, recherchées. C'est beau comme ces jardins japonais, tout en sable et en pierres.

Je me souviens encore de la première écoute jubilatoire et de l'émerveillement ressenti alors que "Sunrain" débarquait dans mon cortex cérébral pour ne plus jamais vraiment en ressortir... Cette pièce, c'est le premier jour de ta vie, mais dans un monde totalement nouveau, vierge, diaphane, azuré, brillant d'une luminescence toute particulière. C'est à la fois mélancolique et plein à ras bord d'espoir. Les synthétiseurs et claviers prennent toute la place et créé des mélodies à la fois simples et difficilement discernables. Ça monte tout en douceur pour parvenir à un final des plus orgasmiques.

"Ocean of Tenderness" s'ensuit alors et est, à mon sens, plus une sorte de "peinture sonore" qu'une pièce en soit. Au dessus du ronronnement céleste d'une mer électrique, flotte ces nuages tissés de manière quasi-impressionniste, qui passent lentement au-dessus de nous. Une note de basse répétitive/évocatrice fait irruption et on retrouve alors la guitare translucide de Manuel (présente lors des précédents travaux du Tempel), qui n'est là que pour parfaire ce portrait fantasque d'une nature vivante et évolutive.

"Deep distance", c'est le premier soir qui se couche sur la Terre nouvelle de Göttsching. C'est l'Entre chien et loup qui sert d'introduction satinée aux errances noctambules de "Nightdust", la pièce de résistance du disque. Cette dernière nous sert un ciel bordé d'étoiles psychédéliques, aux couleurs aussi multiples qu'impossibles. Aller simple pour un voyage cosmique au bout de la nuit analogique. Dur de parler des émotions et des images qui m'assaillent à son écoute.

En résumé, voilà là un album-trip qui propose une expérience des plus singulières et qui plaira à ceux qui savent être patients et contemplatifs. De plus, c'est un monument important dans l'histoire de la musique électronique.

P.S. : Les fans de Burzum trouveront quelques ressemblances entre "Tomhet", pièce ambiante qui clôt l'excellent "Hvis Lyset Tar Oss" et le dernier morceau de ce "New Age of Earth".

New Age of Earth en 3 mots : clairvoyant, nocturne-diurne
Titre: Re : Re : Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 11 mars 2015 à 13:07
OUI ! Ce drum roll est devenu une sorte de meme pour moi. J'ai d'ailleurs décider que si un jour, je partais un groupe de Black Metal, ce serait du Black Molam, avec des interruptions tout en drum kitschiffiant. Je crois pas que ça ait déjà été fait (mais on peut être surpris !).

Bien hâte de savoir quelle trame sonore je jeu s'y retrouve. Peut-être un final Fantasy ? Ou encore Chrono Trigger ? Sinon, dans les excellentes, ya Skyrim, Splinter Cell Chaos Theory (Amon Tobin!!!), Fortissimo Katamary Damacy ou encore Castlevania Symphony of the Night.


Cet espèce de petit drum roll synthétique qui revient constament et de façon totalement aléatoire est franchement obsédant. Au point que je m'attend à l'entendre survenir à n'importe quel moment dans la musique que j'écoute depuis hier. Je suis sûre que tu comprends!

J'ai aussi une trame sonore de jeux vidéo dans mon top. On ne peut plus passer à coté de ce média de diffusion de musique.
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 11 mars 2015 à 14:40
135. Fugazi - In on the Kill Taker (1993)

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/fugazi_zpsjwd1ioez.jpg)

Style : Emocore, Post-Hardcore. Punk Rock

Encore un choix difficile... Franchement, TOUS les albums de Fugazi auraient pu trouver leur place dans ce Top. Si cette liste en était une d'artistes/groupes ayant une discographie quasi-parfaite, Fugazi serait pas loin du sommet du palmarès (avec Magma, bien sûr, dans un tout ordre style). J'aime ce groupe comme j'aime ma mère. Et je dois vous dire que moi et ma mère sommes en excellent termes.

Ce groupe, c'est trop la super-giga-classe. Le mack daddy incontesté du post-hardcore ni plus ni moins. Un groupe qui sait allier à merveille l'énergie, la rage et le côté immédiat du punk à une forme de rock intellectuel, tout en nuances, avec ses lignes de guitares acerbes s'enchevêtrant à la perfection, sa batterie hyper-inventive, ses vocaux/cris arrache-cœurs, sa basse ronde qui est l'assisse du son du groupe. Et des compos, mes amis. Des compos de feu.

La pochette de "In on The Kill Taker" nous montre le monument Washington figé dans une étrange lumière jaune-chimique (avec, sur le côté droit de l'image, ce mystérieux calepin qui, paraît-il, fut trouvé par terre par le groupe et d'où le nom de l'album est tiré). Superbe image qui illustre bien l'aigreur et l'amertume dont sont empreints les musiciens à travers tout ce disque. Ça part sur les chapeaux de roue, dans une violence toute contrôlée. C'est violent oui, mais surtout extrêmement précis et horriblement bien calibré. Fugazi ne te pète pas la gueule avec 56 coups de batte de Baseball. non. Il t'envoie juste un crochet en haut de l'oeil. Un seul ; bigrement bien placé. Qui te jette à Terre sans que t'ais pu savoir ce qui s'est passé.

Chacune de ces pièces me fout royalement sur le cul, moi. Pour vous parler de quelques-uns, il y a "Returning The Screw" (peut-être la meilleure pièce ever de Fugazi) qui débute dans une fausse douceur sinueuse et toxique avant d'éclater à tout rompre sans jamais perdre sa tension sous-jacente ; c'est comme une crise de panique qui ne veut pas arriver à son paroxysme. Puis, il y a "Rend It" qui pousse le malaise social plus loin avec son "angulosité" guitaristique toute spéciale, se permutant alors en un "23 Beats Off" qui veut étrangler ta pauvre âme décharnée. Comme à chaque album du Fugz, on retrouve un hit à tout casser. Cette fois-ci, c'est "Cassavetes" (ouais, comme le cinéaste démentiel). "Cassavettes" et sa ligne de guitare toute frippienne et son énergie Rage-against-the-machinisante. Franchement, parfois je me dis que le Emo, c'est ce bon vieux Robert qui l'a inventé.

L'album se termine avec la tristesse résignée et orageuse de "Last Chance For A Slow Dance". Et on en redemande. Encore et encore.

In on the Kill Taker en 3 mots : serre, les, dents
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 16 mars 2015 à 23:02
134. Pryapisme - Rococo Holocaust (2010)

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/pryapisme_zpsmempddbi.jpg)

Style : Expérimental, Avant-Garde, Métal, Prog, Classique, Électro, Jazz Fusion, Rock, Math Rock, RIO, Nintendocore, OVNI

Ça vous dirait d'entendre Mr. Bungle croisé à J.S. Bach, Emperor, Jaga Jazzist, Henry Cow, Frank Zappa et la trame sonore de Kirby au Nintendo ?  Pryapisme (un nom qui tout pour figurer sur le Webzine ; googlez ça en remplaçant le Y par un I) vous offre tout cela sur un plateau d'argent, les amis ! Cette joyeuse bande de Français fous fous fous, je les ai d'abord découvert grâce à un super cover de "In the Red" d'Ulver, groupe que j'affectionne particulièrement. Mais malgré l'efficacité atmosphérico-brutale de ce titre, rien ne pouvait me préparer adéquatement à la claque monumentale que j'allais prendre en pleine poire avec cet Holocaust bien Rococo comme il faut.

À 95% instrumentale, la musique de Pryapisme est éminemment technique. Ces mecs savent ce qu'ils font ; ya pas à dire. Que ce soit en singeant le Jazz le temps d'un martini dry gorgé de sang, en naviguant dans les abîmes d'un Black Metal rendu kaléidoscopiquement multicolore ou encore s'adonnant à ces savoureux passages de violoncelle bien éclatés à souhait. Mais bien avant de remarquer l'aspect techniquement inébranlable de l'ensemble, on jette notre dévolu sur le FUN décoiffant qui s'en dégage à grandes mélopées carnavalesques. Et puis ces titres de pièces, Tudieu. Ces titres !

Pryapisme ouvre le bal avec "Suppozitorium Granifujnikoi", sorte de condensé de tout ce qu'il est bon et cool dans la musique dans ce 21ème siècle folichon. Après un début style "Black Metal discoïde passé dans le malaxeur d'un Break-coreux délirant sur les opiacés (ayant aussi fait une surdose de Castlevania 3 : Dracula's Curse) et oscillant vers le thème de donjon de RPG halluciné", la pièce laisse place à un interlude violoncell-é que n'aurait pas renié l'époque Baroque (si les barbituriques avaient eu la cote au XVième siècle) avant de finir dans les méandres d'un Jazz approximatif façon Bungle de l'ère Disco Volante. Début grisant d'un disque qui ne l'est pas moins.

S'ensuit le "Le doryphore de Kafka" et on réalise que le groupe veut nous jeter sa superbe en pleine tronche dès le début de l'album. Pas de répit. Titre fourre tout s'il en est, ce morceau n'est que Samba bruitative, Jazz de cabaret tel que présenté par le Marquis de Sade, passages Reggae délirants, surf-pop acidulé et western spaghetti flambé. Le rythme est effrénée et la guitare style Santana-speedcore ne fait que rajouter au plaisir gustatif de nos tympans ravis.

Sorte de musique de chambre des ténèbres, "Quenelle Quenelle Fourrure" est glauque à souhait avec ses miaulements de moutons intempestifs en ouverture. "Sanglié par un cornid" est bourrée de passages RIO-licieux et de cette euphorie rythmique qu'on retrouve dans le Math-Rock du meilleur cru. Les claviers sont, encore une fois, tous droits tirés de vos cauchemars en 8-bits."Darkness Lobotomy Insurrection" est une brève missive Black métallée qui se veut une expansion du fabuleux suppozitorium cité plus haut.

"Enfoiré une fois, enfoiré deux fois" où l'art de tout démolir l'espace-temps en sirotant un thé-citron-menthe à la térébenthine. "Copaing, le fuligule miloin" est un autre de ces morceaux épico-délire-sévère qui se veut une sorte de "Oumami" pour tous nos sens. Les coins-coins démoniaque du "Bike" de Pink Floyd font leur grand come-back tant attendu et se cristallisent en un morceau vachement évocateur qui rappelle un brin Alamaailman Vasarat (un autre groupe super de chez super !). Le tout finit par déraper (bAh oUi !) dans une sorte de Univers Zéro-sur-les-amphétamines-et-zappa-esque qui se mute à son tour en un genre de Métal lovecraftien qui serait diffusé en permanence dans les couloirs d'un château gothique où résident Ihsahn, Cecil Taylor, Lucio Fulci, Quincy Jones, Ed Wood et Shigeru Miyamoto (Imaginez le REALITY SHOW !!! Leurs interactions !!! Leurs amourettes !!! Leur chicanes !!!). Des chants grégoriens sur vocoder font leur apparition pour notre plus grand bonheur et un piano évocateur à souhait vient clore le tout de belle façon.

"En ce qui concerne la sinistrose de cette fin de siècle, on ne peut se passer de se remémorer chacune des problématiques de bon sens" (quel titre, MESDAMES-MESSIEURS, pour citer le tristement célèbre Marc Blondin) nous ouvre grand les portes d'un cirque surréaliste-maboul où les clowns, au lieu de faire rire les enfants, mangent de la chair humaine et des Creamsicles à la boîte. "Truffade ou plutôt j'te rappelle j'me fais sucer dans la coudraie" est le titre romantico-débile-à-la-graisse-de-renoncule qu'aurait composé le tandem Erik Satie/Docteur Tournesol dans un moment d'égarement chronique-cosmique. La guitare Santana-esque revient nous hanter le temps de quelques riffs élégiaques.

"Cohérence Croquette", c'est le dernier titre du disk. C'est aussi ce qui se passe dans le cerveau de votre chat quand il ingurgite une trop grosse quantité de cette herbe sympatoche que vous lui donnez à l'occaz.

Et c'est fini, déjà, hélas.

Voilà là un album qui ravira tous ceux qui aiment la musique. La vraie. La drolatique. La viscérale. La béate. L'incandescente. La libidineuse. À découvrir tu-suite. Drêt là. C'est si bon.

Rococo Holocaust en 3 mots : Décalé, Débarras (magique), Trésor.
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 17 mars 2015 à 02:02
133. Vashti Bunyan - Just Another Diamond Day (1970)

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/vashti_zpsdyp851wr.jpg)

Style : Chamber Folk

Le disque le plus paisible de tous les temps ? Probablement.

C'est l'histoire d'une jeune fille, perdue dans ses rêves, la tête dans les nuages, les cheveux ondulant sous un vent bienveillant, sillonnant campagnes et villages d'Angleterre à la fin des années 1960, son violon à la main. Ou serait-ce les années 1560 ? Peu importe. Vashti est intemporelle et immatérielle comme le mistral. Vashti est la pluie qui tombe gentiment un joli soir de Mai. Vashti, c'est les feuilles qui s'envolent, emportées par les bourrasques d'automne un beau jour où le ciel est d'un bleu d'azur étincelant. Vashti est le Soleil qui se couche sur la plaine à toutes les époques du monde, ainsi que la lune qui se lève magnifiquement pour nous irradier de sa luminescence des plus envoûtantes. Vashti est un poème ; ou plutôt un sonnet. Simplet. mais luxuriant. Qui va à l'essentiel. qui nous révèle toutes les richesses de ce monde. De la nature. De la sagesse des animaux. Et de la vie.

Vashti avait composé plein de belles chansons et a décidé d'enregistrer un disque. Elle y a mis toute sa fraîcheur et sa pudeur. C'était un joyau brut, un ensorcellement qui happait à grands coups de douceur. Des chansons de voyages, de saisons enchantées et d'éléments en extase. Des chansons murmurées par une voix d'ange et appuyées par une instrumentation des plus sobre : violon, guitare, banjo, harpe, orgue, piano, flûte et mandoline.

Le disque fut ignoré à sa sortie. Trop gentil. Trop beau. Trop discret. Trop limpide.

Dévastée par cet "échec", Vashti arrêta de faire de la musique et se consacra à la vie. Ses enfants, sa ferme, ses animaux. À son insu, petit à petit, son jour diamanté commençait à charmer par ci par là. C'est qu'il s'agit d'un charme tellement discret qu'il prend du temps à opérer, à franchir vents et marées. Dans les villes, on parlait "d'album culte" en discutant du seul et unique disque de la demoiselle disparue dans les limbes du temps. Des jeunes gens voulurent retrouver Vashti, la remercier pour l'impact qu'elle avait eu sur leurs propres œuvres. Devendra Banhart lui demanda conseil pour ses pièces et l'invita à chanter avec lui. Elle accepta. Les gentils garçons d'Animal Collective l'invitèrent à participer à un EP hors-norme qui demeure un des enregistrements les plus précieux de ma discothèque. Joanna Newsom vint lui rendre visite un jour où mme. Bunyan commençait à créer son second album, 35 ans après son premier.

Voilà l'histoire, toute coquette, de Vashti Bunyan. Maintenant, ouvrez ce véritable livre de contes sonore qu'est "Just Another Diamond Day" et laissez-vous bercer jusqu'au sommeil le plus paisible de votre existence.

Just Another Diamond Day en 3 mots : bucolique, rêveur, tamisé
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 17 mars 2015 à 13:52
132. Camel - Music Inspired by The Snow Goose (1975)

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/camel_snowgoose_zpsju2rxsyb.jpg)

Style : Prog Symphonique instrumental

En cette journée enneigée, il fait bon de se plonger dans ce Snow Goose magnifique qui sied bien à l'atmosphère extérieure (mais appréciée de l'intérieur avec un bon café réconfortant). Ce disque est Anglais jusqu'au bout des ongles et nous apporte lot d'images fantasques de la campagne britannique hivernale, avec ses châteaux, ses petits villages, ses lacs gelés, ses monts et vallées. L'album emprunte son titre à une superbe nouvelle de l'auteur américain Paul Gallico et se veut une sorte de trame sonore accompagnant le récit tragique de Rhayader, Fritha et de cette oie des neiges blessée, qui deviendra symbole de l'amitié (et de l'amour naissant trop tard) entre les 2 protagonistes, le tout sur un fond qui dépeint les horreurs de la guerre.

Composé comme une longue et somptueuse suite sans interruption (à part la face A et B du vinyle, of course. Un des seuls aspects négatifs du format vinyle en ce qui à trait les prog-epics), The Snow Goose oscille entre passages atmosphériques où les claviers de Peter Bardens créent des ambiances mystiques et des moments plus énergétiques où la guitare majestueuse d'Andy Latimer prend une place de choix. Le duo basse/batterie tout en douceur/rondeur est une assise de qualité pour ces 2 instruments principaux. Le London Symphony Orchestra est aussi de la partie et vient appuyer l'ensemble avec une finesse toute particulière. Rares sont les groupes de prog qui ont su incorporer un orchestre de manière aussi efficace et non-pompeuse. Tout ces éléments sonores sont utilisés à bon escient pour créer un tout cohérent, éblouissant et touchant à souhait.

"The Snow Goose" est vraiment un des disques prog les plus beauuuuuuuuuuux que j'ai eu la chance d'entendre dans ma courte vie. Ruez vos tympans sur ces 43 minutes d'extase sonore.

The Snow Goose en 3 mots : exaltant, doucereux, éthéré
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 17 mars 2015 à 14:56
131. Teeth of Lions Rule the Divine - Rampton (2002)

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/teethoflions_zpspr47msgk.jpg)

Style : DROOOOOOOONE DOOOOOOOOOOOOOOOOOM

La bataille est terminée... Tout n'est plus que putréfaction ; membres décharnés jonchant un sol abreuvé de sang pourri, têtes décapitées dont les orbites se font dévorer joyeusement par les corbeaux, gémissements atroces des soldats encore agités par le faible souffle de la vie et dont les carcasses presque moribondes se font investiguer par des vers blancs gigantesques. Je suis mortellement blessé et j'hallucine grave, la faucheuse attendant patiemment son heure pour venir me délivrer de cette scène horrible. Ma main droite retient mes tripes purulentes de s'écraser sur le sol fumant... L'odeur est quasi insoutenable : cadavres rôtissant sous le Soleil impie, excréments bouillonnants, vomissures fumantes et ces rivières de sang séché partout... oh mon dieu... TOUT ce sang. Et les rats qui arrivent sur la scène pour se repaître de ce banquet sépulcral, avec leurs queues roses serpentines, leurs dents acérées et leur regard froid et stupide. Les sons qui s'échappent de leur copieuse dégustation me révulse à un point tel que je vomis un long filet de bile ensanglanté. Pourquoi dois-je assister à tant de laideur euphorique ?

Une cohorte de nuages jaunes teintés d'un noir austère envahit le ciel et laisse bientôt s'échapper une pluie acide qui fait fondre ma chair grotesquement, la couvrant de bubons pestiférés... J'ai atrocement mal. Je n'en peux plus. Je pleure. Mes intestins s'affaissent et viennent rejoindre le compost évolutif qui m'entoure. On dirait que le sol n'est plus que chair agonisante, une sorte d'organisme rose-gris marbré, avec un cœur qui bat faiblement en son centre. Lovecraft n'aurait pas inventé pire monstruosité vespérale. Le sol respire, agite ses tentacules surréelles tissées du reste des défunts et laisse s'échapper des miaulements graves et surannés.

Malgré toute la douleur qui m'assaille, la peur rôde en moi, peur que la mort, dans toute sa splendeur flétrie, ne veule pas de mon âme et me laisse errer dans cet univers putrescent jusqu'à la fin des temps. À genoux dans la mare dépravée, je l'implore de m'emporter en son sein... Je ferai tout ce qu'elle veut... Je serai son disciple, son archange démoniaque, les yeux chargés de suie, tuant pour elle si il le faut... mais pitié : qu'elle m'enlève loin d'ici, de toute cette décadence... Alors que je m'apprête à sombrer dans l'irréel, les ténèbres recouvrant mon être tout entier, j'entend son rire pernicieux, avide et glaçant... Il faut faire attention : des fois, on a ce que l'on demande.

Rampton en 3 mots : ruines, et, chaos
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 17 mars 2015 à 18:24
130. Pharoah Sanders - Karma (1969)

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/sanders_karma_zps53nq2atw.jpg)

Style : Free Jazz, Spiritual Jazz, Soul Jazz

En 1967, l'étoile filante qu'est John Coltrane s'éteint. Le jazz (et la musique en général) est en deuil. Christian Vander quitte tout pour l'Italie et commence à cogiter Magma dans sa tête, en l'honneur de son héros disparu. Les Archie Shepp, Albert Ayler, Sun Ra, Peter Brötzmann, Cecil Taylor, Paul Bley et Sonny Sharrock de ce monde continuent de faire évoluer ce Jazz libre, qui a puisé ses origines chez Coltrane et Ornette Coleman, respectivement... Mais c'est le disciple saxophonique de John et ancien membre d'un de ses meilleurs groupes, Pharoah, qui va rallumer la comète Coltrane et reprendre le flambeau de ce Jazz spirituel si singulier qui caractérisait la dernière période de la discographie de celui que le meilleur batteur de tout les temps à baptisé "l'homme suprême".

Après un premier jet superbe ("Tauhid", en 1967), Sanders revient en 1969 avec son coup de maître, l'orgasmique "Karma". Il y exprime là toute sa fougue, toute sa vision d'un jazz devenue communion spirituelle, son vocabulaire sonore éblouissant, sa vision d'une musique tout ce qu'il y a de plus coltranesque mais bien personnelle à la fois. À la tête d'une horde de musiciens investis jusqu'à la moelle (avec, entre autres, Ron Carter et Richard Davis à la contrebasse, Lonnie Liston Smith au piano, Leon Thomas aux percus et au chant habité, Billy Hart et Freddie Waits à la batterie, James Spaulding à la flûte, Zoot Sims au sax ténor et un certain Julius au cor anglais), le pharaon du sax va donner vie à une musique métissée, qui va puiser ses racines dans des cultures diverses, qui rend hommage aux divinités célestes et qui sera érigée de manière totalement libre et ouverte, comme une sorte de messe Jazz qui évolue vers la transe jubilatoire.

L'album se résume surtout à un morceau audacieusement épique, l'éternel " The Creator Has a Master Plan". Cette exaltation de presque 33 minutes est un véritable maelstrom sonore qui prend des teintes multiples à travers son passage ouraganesque. Il n'y a pas de trame narrative à proprement parler. C'est un capharnaüm bouillonnant d'excès et de splendosité qui nous arrache à nos pompes et nous fait voyager à travers diverses Terres, diverses constellations étoilées, divers univers tous plus charnus les uns que les autres.  On se laisse porter par cette musique, tout simplement. Et dieu que c'est bon. À travers l'épopée, Sanders explose de ses milles rages bienveillantes, hurle dans son instrument, refaçonne la manière de jouer du sax comme si il s'agissait d'un instrument nouveau. Il monte tellement haut et loin. C'est absolument époustouflant.

L'album s'achève sur un coda tout en douceur, le bien nommé "Colors", qui irradie de beauté nocturne et qui vient clore le premier grand cycle de la carrière de sieur Sanders. Plusieurs autres s'ensuivront...

Karma en 3 mots : exalté, effervescent, éperdu
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 17 mars 2015 à 19:38
eeeeet voici le temps de la playlist numéro DOS accompagnant ce top. En-joie-yez !!! : https://www.mixcloud.com/inner-frequencies/top-150-de-salade-dendives-version-2015-part-two/ (https://www.mixcloud.com/inner-frequencies/top-150-de-salade-dendives-version-2015-part-two/)

(https://images-mix.netdna-ssl.com/w/300/h/300/q/85/upload/images/extaudio/2d21b83e-207d-4ce6-b617-c70474dd5acb.jpg)

01. Big Blood - Oh country (Skin & Bones)
02. Akira Yamaoka - Silent Hill 2 (extraits)
03. Taake - Part I
04. Ashra  - Sunrain
05. Fugazi - Smallpox Champion
06. Pryapisme - Suppozitorium Granifujnikoi
07. Vashti Bunyan - Just Another Diamond Day
08. Camel - La Princesse Perdue
09. Teeth of Lions Rule The Divine - He Who Accepts All That Is Offered (Feel Bad Hit of the Winter)
10. Pharoah Sanders - The Creator Has a Master Plan
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Vempyre le 18 mars 2015 à 10:59
Il est temps que j'aille binge-ecouter du stock.

Je m'immisce aussi pour te suggèrer Blut Aus Nord - 777 Cosmosphy. Du black expérimental qui tire sur le new wave et le post rock.
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 18 mars 2015 à 11:17
Merci pour le commentaire ! Fort apprécié :)

Ah ouais, Blut Aus Nord est un de mes groupes de Black schizoïde préféré. Leur trilogie 777 est vraiment cool. C'est vraiment un groupe aux multiples personnalités, qui peut sortir des albums de Black Metal atmosphérique/mélodique comme les Memoria Vetusta et puis ensuite nous pondre un ovni sonore cauchemardesque comme MoRT.
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 18 mars 2015 à 12:27
129. The Field - From Here We Go Sublime (2007)

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/thefield_zpsdfgbdtqi.jpg)

Style : Minimal Techno, Ambient Techno, Trance

Survoler l'Antarctique dans un X-15 en verre limpide ; le Soleil noyant toutes visions dans son irradiance veloutée. Destination : Dieu.

From Here We Go Sublime en 3 mots : Hypnotique, Sédatif, DROGUES
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Shtamane le 18 mars 2015 à 14:15
Ça faisait au moins 5 ans que j'avais pas écouté The Snow Goose, je dirais même que tu m'as rappelé son existence. Pourtant il est vraiment superbe et ils fut une époque où il tournait très régulièrement chez moi. Il a de ces albums qui passent dans l'angle mort sans aucune raison comme ça. Merci de me le rammener dans le rétroviseur!
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 18 mars 2015 à 16:30
128. Portal - Vexovoid (2013)

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/portal_zpsxa8t9zlt.jpg)

Style : Death Metal des abysses

Ça a commencé par un vulgaire trou dans le mur de la cave. J'ai acheté cette vieille maison dans la campagne profonde pour y trouver le repos après la mort de Anne. Je voulais le calme absolu, m'éloigner du train rutilant de la vie mondaine, des dix milles crétins bienveillants qui me demandant comment je vais, comment ça évolue mon sacro-saint deuil. Marre de cette mer de cons qui s'auto-congratulent de faire une bonne action, de supporter le pauvre jeune veuf éploré. À vrai dire, j'ai fui parce que je ne savais pas comment ça allait réellement chez moi, là-haut. Je ne ressentais rien. Absolument rien. Je ne pleurais pas. J'étais juste vide. Vide et fatigué.

La maison était le reflet de mon égarement mental. Vide, délabrée, rustique, antique, sans chaleur, sans âme et surtout : loin de tout, nichée entre deux monts couverts d'arbres morts. J'y ai emménage à l'été mais c'est surtout à l'automne que son aspect brutalement mélancolique a commencé à m'investir. Les jours y sont longs ; les nuits terrifiantes de solitude, le temps y étant comme suspendu. On s'y sent comme à nul part ailleurs ; comme si on y existait pas vraiment. Cette sensation s'estompait quand j'allais au village mais revenait de manière fugace dès que j'étais de retour sur mes terres.

Pour en revenir à ce trou dans les murs... C'était la mi-Novembre. Dehors, la journée grise et maladive était agitée par le mugissement austère d'un vent froid et extra-terrestre. Il devait être 2 heures de l'après-midi à ce moment. J'étais à la cave en train de remiser mon bois de chauffage quand j'ai remarqué une ouverture dans une des façades. Je m'approchai et constatai que le trou ne devait pas faire plus de quelques centimètres de circonférence. Il semblait pourtant profond. En y glissant un de mes doigts, j'ai tout de suite senti une sorte de soufflé glacé et en même temps, j'entendis un espèce de bruit caoutchouteux et mouillé qui semblait provenir de l'autre bout mais très loin et diffus... Je me suis tout de suite senti extrêmement mal. Ma tête tourbillonnait, mes pensées devenant incohérentes. C'est de peine et de misère que je réussis à m'extirper des ténèbres du sous-sol pour aller rejoindre ma chambre. Je dormis tout le restant de l'après-midi...

Je me réveillai en soirée. La scène de la cave n'étant plus qu'un espèce de songe irréel, qu'on aurait dit que je n'avais pas réellement vécu. Après un souper frugal (je n'ai plus beaucoup d'appétit), j'allai au salon pour fumer une cigarette et contempler ce qui était devenu une tempête ravager les monts environnants. Des éclairs cyclopéens sillonnaient un ciel dément teinté de vermeil et le vent continuait de battre son plein à travers branches et broussailles. Je laissai mon esprit vagabonder vers les méandres de la cave... Et si cet espèce de bruit vaguement humide laissait présager une fuite d'eau ? Je décidai de m'armer de courage et d'aller investiguer le tout.

Muni d'une lampe torche et d'une petite pioche, je descendis retrouver l'atmosphère spectrale des lieux. Seule une vieille chaise berçante oscillant funestement faisait office de mobilier ci-bas. Je m'attaquai alors à la faille. Rapidement, vu l'aspect complètement désuet de la construction, je réussis à l'agrandir. Une énergie bizarre s'emparait de moi. C'était comme s'y j'étais investi d'une force inconnue. Je perdis conscience du temps et mon esprit parti à la dérive à nouveau alors que je travaillais d'arrache-pied. Quand je reviens à moi complètement, je réalisai qu'il était déjà 1 heure du matin. Je constatai qu'une luminescence obtuse et inqualifiable semblait irradier de la cavité qui laissait entrevoir les vestiges immémoriaux d'une porte en bois pourrie. Intrigué par cette nouvelle découverte, je terminai de déloger les monceaux de brique qui l'obstruait.

La maison devait bien avoir 300 ans mais cette porte cachée par les murs semblait être là depuis une éternité et demie. Un loquet plus que rouillé fermait l'accès. Quelques coups de pioche plus tard et le loquet était brisé et gisait par terre. Je poussai légèrement la porte qui alla s'effondrer sur le sol humide d'une antichambre des plus mystérieuse... Combien d'années avaient passées sans qu'un homme ne mette les pieds ici ? 300 ans ? 700 ans ? 1000 ? Juste le fait d'effleurer cette pensée me fit frissonner dans mon fort intérieur. Je pénétrai dans la petite pièce qui était construite de manière biscornue, comme si l'architecte qui l'avait conçue n'avait pas une idée très claire de ce qu'était les angles et la perspective. Le sentiment d'étrangeté croissait lorsque je réalisais que toute la salle baignait dans cette espèce de lumière défraîchie que j'avais entraperçu tout à l'heure... Même en fermant ma torche, on pouvait distinguer les détails odieux qui caractérisaient les lieux.

D'abord, il y avait ces peintures d'icônes à moitié pourris sur les murs ; sortes de pastiches-sacrilèges de très mauvais goût. On pouvait entre autre apercevoir le dernier repas de Jésus et ses apôtres mais la scène perdait tout de son côté rassembleur et biblique alors que le prophète et ses disciples avaient tous les yeux crevés et s'apprêtaient à se délecter de ce qui semblait être de la chair humaine... Un autre tableau mettait en scène l'apocalypse. Des démons ailés aux proportions gigantesques, arborant tentacules et regards d'insectes dénué de toute humanité, dévoraient des anges qui pleuraient des larmes de sang. Mais la plus troublante de toute était sans conteste celle où l'on voyait Marie tenir tendrement son bébé dans ses bras. Mais, l'enfant jésus avait été remplacé par un gigantesque ver blanc. Au dessous de cette esquisse troublante de réalisme, on pouvait lire l'inscription suivante : "De Vermis Mysteriis"...

Au centre de la pièce trônait un autel souillé sur lequel on retrouvait chandeliers poussiéreux et un livre qui semblait plus ancien que le temps lui même. Dès que je le touchai, le malaise évoqué ci-haut revint aussitôt mais de manière exponentielle. Je sentais la puissance de cet objet. J'ouvris le livre mais il était écrit dans une langue étrangère et cosmique. Je ne me souviens plus de tout mais il y avait ça d'écrit partout : "Cthulhu fhtagn".

Un mal de tête puissant me vrillait les méninges. J'étais complètement ébranlé, nauséeux, affolé. Malgré cela, ma curiosité morbide (ou ma folie naissante ? qui sait ?) mixée à cette énergie incohérente qui m'habitait me forçaient à continuer ma sombre enquête. Le sol de cette pièce était aqueux et couvert d'une vase grise et nauséabonde. C'est comme si quelque chose de gluant avait rampé ici. On pouvait aussi distinguer ce qui semblait être des pas ci et là. Certains avaient des proportions humaines, d'autres faisaient penser à des traces qu'auraient laissé des palmes... Il y avait donc des gens... ou plutôt : des êtres... qui étaient venus ici.

C'est derrière l'autel que je découvris la trappe. Bafouant ma raison et tous mes sens (qui, de toute façon, étaient en pleine débandade), je la soulevai et un escalier en pierre se présenta à moi. Je l'empruntai. Chacune de ses marches étaient couvertes de cette étrange substance vaseuse. L'escalier semblait descendre éternellement et à chaque mètre de profondeur parcourue, je sentais une plus grande parcelle de mon esprit cartésien disparaître à jamais... Quelques fois, j'entendais quelque chose vibrer plus bas... puis il y avait ces espèce de gloussements de crapauds et ces bruits mouillés dégueulasses... Au fil de la descente, les sons se précisaient, me faisaient toucher les confins d'un cauchemar toujours renouvelé.

Arrivé au terme d'une plongée quasi géologique, je me retrouvai face à une autre porte (de pierre celle là) sur laquelle était gravée des symboles qu'on auraient dit tout droit sortis de l'Égypte ancienne ou de la Mésopotamie. De l'autre côté, les bruits étaient terribles, horripilants. Ça grouillait, ça couinait, ça chuchotait dans des voix batraciennes, ça suintait...

Je sais maintenant que j'aurais du fuir à ce moment là. Mon esprit n'était peut-être pas trop atteint encore pour que je sois sauvé. Mais j'ouvris la porte, bien tranquillement... Et je les vis.

Ils étaient tous là, dans leur espèce de cathédrale damnée et souterraine, taillée à même le roc, avec son plafond de stalagmites et de stalactites. Ils étaient là, créatures fantasques et impossibles, culmination affreuse de toutes les hallucinations schizophrènes, de tous les songes-morts, de toutes les abominations putréfiées. La dépravation n'avait t'elle donc pas de limite ? ILS ÉTAIENT LÀ JE VOUS LE DIS !!!! Hommes-poissons grouillants avec des tentacules gris-verdâtre sortant de tous leurs orifices, crapauds géants ailés casqués de couronnes d'étain, druides mi-amphibiens avec des mains en forme de pinces déformées. Ils riaient, roucoulaient, copulaient entre eux dans une mer de sons obscènes, s'entre dévoraient, arrachant des lambeaux de chair purulente à leurs semblables. Et ils imploraient leurs Dieux venus d'ailleurs de leurs gémissements boueux. Certains avaient probablement déjà été des êtres humains, jadis. Mais l'heure de l'avilissement physique avait sonné.

Et au centre d'eux grouillait le ver géant, ignominie visuelle suprême. Gigantesque, exsangue, nervuré, d'un blanc fantomatique, prêt à enfanter d'autres abominations. Alors que montaient les chants rituels ("Ph'nglui mglw'nafh Cthulhu R'lyeh wgah'nagl fhtagn" hurlaient-ils), ma psyché dévastée repris le dessus momentanément et je pris la fuite. Certains durent m'entendre à ce moment parce que pendant ma longue montée j'entendais certaines de ces créatures me pourchasser, poussant des cris avides. Arrivé dans la crypte, je refermai la trappe et déplaçai le lourd autel sur elle, dans le but de la sceller, du moins temporairement.

J'allai chercher les bidons d'essence dans le cabanon. De retour dans la salle maudite, les choses cognaient de toute leur force pour déloger l'autel. Je profitai de la petite ouverture encore visible dans la trappe pour y répandre le contenu du premier bidon. Alors que je versais le tout, je vis leurs yeux globuleux (en fait, certains d'entre eux seulement avaient des yeux ; les autres avaient... évolué) me scruter et je me mis à rire nerveusement sans pouvoir m'arrêter. Un rire incontrôlable et souffrant. Un rire dément de malade mental. Je versai le 2ème bidon sur les monstres qui poussaient des miaulements irréels. Puis, toujours en riant sans cesse, je grattai l'allumette que je jetai dans la fissure de la trappe.

Des bruits stridents, se rapprochant de celui d'une sirène d'avant-bombardement, s'échappèrent de la voûte. Je n'oublierai jamais ces sons, jamais... Une odeur fétide de poisson pourri grillé s'éleva dans l'éther alors que les flammes dévastaient tout. J'étais assis en petit bonhomme à côté de la trappe et je riais, et je pleurais, et je riais... Je réussis à m'extirper de la pièce quand les flammes devenaient trop colossales ; et il restait 3 autres bidons justement sur le sol. Ouh, le beau feu d'artifice !!!

J'assistai à l'incendie de la maison assis sur l'herbe de la cour, me balançant grotesquement. Quand les policiers et les ambulanciers m'ont trouvé devant sa carcasse fumante, quelques heures plus tard, il paraît que j'étais en train de m'arracher les cheveux à deux mains et que je les mangeais à grandes bouchées...

-----

Nous sommes à la mi-Décembre. Je suis dans dans une autre petite pièce fermée à clé et je sais que je vais y rester. De toute façon, je ne veux plus sortir. Pas dans un monde où ÇA a le droit d'exister. Je sais très bien que j'ai seulement tué quelques-uns d'entre eux (mais peut-on vraiment les tuer au juste ? Peut-on tuer la mort elle-même ?). La plupart doivent encore être vivants là-bas, en dessous. Et le VER. Le VER céleste. Il vient toujours me hanter dans mes rêves. J'ai l'impression qu'il grouille dans ma tête, qu'il grossit à chaque jour, qu'il me bouffe les neurones un à un, qu'il y pond ses œufs et m'envahit le cortex de ses monstruosités infinies...

Ils me traitent bien ici. J'ai des pilules de toutes les couleurs, formes et grandeurs différentes. Je n'ai pas le droit d'avoir de couteau, ni même de cuillère et de fourchette. J'ai essayé de me crever les yeux à cause des hallucinations que j'ai de manière quasi constante mais c'est inutile. Je verrais quand même parce que maintenant, j'ai les yeux intérieurs. Et des images, mes amis. Ooooh, j'en ai tous pleins. Des tas de clichés qui vont rester là pour toujours.

Ils m'ont dit que c'était le stress post-traumatique couplé à la dépression. Les pauvres. Ils ne croient pas à mon histoire. Paraît qu'il n'y avait pas d'autre pièce dans le sous-sol. Mais je le savais, ça. oh oui JE SAIS !!! La pièce, elle était pas vraiment là là là. La pièce, c'était juste un passage entre les 2 mondes. Le leur et le nôtre. Et des passages comme ça, y doit il y en avoir tout pleins, partout ! Ahahahahahahahahah !

Un jour je sais qu'ils vont passer une de ces brèches pour de bon. Ils vont étirer leurs tentacules sur notre monde et ils vont le refaçonner à leur image... Et les gens me croiront enfin. Les étoiles mourront. Les anges seront massacrés par eux. Notre monde sera leur pourriture. J'espère seulement avoir assez de cachets ce jour là... J'ai commencé à en cacher...
 
Vexovoid en 3 mots : Lovecraft, tentaculaire, étranger
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 18 mars 2015 à 16:31
Holy shit ! Désolé pour la longueur m'sieurs dames !
Titre: Re : Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 18 mars 2015 à 16:34
Ça faisait au moins 5 ans que j'avais pas écouté The Snow Goose, je dirais même que tu m'as rappelé son existence. Pourtant il est vraiment superbe et ils fut une époque où il tournait très régulièrement chez moi. Il a de ces albums qui passent dans l'angle mort sans aucune raison comme ça. Merci de me le rammener dans le rétroviseur!

Fait plaisir ma chère ! J'ai eu de la misère à choisir entre lui et le suivant, Moonmadness, qui est aussi sacrément bon.
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 18 mars 2015 à 17:27
127. Annie - Anniemal (2004)

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/anniemal_zpsstxscumk.jpg)

Style : Dance-Pop / Synth-Pop

Eh oui. Salade d'endives, fan invétéré de Black Metal, Neurosis, Swans, Current 93, Keiji Haino, Merzbow, de tout ce qui est lourd et fucké, de tout ce qui est sombre et damné, de field recordings de grenouilles dans la nuit brumeuse d'un marais surréaliste, de Free Jazz dissonant à la Brötzmann, de Schoenberg, Ligeti et Messiaen... est aussi un amateur avoué (sortons du garde-robe pardi !) de Dance-Pop dégoulinant de sucre !!!! C'est dit ! Mais attention : pas n'importe quelle Dance-Pop caramélisée. Uniquement la meilleure. Ce qui nous amène au cas de Annie (qui a en grande partie révélé mes tendances en cet an de grâce de la musique que fut 2004).

Annie est une très (TRÈS) jolie demoiselle qui nous provient de Norvège (Bergen, plus précisément), contrée glaciale peuplée d'elfes, de fées, de trolls et d'adolescents incendiaires de monuments catholiques. En 1999, accompagnée de son petit ami et producteur Tore Korknes, elle réussit une percée timide avec le joli tube "The Greatest Hit" (qui samplait la Madonne à perfection). Succès underground, le morceau permet aux amoureux de se faire connaître dans le milieu des clubs scandinaves. Malheureusement, la gloire ne fut pas au rendez-vous pour le couple. En 2001, Korknes, agé de seulement 23 ans, décède des suites d'une malformation cardiaque. La muse en deuil prend un congé bien mérité. Ce n'est que pour mieux revenir en 2004 avec son premier disque longue durée, Anniemal.

L'album frappe fort, très fort. Entourée d'une brochette de producteurs talentueux (Richard X, Timo Kaukolampi et surtout Torbjørn Brundtland de Röyksopp), Annie livre une galette pleine à rabord de pépites toutes plus savoureuses les unes que les autres. Il n'y a que des hits ici. À commencer par "Chewing Gum", LE single de la mort qui tue - une chanson acidulée au possible, au beat infectieux qui reste solidement scotché dans la tête (tout comme les paroles géniales). Des chansons comme "Me Plus One", "Helpless Fool for Love" et la pièce-titre comportent chacune une avalanche de fraîcheur et de raffinement pop. Voilà là de la musique dansante qu'il fait aussi bon d'écouter dans un contexte de plaisir purement audiophile. "Heartbeat", produite par monsieur de chez Röyksopp, est un véritable joyau étincellant de milles feux et possiblement LA chanson la plus délicieuse de 2004 (d'ailleurs, le clip est génial). La très lounge "No Easy Love" est une perle aigre-douce où la voix doucereuse de la belle Norvégienne noie mes tympans dans une mer de délices. l'atmosphérique "My Best Friend" sent bon la première neige d'hiver - il s'agit d'un bel hommage à l'amoureux disparu d'Annie... comme quoi même la bubble-pop peut nous toucher l'âme. Et que dire de "Come Together", monument épico-euphorique de l'album, si ce n'est qu'il renvoit au placard toutes les Madonna, Kylie Minogue et Britney de ce monde.

Bref, Anniemal, c'est la grande classe. C'est de la pop-musik avec un coeur énorme. Vive les Norvégiens, qui, en plus d'être fort jolis, font de la musique géniale dans tous les styles (du Viking-Metal à l'Électro-Pop).

Anniemal en 3 mots : gummy bears, tartine au miel, chocolat chaud
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 19 mars 2015 à 12:24
126. Nirvana - In Utero (1993)

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/nirvana_inutero_zpsnq0fiurf.jpg)

Style : Rock Alternatif (Grunge)

Que voilà là un album triste et dépressif... "In Utero", c'est l'écoeurement jusqu'au boutisme, la résignation de tout, le rejet de la vie dans son sens propre... Après tout, l'album devait au départ s'intituler "I hate myself and I want to die" (titre prophétique s'il en est) mais la maison de disque pensait que les fans du groupe prendrait les choses un peu trop au premier degré. Ce disque est bouleversant de vérité, mes amis.

C'est l'album où Kurt conchie "Smells Like..." et tout le succès engendré par ce hit qui est devenu la créature de Frankenstein du groupe. Kurt n'en à rien à foutre du succès. Il en a peur. Il ne sait que faire d'être "la voix de sa génération". Il voulait seulement écrire des chansons pour extérioriser tout son mal-être, son angoisse sociale, son accablement constant. Et là, avec ces milliers de demoiselles en chaleur et de mecs à l'hygiène encore plus douteuse que la sienne qui le considèrent comme le nouveau Christ, il flippe grave. Crises panique amplifiées et maux d'estomac atroces. Il se drogue à l'héro pour pallier. 100$ par jour.

In Utero. Le testament de Nirvana. Revenir aux bases. Faire un disque abrasif, crade à souhait, bruitatif, méchant, sans espoir, plein de riffs corrosifs, de vocaux éreintés, de basse/batterie sans artifices et toujours, de chansons à la fois belles et laides. Aller chercher le Steve Albini de Shellac et Big Black, producteur-enregistreur minimaliste qui créé plus un espèce sonore sans entrave où le groupe peut être lui-même au lieu de produire réellement le truc. Envoyer chier Geffen Records et leurs campagnes de pub qui donnent la nausée aux 3 comparses. Voilà le but de cet espèce d'anti-album.

Plusieurs des plus grands moments de Nirvana figurent sur ce disque, à commencer par les plus connues : "Heart Shaped Box" et son magnifique vidéo-clip psychédélico-mort signé Anton Corbijn, "Rape Me" (ou le revers apathique de "Smells Like Teen Spirit"), de même que ce "All Apologies" émotif qui fait office d'adieu. Mais il ne faut pas passer sous silence les autres pièces, à commencer par l'introductoire et décapante "Serve the Servants" où Kurt déclame "Teenage angst has paid off well/Now I’m bored and old" (comment résumer Nirvana en 2 phrases), la dérangeante et tordue "Milk It" avec ses riffs anguleux et ses explosions Melvinnesques ou l'incroyable "Pennyroyal Tea", sorte de monument érigé en hommage à la haine de soi.

À l'écoute de l'album, je ne peux m'empêcher de penser à la scène tellement déchirante du "Last Days" de Gus Van Sant où Michael Pitt joue tout seul une complainte éplorée et pluvieuse dans son home-studio crasseux...

Un grand disque.

In Utero en 3 mots : anéantissement, de, l'âme
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 21 mars 2015 à 00:33
125. The Pretty Things - S.F. Sorrow (1968)

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/prettythings_zpsxxjozntx.jpg)

Style : Rock psychédélique, Opera Rock, Proto-Prog

Un des tout premiers albums conceptuel de l'histoire de la musique, "S.F. Sorrow" est une pure magnificence sonore made in Abbey Road. Là où les Pink Floyd venaient d'enregistrer leur mythique "Piper at the Gate of Dawn", Les jolies choses vont à leur tour prendre place et eux aussi se munir des services précieux de l'ingénieur son des Beatles, l'incréééédible Norman Smith (googlez ce nom mesdames et messieurs), pour créer un disque bourré jusqu'à plus soif d'effets studios explosivement orgasmiques, de folie mélodique, de riffs de guitares acides rappelant le Zeppelin de la grande époque, de sitar étincelant (c'est c'lui de George !), de flûte Jethro-tullesque avant l'heure, d'orgue atmosphérique, de batterie jouissive (2 batteurs et 1 percussionniste !!!), de chœurs vocaux irrévérencieux et surtout : de compos superbes.

L'album a un mix de fou. C'est le summum de ce qui pouvait se faire à l'époque. Aucun son à jeter. Tout est divin. Et il est aussi important de mentionner que comme bon nombre de disques psychédéliques de l'époque, c'est un album on ne peut plus sombre dans les thèmes. Et oui, la musique psyché, ce n'est pas que lolipops acidulés et adoration du Soleil. Il y a aussi une grande désillusion lysergique qui accompagne cette époque.  Après, tout S.F. Sorrow , c'est l'histoire de Sorrow (ou Chagrin), ce jeune homme mal dans sa peau qui est confronté à l'amour, la guerre, la mort, le deuil, la démence et qui finit en vieillard misanthrope, seul face à un passé qui le dépasse.

Les 3 premières pièces, c'est la partie innocente de l'histoire : la naissance et la jeunesse de Sorrow. "S.F. Sorrow Is Born" est une géniale entrée en matière qui donne le ton. Des effets de claviers vachement planants et proto-prog-licieux, des grattes acoustiques, une basse inoubliable et un refrain fichtrement accrocheur. "Bracelets of Fingers" s'ouvre sur des chants de "Looove loove Loove" des plus décalés avant de nous présenter la jeunesse de notre protagoniste adorée, le tout rempli de ce sitar intoxiqué et de références cryptiques à la masturbation. "She Says Good Morning", c'est là où Sorrow tombe en amour dans un gros élan Beatlesques époque Revolver (l'apport de sir Smith j'imagine), mais avec des solos de guitares beaucoup plus méchants et lourds que presque tout ce qu'on retrouve chez les Fab 4.

"Private Sorrow" est magnifique. Notre ami est appelé à la guerre. Les percus militaires, la flûte austère et la fausse joie prévalente nous rappellent que le temps de l'insouciance est terminé. C'est maintenant l'heure de l'ordre et du chaos. Et ce n'est pas ce clavier étrangement enfantin qui va nous redonner le sourire. "Balloon Burning" ou la mort de la copine de Sorrow dans ce Zeppelin en feu... Scène atroce portée par ces vocaux quasi spoken word monocordes et cette guitare sale qui rappelle le Velvet Underground. Toute bonne humeur est partie pour de bon. C'est ensuite l'heure des adieux déchirants et des funérailles sur un "Death" haut en émotions. Ces sitars funèbres et cette basse lancinante sont fabuleux de tristesse... Un grand moment de musique sombre.

La 2ème partie s'ouvre sur "Baron Saturday", sorte de revers nébuleux du "I Am the Walrus" de Lennon, qui dérive rapidement dans des méandres percussifs et tribaux avant de nous ramener sa mélodie saugrenue à la poire. "The Journey", c'est le début d'une descente dans les enfers de la folie et de la dépression pour le pauvre Sorrow. Le tout se poursuit dans la beauté cafardeuse d'un "I See You" qui combine à merveille passages acoustiques et électriques. Larmes, abîmes et peurs sont au rendez-vous. Et la pièce se termine par un épisode des plus médusant où l'on entend cette voix satanique, hyper-saturée et horriblement déformée, perforer la musique et l'ensevelir sous dix milles tonnes de malaises... Le puits de la destinée est vraiment le moment le plus expérimental du disque : 1 minute 40 de musique concrète hyper glauque, que n'auraient pas reniée un certain groupe allemand du nom de Can sur un album appelé Tago Mago.

"Trust" initie le triptyque de la conclusion. Super chanson qui renoue musicalement avec l'euphorie du début, les paroles sont pourtant loin d'être très jojo (Excuse me please as I wipe a tear, Away from an eye that sees there's nothing left to trust, Finding that their minds are gray, And there's no sorrow in the world that's left to trust... vous voyez le genre). "Old Man Going", avec ses airs d'hymne proto-Heavy-Metal et sa rythmique Amon Düül-esque, c'est le dernier souffle de notre héros, alors qu'il s'apprête à affronter sa propre fin, plein de rage, n'ayant rien compris à son passage sur la Terre. Le son est hyper-saturé et bien acerbe. Regrets, déceptions, frustrations, haine. Tout cela se ressent à la puissance dix à l'écoute de ce joyau de Space Rock.

L'album se termine magnifiquement avec un "Loneliest Person" beau à pleurer... Si cette piécette désespérée ne vous fait rien ressentir après l'épopée tragique et grandiose que vous venez de vivre, je ne veux pas vous connaître, qui que vous soyez.

Donc... "S.F. Sorrow", c'est un des GRANDS disques oubliés de l'ère psychédélique. À découvrir de toute urgence. Et à conseiller aussi à ceux qui pensaient que les sweet sixties, ce n'était qu'harmonie, fiestas, promiscuité et stupéfiants. Un bien beau wake-up call que cet album.

S.F. Sorrow en 3 mots : trip, dépressif, sous-estimé
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Shtamane le 22 mars 2015 à 18:53
Ok là je viens d'écouter en entier le disque de Pryapisme sur leur site web.

Putain.

Comment cette séduisante et terrifiante créature, cette contrée insondable où se mêlent génie et TDAH, comment a-t-elle pu être absente de ma vie si longtemps?
Titre: Re : Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 26 mars 2015 à 10:01
Ok là je viens d'écouter en entier le disque de Pryapisme sur leur site web.

Putain.

Comment cette séduisante et terrifiante créature, cette contrée insondable où se mêlent génie et TDAH, comment a-t-elle pu être absente de ma vie si longtemps?

Ça fait en effet cet effet là à la première écoute :)

Le petit dernier est aussi ahurissant, avec un sublime cover Nintendo-licieux de "Une nuit sur le Mont Chauve" de Mussorgsky (rebaptisé Une nuit sur le Mont-Chauvelu pour l'occaz).
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 30 mars 2015 à 14:15
124. Mahmoud Ahmed - Ere mela mela (1975)

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/mahmoud_eramela_zps0hhfed6y.jpg)

Style : Tizita, Ethio-Jazz, Funk

Dans les jeunes années 70, la scène éthiopienne était bouillonnante. Une poignée de musiciens sublimes étaient en train de donner naissance à une forme de Jazz bien à eux, métissée, à la croisée des chemins de la musique traditionnelle éthiopienne (dite azmari), du Jazz psyché, du Funk acide, de la musique latine et de la Soul, tous pleins de styles musicaux qui avaient la cote en Afrique de l'est à l'époque. Parmi ces messieurs, on retrouve le vibraphoniste Mulatu Astatke (reconnu comme le père de l'éthio-jazz), le saxophoniste Getatchew Mekurya (qui collaborera plus tard avec le groupe post-punk néerlandais The Ex dans un des mariages sonores les plus inventifs que votre humble serviteur ait entendu) et surtout : le chanteur Mahmoud Ahmed, souvent cité comme étant le "James Brown" de l'Éthiopie (rien que ça !).

Vers la fin des années 90, le label parisien "Buda" a eu la riche idée d'explorer ce filon fascinant dans une glorieuse série de rééditions/compilations arborant le doux nom "Éthiopiques". Dès que vous voyez ce nom arborant une pochette, RUEZ-VOUS sur ce disque parce que vous aurez toujours droit à quelque chose de splendide à souhait.

Le 7ième volume des Éthiopiques est en fait la version CD d'une des meilleures offrandes discographiques de sieur Mahmoud Ahmed, "Erè mèla mèla", originellement sortie en 1975. Dès les premières minutes de la pièce-titre, on est littéralement transporté dans une autre contrée par un groove insolite et ensorcelant. La voix puissamment soul de Mahmoud surplombe un épais marais sonore arabo-jazzy-bollywood tissé de cuivres enfumés, d'orgue vintage noctambule, de percussions orientales, de basse étouffée et de guitares funky qu'on diraient tout droit sortis d'un film porno particulièrement salace. Tout est délicieux ici. Le son "lo-fi" et vaguement croustillant de l'enregistrement rajoute beaucoup à l'authenticité de l'expérience.

Parmi les moments forts : "Ohoho gèdama" vous donnera des malins petits frissons dignes des meilleurs opiacée. "Sedètègnash nègn" vous fera danser métaphoriquement dans une jungle méphistophélique incandescente, où tous les sons environnants s'accouplent jusqu'à un paroxysme inévitable qui ne vient pourtant jamais. La langoureuse "Ashèwèyna" comblera tous vos désirs égypto-funk les plus secrets de sa rondeur toute panacée.

Cet album peut faire office de musique de fond géniale lors de vos soirées arrosées entre amis mais s'écoute aussi bien au casque à 2 heures du mat, quand le sommeil vous échappe et que vous voulez tout de même rêver à des ailleurs indomptables. Jettez-vous à pleins tympans ouverts sur cette petite merveille, qui fait office de porte d'entrée idéale à cette scène musicale intrigante. Mais attention au porte-monnaie ! Dès que vous achetez un Éthiopiques, vous voudrez ensuite en acheter un deuxième, un troisième, puis ainsi de suite... Pour citer le générique des célèbres Pokemon : Gotta Catch 'Em All !

Ere mela mela en 3 mots : nébuleux, envoûtant, cool
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Credo Quia Absurdum le 30 mars 2015 à 21:27
Je tiens à souligner que cette pochette d'album est tout à fait fabuleuse!
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 1 avril 2015 à 11:36
123. Coldworld - Melancholie² (2008)

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/coldworld_zpsfwqk290t.jpg)

Style : Black Metal atmosphérique, Ambient

In a wintery Black Metal mood today, avec cette saison qui n'en finit plus de finir...

Coldworld, c'est la créature sonore d'un certain Georg Borner. À ce jour, l'Allemand n'a livré que deux EP (dont le génial "The Stars are Dead Now") et ce divin album. Puis plus rien. Silence radio. Si il s'agit du testament de l'oeuvre du monsieur, c'est bien là un album qui révèle toute la richesse de son art.

L'est assez indescriptible c'te disque... Autant il y a cet aspect atmosphérique-dépressif qui puise ses sources chez Burzum (ça "buzz" allègrement d'un bout à l'autre), autant on y retrouve aussi des touches gothiques (ce violon à la My Dying Bride qui ensorcelle fichtrement sur "Tortured by Solitude") ou même shoegaze par bouts, comme si Slowdive avait décidé de se la jouer "ouais, on est EVIL et on brûle des églises maintenant". De plus, ya comme un aspect très pop qui est caché derrière toute la mer de larsens et de hurlements robotiquement altérés façon Filosofem. La production, à mi-chemin entre lo-fi vaporeux et limpidité cristalline, sied merveilleusement bien à l'atmosphère prévalente ici. Les compos sont ultra simples mais bigrement efficaces et chargées d'émotion.

Émotion est le maître mot ici. Ce que ce Mélancholie au carré réussit le mieux, c'est sublimer le pathos. C'est rare qu'un disque de Black Metal soit aussi prenant émotionnellement. Et je dirais même que c'est inaccoutumé qu'un album de Black soit aussi "beau". Par bouts, on dirait presque un M83 Black Metal. On pense même à l'album parenthèse de Sigur Rós. Pas nécessairement pour la musique en temps que tel mais pour ce qui s'en dégage : une mélancolie profonde et authentique... mais aussi une mélancolie euphorique, belle à nous couper le souffle, qui nous porte et nous entraîne ailleurs, vers ce monde merveilleux où l'esprit humain est libre de toute entrave.

Melancholie² se conclut sur une anomalie des plus bigarrées, "Escape", une espèce de suite post-rock teintée de beats trip-hop glacés, de guitares larmoyantes et de violons lancinants.

Chaudement recommandé à ceux qui cherchaient le petit frère du "Filosofem" de Burzum.

Melancholie² en 3 mots : la, morte, saison
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 2 avril 2015 à 00:52
122. Philippe B - Variations fantômes (2011)

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/philippeb_variations_zpscdawvpt9.jpg)

Style : Folk de chambre, Americana, Classique

La rupture amoureuse est un des sujets les plus sur-utilisé en musique mais rares sont les artistes qui y dédient un album complet. La référence évidente est Beck Hansen et son "Sea Change" désenchanté mais on peut aussi penser à "Disintegration" des Cure (avec son "Pictures of You" déchirant) ou encore au "Blood on the Tracks" de Bob Dylan, qui relate en grande partie son divorce.

Avec ses "Variations fantômes", Philippe B inscrit son nom dans cette liste illustre et nous pond un petit chef d'oeuvre émotif qui nous fait vivre toutes les étapes du deuil amoureux : l'impression de rêve éveillé quand la nouvelle arrive, la douleur du choc, la dépression, la solitude, le repli sur soi, l'analyse anthropologique de la relation dans tous ses détails (qu'ils soient extatiques ou douloureux), le sentiment de manque, les souvenirs qui nous envahissent puis la tristesse résignée à l'idée de cet être aimé dont le parcours a pris un autre chemin de traverse... Tout cela, notre auteur-compositeur réussit à l'illustrer de manière poignante, avec autant de simplicité que de grandiloquence, à travers les pièces magiques de ce beau disque.

De plus, en plus de s'adonner à la confection d'une oeuvre cathartique jusqu'au bout des ongles, monsieur B voulait expérimenter avec cet album. Grand amateur de musique classique, il a lu que le célèbre compositeur allemand Robert Schumann disait, à la fin de sa vie, qu'il se sentait habité par le fantôme d'anciens compositeurs disparus qui le guidaient à travers l'écriture de sa propre musique. Trouvant l'idée bigrement intéressante, il a décidé d'injecter une dose (aussi discrète que délicieuse) de classique dans sa musique. Ainsi, les chansons de Philippe se retrouvent hantées par les spectres de Ravel, Tchaïkovski, Strauss, Vivaldi... Des passages magnifiques tirés d’œuvres de ces géants viennent se greffer au pop-folk mélancolique et dépouillé de notre homme. Mais il ne s'agit pas ici à proprement parler de "fusion" entre les 2 genres... Les moments orchestraux viennent plutôt sublimer les pièces du Québécois, les tapissant de couleurs irréelles et surréelles.

Il suffit d'entendre la gracieuse pièce d'ouverture, "Hypnagogie", pour s'apercevoir avec délectation que la démarche de monsieur B est un franc succès. Le tout s'ouvre avec simplicité sur cette guitare automnale et cette voix qui déclame un texte qui te va droit à l'âme puis... la magie opère... On est enseveli sous une mer de cuivres et de cordes majestueuses. Et ensuite, c'est le retour au minimalisme du duo voix/guitare qui te ronge les tripes. Moment incroyable que la première écoute de cette pièce pour votre humble chroniqueur. La suite n'est pas en reste, avec cet été triste comme les pierres, ou Rimbaud vie sa saison en enfer à Montréal. "La ballerine" est un amalgame savoureux du cygne noir (d'un compositeur Russe bien torturé comme il faut) et des meilleurs opus de Richard Desjardins.

"Petite Leçon de Ténèbres", c'est les tourments de la Renaissance réinterprétés au quotidien d'un homme contemporain qui s'emmure dans son appartement et s'apprête à laisser une autre nuit sans lune le recouvrir complètement, corps et âme. "Mort et transfiguration (d'un chanteur semi-populaire)" est désarmant de beauté et de naïveté. Philippe laisse son égo tomber au sol et se fout d'avoir l'air ridicule... Il pense à son ex-copine qui écoute sa chanson à la radio et qui danse dans sa chambre. Délicieuse tendance qu'à le cerveau de créer des scènes fantasques pour transcender la douleur du présent. Moment horriblement attendrissant que ce "Nocturne #632" qui rappelle un peu ce qu'à fait l'excellent Jon Brion pour la trame sonore de "Eternal Sunshine of the Spotless Mind" (reflet cinématographique de cet album, s'il en est).

Après un bref interlude musical tout en douceur et en splendeur ("Le tombeau de Nick Drake"), "Reprise" nous offre un peu de fraîcheur pop kitschouille sympathique. "Ma photographe" est le retour au minimalisme avec cette guitare rappelant le génial sieur Drake ci-haut cité (un mec qui pourrait arracher des larmes à Genghis Khan). "Chanson pathétique" est un des points d'ancrage du disque et aussi la pièce la plus orchestrée d'un bout à l'autre. Sorte de messe des morts dédiée à la fin de la relation, ce morceau juxtapose milles orfèvreries sonores miraculées sur un texte aussi ambiguë que beau.

"California Girl" ouvre la tétralogie de la conclusion, là où le protagoniste a passé outre la pire période, mais se voit confronté à des remembrances du passé glorieux et a encore ses moments de faiblesses. "Croix de chemin" n'est que piano élégiaque et références christiques obtuses. Et c'est fichtrement ravissant, avec cet harmonica qui se retrouve accompagné par des ondes Martenot (où est-ce de la scie ?). Je vois "Marie" comme la fin d'un long parcours de tribulations. Le texte, qui révèle les mystères insondables qu'évoque toujours l'autre malgré des années de vie commune, est particulièrement réussi. L'album se termine avec "L'amour est un fantôme" qui est la synthèse apaisée de tout ce que vous avez entendu jusqu'à présent.

Je vous en conjure, chers amis. Laissez-vous envahir par ce disque fantomatique. Vous en ressortirez ému et grandi. Vraiment un des meilleurs artistes québécois actuels.

Variations fantômes en 3 mots : désarmant, sincère, affecté
Titre: Re : Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Shtamane le 2 avril 2015 à 22:29
123. Coldworld - Melancholie² (2008)

Chaudement recommandé à ceux qui cherchaient le petit frère du "Filosofem" de Burzum.

Melancholie² en 3 mots : la, morte, saison

Je suspecte que ce n'est pas un hasard que pouf, cet album se retrouve là le lendemain de ma critique de Filosofem ;)

Je viens d'écouter, c'est très très bon (à part les vocaux qui manquent de relief). Ceci étant dit, je n'apparente pas du tout l'ambiance de ce disque à Filosofem.  Je me suis plutôt sentie transportée dans les même sphères planantes que lorsque j'écoute du post rock, par exemple du Godspeed You Black Emperor ou comme tu dis, du Sigur Ros. "Post-metal", ça existe comme vocable?
Titre: Re : Re : Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 2 avril 2015 à 23:18

Je suspecte que ce n'est pas un hasard que pouf, cet album se retrouve là le lendemain de ma critique de Filosofem ;)

Je viens d'écouter, c'est très très bon (à part les vocaux qui manquent de relief). Ceci étant dit, je n'apparente pas du tout l'ambiance de ce disque à Filosofem.  Je me suis plutôt sentie transportée dans les même sphères planantes que lorsque j'écoute du post rock, par exemple du Godspeed You Black Emperor ou comme tu dis, du Sigur Ros. "Post-metal", ça existe comme vocable?

Yep ! Je savais qu'il se retrouverait dans les prochaines livraisons mais je l'ai placé là suite à la lecture de ta chronique (et la réécoute toujours aussi fascinante de ce monument qu'est Filosofem).

Ouais, je vois Coldworld comme le frérot de Burzum... mais un frère qui a donc grandi un peu plus tard et qui à écouté du Radiohead, du Godspeed, du Sigur, de l'Ambient, du Shoegaze à la pelle :) Je trouve que les vocaux s'apparentent un peu (bien que ceux de Vargounet sont indétrônables dans le genre "voici une bête féroce qu'on assassine à coup de hache"). Mais je suis bien d'accord pour dire qu'ils sont vraiment l'aspect le moins intéressant de la musique du monsieur.

Et oui, l'influence post-rock est vraiment très présente. La fusion entre le Black et le Post-Rock s'appelle en effet Post-Metal (bien joué !) et des tonnes de disques sont sortis dans le style vers la fin de la décennie 2000-2010 (des excellents et des moins bons). Et la fusion entre Shoegaze et Black a donné le Blackgaze (dont Alcest est grandement responsable... un très bon groupe bien que ce soit un peu gnan gnan... mais bon, le chanteur a une voix sublime au niveau de ses hurlements).

J'te dirais que le Black Metal a été un terreau fertile en expérimentation depuis 10 ans... Ya Oranssi Pazuzu qui ont décidé de croiser musique psychédélique au Black... puis Aluk Todolo qui lui ont injecté du Kraut-Rock... Et Thy Catafalque qui ont passé par la case King Crimson meets Portishead meets Emperor. Sans compter Panopticon qui mix des passages americana-folk-guitare à un Black atmosphérique de haut niveau...

Je te dirais qu'un des premiers groupes Black à avoir expérimenté vers de nouvelles sphères sonores est Dødheimsgard avec son 666 International complètement déluré (en 1999). Enslaved aussi à partir de Mardraum.
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 2 avril 2015 à 23:22
En passant Shta, j'suis sûre que le Mahmoud Ahmed va te parler lui aussi... Tu m'en donneras des nouvelles  ;D
Titre: Re : Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Shtamane le 5 avril 2015 à 14:06
En passant Shta, j'suis sûre que le Mahmoud Ahmed va te parler lui aussi... Tu m'en donneras des nouvelles  ;D

Bien sûr que je vais écouter, mais tu te rend compte que tu me mets actuellement sur un "backlog" de plusieurs mois d'écoute de nouveau albums? :P
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 6 avril 2015 à 12:01
En effet. C'est un tantinet cruel  ;D
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 6 avril 2015 à 12:50
121. OutKast - ATLiens (1996)

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/outkast_zps3xpjvhgo.jpg)

Style : Southern Hip-Hop Cosmico-Soulful

Ici, ils entrent dans la stratosphere. Le son s'est adouci, oscillant dans des sphères soul funky ; mais il est aussi devenu céleste, cosmique, plein de relief velouté. Des beats cinématographiques-en-IMAX-façon-hip-hop-90s viennent secouer le tympan dès l'intro portée par cette voix féminine sirupeuse. Puis c'est les flow incrédibles respectifs de Big Boy et Andre Benjamin qui viennent démolir tout sur leur passage, mais en conservant ce "swag" si caractéristique du premier album. Ils sont encore jeunes ici, mais ils sont à leur meilleur. Lyriquement, c'est juste une orgie. Tu peux pas te tromper avec les 6 premiers morceaux. C'est bombe après bombe. Ça s'enchaîne à perfection, comme 6 Hosomakis que t'engouffres avec délice tour à tour. OUMAMI pour tes oreilles, bro. Ça glisse à l'intérieur. Ça te jette le cerveau à terre. Ça coule de partout. Et ça sent l'arabica pur. Et la suite n'est pas en reste. Moins poppy, mais plus intellectuelle, plus VaPoReUsE et diffuse, obtuse même...

Tu dérives dans les méandres extra-terrestres de ces boucles hypnotiques, sussurées par les architectes d'un rap nouveau. Et pendant que t'es confortablement assis dans toute cette voluptueuse groovitude, ces 2 mecs et leurs amis t'assassinent avec leur flow léthargiquement violent. Et rarement mort n'aura été aussi délicieuse. Jazzy. Funky. Droguée. magique et sans douleur. Vaisseau spatial vermeil-cramoisi-mauve-jaune-éclatant qui fait des loopings au ralenti dans une mer de supernovas. Joie.

ATLiens en 3 mots : Feutré, Spatial, Illuminé
Titre: Re : Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Shtamane le 6 avril 2015 à 12:55
En effet. C'est un tantinet cruel  ;D

Non pas du tout, lances-en des albums.

Ce qui est très très très cruel c'est de ne pas nous donner immédiatement le top 20 dont tu parlais plus tôt, pour ensuite nous donner le reste. Mais c'est ta décision!

(imagine comment ça serait epic, Salade et Shtamane qui dévoilent leur top 10 concurrement, en dialogue. Ahem, une fille s'essaie! :P)
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 6 avril 2015 à 13:58
Bon ben je peux peut-être faire un compromis. Révéler le Top 20 dans un message avec des descriptions ultra courtes mais il faudra donc attendre la fin du Top 150 pour avoir les chroniques complètes... Qu'en dis-tu ? :)
Titre: Re : Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Shtamane le 6 avril 2015 à 14:24
Bon ben je peux peut-être faire un compromis. Révéler le Top 20 dans un message avec des descriptions ultra courtes mais il faudra donc attendre la fin du Top 150 pour avoir les chroniques complètes... Qu'en dis-tu ? :)

Naaaan, "description ultra-courte" et "Salade d'Endives", ça ne va pas ensemble. Comme je dis, si tu acceptes de faire un petit saut vers ton fameux top 20, je serais prête à mettre mon top sur pause pour révéler mes 12 derniers albums en alternance avec tes 12 à toi, ça serait grandiose. Mais je ne veux pas te forcer la main non plus. Je constate que ton concept voyage de 150 albums semble te tenir vraiment à coeur, qui suis-je pour le dérouter?
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 6 avril 2015 à 14:40
Bon. J'abdique :) j'aime beaucoup l'idée de la longue odyssée d'Homère musicale mais le top alterné est une super idée. Et puis... Dans un voyage, on peut toujours se rendre dans le plus beau des pays puis prendre l'avion pour des ailleurs insondables avant de revenir dans notre petit coin de paradis :) ouf, je continu dans la métaphore à 2 cennes pour justifier mon revers ;)

Bref, je vais faire mon numéro 120 pis après je saute au numbah 20 !!!
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Shtamane le 6 avril 2015 à 14:50
Génial! Je met mon top sur pause et j'attrape un sac de pop-corn. Il va y avoir un feu d'artifices ici!
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 7 avril 2015 à 10:14
120. Olivier Messiaen - Quatuor pour la fin du temps [Gil Shaham; Paul Meyer; Jian Wang; Myung-Whun Chung] (2000)

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/messiaen_quatuor_zpstzjs6b8i.jpg)

Style : Musique classique contemporaine, musique de chambre

Oeuvre en 8 mouvements pour violon, violoncelle, clarinette et piano, ce quatuor (inspiré par l'Apocalypse de Saint-Jean et évoquant l'ange annonciateur de la fin des Temps) a cela de particulier qu'il n'est pas à proprement dit un quatuor la plupart du temps... Ici, à part lors de 2 mouvements où les 4 musiciens jouent ensemble, on a affaire à des morceaux tantôt joués en trio, en duo ou pour un seul instrument (l'impressionnant "Abîme des oiseaux" pour clarinette seule). Autre particularité essentielle : la partition fut composée et interprétée (la première fois) en captivité, alors que Messiaen et ses comparses étaient en détention dans une prison allemande à Görlitz, en 1940. Oeuvre trouble et tendue pour une période historique qui l'est tout autant. Évidemment, l'horreur de la 2ème Guerre Mondiale a ainsi eu sa part d'influence sur l'oeuvre du Français et on s'imagine bien qu'il s'agissait là d'un climat tout approprié pour la composition d'une musique dédiée à l'Apocalypse.

Cependant, même si la tension est palpable d'un bout à l'autre, ce ciel gris sonore se voit transpercé de part et d'autre par des gerbes de lumières éblouissantes qui viennent nous rappeler la beauté d'un monde qui ne demande qu'à renaître de ses cendres... Ici, la musique est peinture. On navigue en plein expressionnisme (courant artistique que les nazis, ces sombres crétins, considéraient comme "dégénéré"), entre Kirchner et Kandinsky. Il y a des touches surréalistes à la Joan Miró aussi. Ça scintille dans une mélancolie où s'activent des couleurs ternes et fatiguées. Les instruments nous parlent tout bas, dialoguent entre eux, se répondent, vagabondent dans une lande dévastée. Le violoncelle se fait rumeur distante. Le piano n'est qu'éclats langoureux. Le violon pleure lentement ; on le dirait reflet d'une rivière tarie. La clarinette tisse des euphories dépareillées. Puis tout s'effondre, souvent, pour laisser place à ces silences oppressants, où tout espoir semble avoir quitté le navire... C'est infiniment beau, obtus et tragique.

Impossible de ne pas évoquer l'émotion diffuse qui anime le 5ème mouvement, "Louange à l'éternité de Jésus", où l'apaisement violent du duo violoncelle/piano nous amène dans cet autre monde où, entre chien et loup, on assiste solennellement à la fin du dernier des jours. Et c'est merveilleusement triste. Triste et lent. Mais il n'y a aucune note de trop, aucun silence qui n'ait pas sa place ici. Le mouvement suivant, "Danse de la fureur, pour les sept trompettes" est totalement à l'opposé tant au niveau de la forme que de la vitesse du jeu. C'est un genre de proto-RIO qui a probablement pas mal influencé un groupe comme Univers Zéro, où les cordes explosent et la clarinette se fait légion.

Voilà là une des œuvres majeures en matière de musique contemporaine. En fait, tout Messiaen vaut la peine (j'y reviendrai un jour). Oreilles aventureuses, risquez vous.

Quatuor pour la fin des temps en 3 mots : fureur et torpeur
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 7 avril 2015 à 21:40
(https://images-mix.netdna-ssl.com/w/300/h/300/q/85/upload/images/extaudio/cc985ba6-c4d3-4524-b868-4ac936398b21.jpg)

Avant d'entamer la douloureuse amorce de mon Top 20, je vous invite à écouter une autre sympathique playlist signée sieur d'endives, qui se veut une porte d'entrée aux positions 129 à 120. Laissez moi vos commentaires. Oui, même ceux qui ont rapport avec le télétravail et les élargissements de pénis. Cela peut s'écouter ci-bas :
https://www.mixcloud.com/inner-frequencies/top-150-de-salade-dendives-part-3/ (https://www.mixcloud.com/inner-frequencies/top-150-de-salade-dendives-part-3/)
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Shtamane le 7 avril 2015 à 22:45
Super choix Messiaen, c'est une oeuvre que j'apprécie beaucoup aussi, surtout que j'ai lu l'Apocalypse plusieurs fois. C'est une oeuvre que j'écoutais beaucoup quand je travaillais de nuit au dépanneur, ça faisait un bel accueil nocturne aux clients! Très perspicace le lien avec le RIO... Je ne l'avais jamais vu mais il me semble si évident maintenant que tu le mentionne. As tu choisi cet enregistrement car tu considère que c'est le meilleur?
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 8 avril 2015 à 19:42
J'ai choisi cette version vu que c'était la moins chère au Archambault quand j'y travaillais :) Mais elle est considérée comme une des meilleures. La version Erato (dir. Marcel Couraud) est paraît-il excellente aussi.

Le Top 20 devrait commencer dès demain chère amie :)
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Credo Quia Absurdum le 8 avril 2015 à 20:27
Juste de même... As-tu l'intention de parler d'un album de Captain Beefheart? La question se pose aussi à Shtamane. Puisque vous donnez des numéros à vos albums préférés, je ne voudrais pas vous voler un de ces albums. J'ai découvert Beefheart il y a une dizaine d'années, j'aimerais en parler dans mon propre topic si vous ne le faites pas dans le vôtre!
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 9 avril 2015 à 10:55
Dans mon Top 150, il y aura en effet un disque du Capitaine-Coeur-de-Boeuf, artiste que j'affectionne particulièrement. Cependant, cela ne t'empêche pas d'en parler mon cher :) Au contraire, je t'invite fortement à nous livrer ta vision de l'oeuvre du monsieur. J'ai très hâte de lire ça ! De toute façon, ma critique ne viendra pas tout de suite.
Titre: Re : Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Shtamane le 9 avril 2015 à 13:54
Juste de même... As-tu l'intention de parler d'un album de Captain Beefheart? La question se pose aussi à Shtamane. Puisque vous donnez des numéros à vos albums préférés, je ne voudrais pas vous voler un de ces albums. J'ai découvert Beefheart il y a une dizaine d'années, j'aimerais en parler dans mon propre topic si vous ne le faites pas dans le vôtre!

Moi et Salade on se "vole" nos albums depuis plusieurs jours déjà alors tu as loisir de le faire aussi!
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 10 avril 2015 à 00:10
Bon.. ben, tel que promis, voici le début du fameux Top 20 :

20. Aphex Twin - Selected Ambient Works Volume II (1994)

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/aphex_zpsqoqbraeu.jpg)

Style : Ambient

Notes
-Richard D. James dit avoir entendu ces musiques à travers une série de cauchemars et rêves lucides... Il a essayé ici de reproduire ce qu'il y avait entendu le plus fidèlement possible.
-L'album est constitué de 24 titres sans noms, à part "[Blue Calx]" (1ère pièce du deuxième CD). Bien qu'elles ne portent aucun nom officiel, les pistes qui constituent l'album sont fréquemment nommées (par les fans) d'après les photographies qu'on retrouve à l'intérieur du livret et qui sont liées chacune à un numéro de pièce... Pour brouiller les pistes, les photos sont associées à différentes pièces, selon le fait qu'il s'agit de l'édition américaine ou l'édition anglaise... Pour faciliter l'écriture et la compréhension de la présente chronique, j'ai utilisé les noms le plus communément attribués aux titres pour mieux les distinguer.
-L'édition "Sire" que je possède omet (à mon grand désespoir) deux pièces, elles aussi sans nom mais qui sont maintenant reconnues par les fans sous les titres suivants : "[Hankie]" et "[Stone in focus]". Pour faire une brève critique de ces deux monuments vaporeux, je dirais que "[Hankie]" est une jolie ballade surréaliste et quelque peu horrifiante dans une église gothique abandonnée (en plein désert) et qui, la nuit, se voit illuminée par le spectre effroyale d'une couleur impossible (dixit Lovecraft)... alors que "[stone in focus]", c'est la fin de tout... un paysage désolé, vide, où il n'y a plus rien... Ce thème, que vous avez peut-être entendu si vous avez suivi les aventures schizoïdes de l'élégant Salad Fingers, est un des plus grands chef d'oeuvres de monsieur Richard D. James.

Fin d'avant-midi. Fin Novembre 2005. Frais sorti d'un sommeil lourd et diffus, chargé de songes surréels (les nombreuses bières de la veille obligent), je prends mon premier café en inspectant l'horizon extérieur s'offrant à moi par le biais de la seule fenêtre de ma chambre de mon premier vrai chez moi (qui donne sur une nature verdoyante et quelque peu dantesque). Résultat : le brouillard, magnifique et opaque, recouvre dame nature dans sa globalité, tel un linceul sublimé. Juste ça et j'ai déjà un malin petit sourire en coin de bouche. Je suis un de ceux qui aiment profondément le phénomène météorologique en question ; d'un amour étrange et secret. J'aime le brouillard. J'aime son aspect recouvrant, opaque, fantomatique (surtout). J'aime son côté immersif, solitaire, nostalgique (cette nostalgie bizarre qui nous prête des souvenirs qui ne nous appartiennent pas ; ou des images de rêves d'enfances qui nous reviennent soudainement, qu'on croyaient effacées, qui ne se distinguent plus nettement des éléments réels). J'adore marcher pendant des heures à travers ce brouillard qui enchante tout, qui déconstruit tout autour, transformant ces endroits jusqu'alors connus en lieux neufs, mystiques, habités... C'est comme si le brouillard pénétrait à travers les pores de ma peau, qu'il se baladait à travers mes organes et ma matière grise, touchant tel fil ci et là, comme une drogue pure provenue de la nature impie... influençant ma perception des choses, me laissant fabuler librement, sans entraves, à travers des visions fantasques et grotesques. C'est cool de sortir de chez soi et de se sentir comme si on avait pris un aller simple pour un autre monde ; comme si un nain-irlandais-chercheur-d'or pouvait bondir à tout moment du buisson le plus proche, laissant échapper un rire méphistophélique... ou comme si on allait trouver Gaïa à travers la forêt en arrière de chez nous, ou encore trébucher sur une charogne prestement mutilée en plein sous-bois (les fantasmes brumeux passent de Tolkien à Baudelaire selon l'inspiration du moment).

Ce jour là, j'ai vécu un des plus forts moments musicaux de ma courte vie... J'ai déjeuné frugalement sous les airs d'un Tom Waits (je crois qu'il s'agissait de Blood money) et ensuite, fidèle à mon désir de perdition, je me suis habillé chaudement pour affronter la nappe céleste en suspension. S'ensuit alors une marche épique qui occupa pratiquemment tout l'après-midi... J'errai longuement à travers les sous-bois vaporeux et les rues d'une ville morte rappelant Silent Hill (le deuxième chapitre, plus précisément). Je ne rencontrai pas âme qui vive, seulement quelques voitures au loin (mais qui dit qu'elles étaient réellement conduites par des êtres humains ?). J'étais seul, incroyablement seul. Et j'adorais ça. Confronté à mes pensées, je dialoguais intérieurement avec moi-même (ce petit côté schizo-centrique que nous avons tous) alors que tout autour de moi alimentait mon imaginaire foisonnant : ces longs arbres recouverts par le spectre blafard, ce ciel gris qui semblait encore plus distant qu'à l'accoutumée, ce chemin de fer tout rouillé et lugubre que j'empruntai, les feuilles mortes qui pourissaient en tas difformes, l'étrange lumière qui semblait provenir du brouillard lui-même... Perdu dans cet univers occulte et merveilleux, je rentrai assez tard à ma chaumière, la tête bondée d'images et d'idées insolites. C'est là qu'armé d'une Maudite réconfortante (Unibroue rules), l'envie d'écouter un disque s'empara de votre humble serviteur. Mais après une telle journée contemplative, quelle musique sied t'elle le mieux à l'atmosphère ? J'épluchais ma collection de disques à la quête du Saint-Graal quand soudainement, ça me frappa... Aphex Twin et son ovni ambient. J'avais acheté l'album l'été plus tôt mais je n'avais écouté que le premier disque (qui m'avait fait déjà forte impression ; une sorte de plaisant malaise). L'objet avait déjà une allure quelque peu énigmatique : cette pochette magnifique, couleur rouille, où l'on retrouve le logo d'Aphex Twin semblant être gravé sur la pierre, l'absence de titres, les photos comme seule information à l'intérieur du livret... J'insérai les deux CDs dans mon lecteur, l'un à la suite de l'autre, et j'appuyai sur "Play". Les lumières de ma chambre étaient toutes fermées (à part une) et notre pote le brouillard tapissait toujours l'horizon à l'extérieur.

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/aphex2_zpsdm6cjton.jpg)

Dès les premières secondes du titre initial (surnommé "[Cliffs]"), je réalisai avec émoi que mon trajet à travers le brouillard ne faisait que commencer... Il s'agit d'une entrée en matière absolument tétanisante, qui manipule gentiment l'esprit humain, histoire de le préparer à ce qui s'en vient. À cette mélodie douce et onirique, faîte en nappes de vieux synthétiseurs, on retrouve cette espèce de voix féminine samplée (?) et déconstruite jusqu'à ce qu'elle devienne une quasi-onde. Cette voix est aussi insistante qu'insolite... Et grâce à elle, à la conclusion de la pièce, on réalise que le malaise est déjà arrivé, subconsciemment... Le deuxième morceau, rebaptisé "[Radiator]" (est-ce une référence à Eraserhead de sieur Lynch ?), amplifie ce malaise. C'est une espèce de complainte spectrale qui aurait bien pu figurer dans la série de jeux Silent Hill mentionnée ci-haut, alors qu'on se retrouve à errer dans un de ces asiles abandonnés. Il y a un côté décalé (l'espèce de beat électro enfoui sous dix couches de ténèbres) qui contribue à nous mettre dans une transe des plus singulière. S'ensuit un morceau très populaire, le renommé "[Rhubarb]" (qui figure souvent dans la série Salad Fingers de David Firth). Cette piste est une des plus belle mais aussi une des plus triste de l'album. S'ensuit le point de non-retour, le suffocant ["Grass"]. Puis l'auditeur, atterré, confus, ensorcelé, se perd dans les méandres d'une brume sonore des plus inquiétante. À l'écoute de ce rythme caverneux au dessus duquel planent ces nappes de synthé-fantôme qui gémissent solennellement, on sent l'emprise de l'album sur notre pauvre âme souillée. Des images biscornus défilent devant nos yeux... On suit, comme possédé, cette figure sombre, drapée d'un châle noire et muni d'une lampe à l'huile, dans une forêt millénaire d'où s'échappe une chorale de bruits diffus et étranges, qu'on ne peut distinguer... Et on avance toujours, suivant la créature-homme encore plus profondément vers l'irréel... Le cauchemar se poursuit avec "[Mold]" (qu'on pourrait qualifier de Requiem en code morse) et l'impénétrable "[Curtains]", sorte de berceuse austère et pourtant douce, dont la mélodie se répète inlassablement en boucle. Petit détour dans la ville inhumaine avec "[Blur]", qui ne partage que le nom avec le célèbre groupe de brit-pop. Un rythme quasi-tropical porté par quelques notes d'un piano-bar-from-hell. "[Weathered Stone]" ressemble à une version plus rapide et groovy de la pièce précédente et demeure le moment le plus rassurant du disque premier. On retombe trèèèèèès profondément dans les limbes avec "[Tree]". Si Richard D. James s'est inspiré de ses propres rêves pour créer l'album, je ne veux pas vivre le cauchemar auquel il est passé à travers pour pondre ce "[Tree]" aux teintes impossibles (ou j'aimerais plutôt... mon côté malsain). "[Domino]" est une autre promenade vertigineuse dans cet univers qui n'existe plus vraiment sous la couche vaporeuse. "[White Blur]", ses clochettes cristallines et ses voix démentes, vient conclure de belle façon cette première moitié d'album.

Tétanisé sur place par ce que je venais de vivre, j'allai me chercher une autre bière en prenant bien soin de regarder le brouillard à travers la porte-patio du salon... C'est comme si il avait perdu son côté rassurant, tout à coup. De retour dans la chambre musicale, je m'attaquai au deuxième CD et plus précisément à "Blue Calx", sublime piécette enfumée qui introduit le disque. Vient ensuite l'interstellaire "[Parralell Strips]", qui semble être la musique qu'on ferait jouer dans les dortoirs d'une école pour enfants sociopathes (mais sur la Lune). Petite pause électro avec le morceau suivant, qui demeure le seul exercice du genre à travers tout l'album (mais qui ne dépareille pas pour autant du reste). "[Grey Stripe]"... Est-ce de la musique ? Ou est-ce une incantation funèbre dédiée à Nyarlathotep et les grands Anciens ? Un vent cosmique qui souffle... et ces divagations extra-terrestres au clavier... J'adore ce morceau. "[Z Twig]", avec son côté musique pour documentaire BBC sur la fonte des glaciers, laisse présager les oeuvres futures des géniaux Boards of Canada. "[Window Sill]", avec son beat arabisant et cet espèce de son de flute exotique, semble être la bande sonore parfaite d'un film de zombies basé à Téhéran (et où les morts-vivants sont réveillés par un passage du Necronomicon, lu par son géniteur, l'Arabe dément Abdul al-Hazred). Après deux moments plus paisibles en la forme de "[Hexagon]" et "[Lichen]" (tout de même étrange à la fin), on se prend un "[Spots]" diurne et dément en plein tympan. Riche qualité de la musique qui est capable de terrifer son auditoire (en la présente : moi, seul dans mon appartement enseveli par le brouillard). "[Tassels]" continue dans la même lignée, mais avec un côté électroniquement-dérangé. Les prises électriques sont possédées par Satan et influent la musique ! Retour à l'asile abandonné avec "[White Blur 2]" pour y entendre le fantôme d'une filette rigoler sinistrement. Sweet dreams. "[Match Sticks]" termine le tout avec son aspect "bal tragico-cosmique" qui fait très Carnival of Souls by way of Angelo Badalamenti.

Bref, ce jour de novembre 2005, j'ai réellement vécu un trip. Un trip musical, mais aussi un trip mystique et sensoriel. Cette musique n'accompagne pas seulement magnifiquement ces jours de brouillard tant appréciés de votre chroniqueur adoré. Cette musique EST brouillard. Cette musique EST rêve. Cette musique EST cauchemar. Ces morceaux portent en eux un aspect profondément insaisissable et c'est ce qui fait, en grande partie, leur magie. À milles lieux du premier volume des Selected Ambient Works (qui n'avaient d'Ambient que le nom), ce deuxième recueil de Richard D. James est une anomalie dans la carrière déjà bien particulière d'Aphex Twin. Ça ne ressemble à rien de ce qu'il a fait avant ou après (à part peut-être certains passages sur Drukqs, grand disque mégalomane-schizoïde-fourre-tout). La référence musicale la plus proche serait "Ambient 4 (On Land)" de Brian Eno (un autre putain de chef d'oeuvre habité, tiens). Bref, armez vous de votre courage (et de la drogue de votre choix) et préparez-vous à pénétrer dans un brouillard dont vous ne ressortirez pas de ci tôt...

Selected Ambient Works Volume II en 3 (4) mots : géométrie sensorielle des vertiges
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 10 avril 2015 à 00:21
Pour les curieux : https://www.youtube.com/watch?v=1e24fGKQu2Q (https://www.youtube.com/watch?v=1e24fGKQu2Q)
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Shtamane le 10 avril 2015 à 10:28
C'est parti  :D

Très bon choix! Dans mon cas cet album est un très bel exemple de ce que j'appelle mes "one-timer classics". C'est un album que j'ai écouté une fois (en deux sessions je crois), j'ai vécu une super expérience, et je ne l'ai plus jamais rejoué. Pas parce que c'était mauvais, au contraire, mais simplement parce que je savais que j'avais vécu ce que j'avais à vivre avec ce disque et qu'il était inutile de répéter l'expérience. J'ai plusieurs albums avec qui j'ai vécu ce genre de relation... c'est un mythe à mon avis qu'un bon album doit nécessairement se réécouter.

Ça fait quand même plus de 10 ans, mais je me souviens d'une pièce qui était en fait un long vrombissement électrique très sourd, comme le flickering d'une lampe fluorescente amplifié par 1000. Oh là là, tout mon être vibrait intensément dans le noir, il n'y avait plus de pensées dans mon esprit, c'était presque un samadhi.
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Shtamane le 10 avril 2015 à 10:30
Je dois également dire que ta critique était vraiment géniale, poétique et surtout très très informative. Les prochains jours vont être mémorables!
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 12 avril 2015 à 19:34
Merci pour les beaux commentaires :) C'est très très apprécié, surtout venant de toi !
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 12 avril 2015 à 19:39
19. Mr. Bungle - Disco Volante (1995)

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/mrbungle_discovolante_zpsrjl58dry.jpg)

Style : OVNI

Comment définir l’immatériel imagé, le rêve éveillé, le grand trouble noctambule !?!... Derrière sa pochette emblématique on ne peut mieux choisi (« Un Chien Andalou », court métrage légendaire et absolument loufoque des génies que sont Luis Buñuel et Salvador Dali... ou serait-ce « Tetsuo », film japonais horrifique et tout aussi délirant ?), se cache un des albums les plus originaux de tous les temps mais aussi l’un des plus étranges et des plus beaux. « Disco Volante » est un cauchemar surréaliste, ni plus ni moins. C’est la trame sonore de votre sub-conscient, un long parcours comateux à travers une forêt ouatée où naviguent des pianos fantômes et autres lucioles hallucinés qui brillent de milles feux. Mr. Bungle nous ouvre les portes de son manoir hanté, où chaque pièce abrite son lot d’anomalies splendides. Tout y passe : Jazz, musique de cirque, rythme n’ blues, Death Metal, Rock déjanté, musique de film d’horreur, Techno débridé, claviers kitsch, bruits de vaisselles éclatés, Pop des années 50, passages bruitistes, Tango, Surf, musique du Moyen-Orient et un soupçon de sax de John Zorn (l’éternel larron) pour épaissir la mayonnaise sonore. C’est un peu comme si Frank Zappa, Danny Elfman et les Residents s’associaient pour concocter la musique d’un film de Ed Wood.

Difficile encore de résumer l’album en entier, tant ces pièces qui le composent sont diversifiées (et étonnamment indissociables). Le tout commence avec un court « Everyone I went to high school with is dead” très sludge (à la sauce Melvins) avec des changement de tempos biscornus. Changement de décor immédiat sur un « Chemical marriage » très cinématographique (on croirait entendre la bande son de Edward Scissorhands passée dans le malaxeur d’un organiste saoul !), avec ses sonorités à la fois fantaisistes et glauques. Le tout dérape dans la névrose avec « Carry stress in the jaw », véritable déluge trans-genre où Mike Patton, transmuté en dentiste satanique, récite des vers de Poe tout en hurlant comme un déchaîné sur des passages tantôt jazz, tantôt speed metal (complètement déstructurés, si il était nécessaire de le mentionner). Après un éclat qu’on croit final, la pièce se mute en surf hilarant (« the secret song ») où Patton imite à merveille le grand-père de la famille des Simpsons. Tiens, de la gerbe et des percussions : un savoureux mélange. Et c’est reparti pour un gros groove techno à la sauce irakienne. On sent la touche Trey Spruance (principal compositeur de Mr. Bungle et maître des Secret Chiefs 3) qui confronte ici ces deux mondes pourtant si éloignés et ce, avec brio et un humour bon enfant. « Violenza Domestica » n’est rien de moins qu’une scène de ménage d’une famille italienne, où la figure paternelle, incarnée par Patton (qui nous narre le tout exclusivement en italien), pique une colère terrible sous les airs romantiques d’un accordéon. "After school special" est un petit morceau particulièrement dérangeant, supporté par l’orgue électrique de "Uncooked Meat Prior To State Vector Collapse" (c’est le surnom du claviériste). Il s’agit là d’un commentaire social sur l’abus des enfants, le tout étant présenté au 18ème degré.

On se frotte ensuite à un trash-jazz enlevant avant d’être poignardé, musicalement, par «Ma meeshka mow skwoz », qui semble être une transmission provenant d’un autre univers et captée avec l’apport non négligeable d’un vieux tourne-disque abritant déjà, au préalable, le spectre d’un jazzman inconnu (et pourtant génial). Maniaque et possiblement dangereux, Mike Patton hurle, crie, radotte des trucs dans une langue extra-terrestre, se réincarne en Gollum du Seigneur des Anneaux, jubile, pleure et fait la moue. On tombe ensuite dans la terreur d’un « The Bends » foutrement ambiant, voguant à travers des passages tantôts oppressants tantôts aériens. L’ornithorynque ("Platypus") se voit doté d’un hommage avant-gardiste digne des plus grands, avant d’être transporté une nouvelle fois à la plage ("Merry go bye bye") où le Soleil californien nous gratifie d’une insolation rumba-bruitiste… "Disco Volante", c’est l’imaginaire dans toute sa pureté et sa liberté. Et quoi de meilleur en ce monde que de rêver un peu ?

Disco Volante en 3 mots : fou, fou, fou
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Credo Quia Absurdum le 12 avril 2015 à 22:14
Je me suis toujours demandé à quoi ressemblerait le monde si la musique de Mr. Bungle l'avait créé. Probablement que la fin du monde aurait eu lieu pas mal plus rapidement. Parfois on a l'impression que la musique de ce groupe prend une forme réelle et qu'elle est tordue de toutes sortes de façons comme un clown fait avec une baloune. Sauf que c'est pas mal plus fucké qu'un ballon en forme de caniche.
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Shtamane le 13 avril 2015 à 20:23
Une de mes plus grandes douleurs par rapport à mon top 30 c'est que Mike Patton ne s'y trouve pas... Si j'avais fait un top 35, California aurait été inclus sans aucun doute. Bien que Discovolante est aussi une oeuvre de génie, je trouve California mieux ficelé et focusé, plus accrocheur et conceptuel. C'est une grosse lettre d'amour à la pop de la cote ouest des années 50-60, et je trouve ça irrésistible.
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 13 avril 2015 à 21:20
J'ai longtemps hésité entre Disco Volante et California... Je demeure incertain de mon choix mais c'est ça faire des Tops  :P
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Kavernn le 13 avril 2015 à 23:37
Ne serait-ce que pour Retrovertigo, qui pour moi, est une chanson parfaite, mon vote serait aller à California, mais de vraiment peu.

Bonne critique de Disco Volante qui reste quand même un incontournable. Une sorte de rite de passage pour n'importe quel mélomane.
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 14 avril 2015 à 01:14
18. Boris - Flood (2000)

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/boris_flood_zps25zx6jcp.jpg)(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/boris_flood2_zpswiloakex.jpg)

Style : Drone, Ambient, Post-Rock, Voyage

Disque à part dans une discographie déjà incompréhensible, Flood est monument. Flood est cataclysme. Flood, c'est la fin de tout. La fin de vos incertitudes, de vos inquiétudes, de vos joies quotidiennes, de vos espoirs échoués... La conclusion fatidique de votre existence sous les flots d'un désastre aquatique monstrueux qui va tout emporter.... chagrins, peines, bonheurs, terreurs, égarements divins... Et de la destruction infinie renaît la vie, toujours. Une vie nouvelle. Tout sera à reconstruire. Bâtiments. Villes. Mais aussi votre être tout entier. Vos émotions et sentiments dans cet ailleurs incertain. Votre âme, même. Tout a été érodé par Flood. Rien n'est plus. Parce que Flood, c'est un Rien magnifique. Un Rien colérique mais apaisé, qui dévaste sans discernement. Ni bienveillant, ni méchant. C'est la Nature et ses droits. Et c'est tout.

Flood, c'est un seul morceau mythique, mais divisé en 4 mouvements épiques qui vont chacun colorer le récit musical que vous allez vivre.

I : Ça s'ouvre sur un pattern guitaristique tout étrange et ensorcelant... Tu es aux abords de la mer, au petit matin. Le calme absolu. Le ciel est d'un azur sans fin. Le sable blanc est doux contre tes pieds nus. Deux guitares minimalistes, aux saveurs mi-asiatique mi-desert-blues africain, se répondent en canon, s'entrecroisent et finissent par ne former qu'un tout hypnotique pour accompagner la vision séraphique de cette immensité bleutée. Les oiseaux volent et piaulent au large. Un bateau de pêche est visible au loin. Les guitares continuent leur discours amovible et deviennent mantra. Tout est paisible et statique. Le temps est comme suspendu.

Mais soudain, des grondements se font entendre... Des roulements de batterie distants amènent les échos lointains du tonnerre et d'un vent cosmique. Tout cela se rapproche petit à petit. Le ciel s'assombrit peu à peu. L'air devient lourd et chargé. Des chimères nuageuses, chargées d'un gris électrique, viennent recouvrir la toile cristalline au dessus de ta tête. L'atmosphère limpide n'est plus. Une tempête s'annonce. Et elle sera terrible.

II : C'est le calme avant la tempête, inévitable. Une batterie solitaire, lente et funeste, ouvre ce nouveau chapitre. Se joint à elle cette guitare toute floydienne et incroyablement mélancolique. Une deuxième guitare, sorte d'onde émerveillée, vient se poser par-dessus nos deux instruments affables et tresse un ailleurs fantasque ; tout en montagnes sonores hallucinées. C'est juste magnifique (je vois cette pièce comme l'adieu final et solennel à la beauté de cet univers qui sera bientôt submergé par les flots)... Requiem stoner-blues ou rencontre au sommet entre Do Make Say Think et le Pink Floyd de l'ère Meddle. La guitare de Wata, qui dessinait tantôt des vertiges indomptables dans la voûte céleste, se fait maintenant acide et pleine de cette rage résignée qui te pourfend l'âme. Ce solo de guitare électrique est de loin un des plus contemplatifs et émouvants qui ait été enregistré depuis celui d'Eddie Hazel sur "Maggot Brain" (dans un tout autre genre)... on dirait que Flood veut te serrer dans ses bras très fort avant de t'envoyer rejoindre ton Dieu.

À la 30ème minute de l'oeuvre, une voix humaine fait irruption pour la première fois dans le paysage assombri. Cela surprend après cette demie-heure instrumentale. Cette voix douce et rassurante, c'est pourtant celle du prophète venant annoncer la fin des temps. Alors qu'il te chante sa berceuse apocalyptique sur un fond de cordes anesthésique, tu as à peine remarqué... mais la pluie a commencé à tomber à  grosses gouttes. Le vent funeste est maintenant typhon ravageur. Les eaux viennent prendre pied sur la terre et s'apprête à l'engloutir pour la ramener en son sein... La tempête fait finalement rage et même si tu sembles l'attendre depuis plusieurs éternités, sa violence déchaînée te surprend. Tu te prépares à faire face à quelque chose de plus grand que toi.

III : Noyade au ralenti dans le DOOM maritime. Des riffs tétanisants se répétant inlassablement dans l'éther alors que le raz-de-marée submerge tout, t'entraînant dans une mort aussi douloureuse qu'orgasmique. Jouissance des derniers instants chavirés. Basse-maelstorm. Guitare hendrixienne sur-sur-sur-saturée. Tu revois toute ta vie défiler alors que l'eau commence à entrer dans tes poumons et s'apprête à les faire exploser.

IV : L'après... Le continent reconfiguré ; alors que les eaux se retirent petit à petit... Un coucher de Soleil miraculé vient poindre à l'horizon. Tu t'éveilles, échoué sur le rivage... Tu as survécu de peu au déluge millénaire. Es-tu le seul ? Tu te lèves péniblement, après avoir vomi ta part de sable et de sel, et tu pleures en contemplant l'astre vermeil amorcer sa descente sur la lande dévastée.

...

Flood, c'est un disque-expérience qui s'écoute dans un étrange état de grâce. C'est un disque aussi destructeur que purificateur. On se sent NEUF et apaisé après chaque écoute magique. Mon écoute la plus épique s'est fait avec l'apport non négligeable d'un baladeur (ouais, je me faisais encore des cassettes audio en 2006!), un jour gris et venteux d'Avril 2006, alors que je décidai de marcher le long d'un chemin de fer bordé par des boisés. Le vent avait quelque chose d'irréel cette journée là (vous savez ces espèces de bourrasques gémissantes ?). Rarement musique ne m'a fait sentir à la fois aussi triste, seul au monde et pourtant heureux d'être en vie que ce Flood cette journée là.

À savourer avec parcimonie, dans ces moments spéciaux.

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/boris_zpseemqjjmv.jpg)
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 14 avril 2015 à 02:55
17. David Bowie - Low (1977)

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/bowie_low.jpg_zpsvp0g8fsr.png)

Style : Art-Rock / OVNI-Pop / Avant-Garde

En 1977, c'est un David Bowie désillusionné, dépressif et amer qui s'envole vers Berlin. Cocaïnomane invétéré, le Thin White Duke veut s'éloigner de la vie trépidante et excessive qu'il mène à Los Angeles. Bowie loue un appartement à Kreuzberg, quartier turc de Berlin-Ouest... dépaysement total et volontaire pour un artiste qui se cherche. L'exotisme : c'est l'autre raison qui explique le déménagement éclair de feu Ziggy Stardust, lui qui est tombé en extase devant ce pays scindé en deux, par ses régimes totalitaires extrémistes et ses sonorités nouvelles qui ont secoué le panorama musical au cours de la décennie (kraut-rock RULZ !). En laissant sa muse s'orienter ou se désorienter à travers tant de richesse et de folie, l'extraterrestre roux va créer ce Low désincarné, première offrande dans une trilogie berlinoise regroupant aussi Heroes et Lodger. La gestation de l'oeuvre se fera en présence de son ami Brian Eno, grand gourou mystique du studio et distributeur de cartes ambigües. Eno sera le grand fouteur de merde (dans le bon sens du terme, s'entend). Celui qui poussera Bowie à prendre tous les risques possibles, à cesser de "normaliser" des chansons qui n'ont justement pas besoin d'être normalisées (des morceaux qui, à priori, lui semblaient trop courts, trop longs ou trop "fucked-up"), à se plonger dans un minimalisme brut, à improviser pleinement, à prévoir quelque chose puis en enregistrer le contraire, à déconstruire la formule à l'intérieur d'elle même, à faire de l'avant-garde tout en restant les pieds posés dans la pop... Mais Eno ne révélera à Bowie que ce qui se trouvait déjà en lui : un expérimentateur né. Iggy Pop sera aussi de la partie, le temps de jouer quelques notes de piano (saoûl, probablement) et de pousser la chansonette de sa voix grave si caractéristique. Parmi les autres acolytes présents lors de ces sessions mouvementées (entre la France et l'Allemagne), on retrouvera aussi le guitariste Carlos Alomar, comparse depuis Young Americans, de même que ce cher Tony Visconti aux manettes.

Qu'en est-il du résultat à présent ? Et bien, Low est le meilleur Bowie, ni plus ni moins. C'est l'album qui, à mon avis, vient confirmer son génie (déjà maintes fois démontré avec les perles discographiques antérieures). Car oui, le caméléon du rock est un génie et ce, même si à travers sa longue et riche carrière, certaines mauvaises langues iront dire qu'il ne fait que singer différents courants musicaux populaires et les resservir dans un emballage différent. Je trouve qu'il est réducteur de penser de cette manière. Bowie prend tous ces styles et réussit à se les approprier - à les transcender parfois même. C'est justement le cas de cet incroyable Low, qui bien que fortement inspiré du Kraut-Rock (en particulier de groupes géniaux tels que Neu!, Kraftwerk et Can), est en définitive un des albums les plus originaux de tous les temps - et aussi un des plus influents. En 1977, un album comme Low est un véritable ovni sonore. Avec son mélange audacieux de pop dérangée, de musique minimaliste et cyclique, d'ambient, de kraut-rock et de "proto-new-wave" (le terme n'existe même pas à l'époque), Low est un des albums-précurseurs ET géniteurs de toute cette vague musicale de la fin des 70s et du début du 80s : New Wave, Post-Punk, Électro Pop, New Age, etc...

L’album se scinde en deux parties distinctes : une première qui réunit 6 pistes de pop mécanique complètement désarticulées et une seconde purement instrumentale, nettement influencée par le minimalisme des John Cage, Terry Riley, Steve Reich et Philip Glass. Les morceaux pop, supportés par une rythmique froide et bourrés de bidouillages sonores (la marque de commerce de Eno), nous font autant penser à la musique des groupes allemands mentionnés ci-haut qu'à du rock 50s et 60s - mais qui fut soigneusement disséqué et ensuite suturé par un chirurgien sonore des plus audacieux. Les paroles supportant le tout ont aussi cet aspect patchwork. À l'époque, Bowie composait ses textes avec la méthode du "copier-coller", recoupant des mots et bouts de phrases de façon aléatoire, un peu à la manière des "cadavres exquis" de nos amis les surréalistes.

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/bowie_thin_zpskpmdqrvd.jpg)

La portion instrumentale est quant à elle aussi magnifique que renversante. Bowie n'avait jamais rien fait de tel auparavant. Véritables perles avant-gardistes, ces pièces sont portées vers d'étranges horizons par une tonne d'idées brillantes et une instrumentation bigarrée. Des sons ronronnants et un tantinet vieillots sortant de la horde de claviers utilisés (synthétiseurs, mini-moog, orgue électrique, de même que le légendaire Chamberlin - premier sampler de l'histoire de la musique et ancêtre direct du Mellotron) viennent se greffer à ceux produits par une foule d'instruments disparates (piano, vibraphones, xylophones, harmonica, violoncelle, saxophone, percussions multiples) pratiquemment tous pris en main par Bowie et Eno eux-mêmes... En résulte une ambiance quasi-indescriptible, une ambiance de "création totale"... Mais il est trop dur de résumer l'atmosphère et le génie d'un tel disque dans un paragraphe... On s'embrouille, on bafouille, on est pas clair et on oublie des choses. Allons y donc morceau par morceau !

Speed of life : Instrumental. Superbe entrée en matière qui, dès la première seconde (cette montée de clavier robotique qui est probablement signée mister Eno), nous introduit à l'esthétique sonore de l'album. Des claviers en guise d'instruments principaux, une basse et une guitare groovy qui les secondent de même q'une batterie très post-punk. Court. Minimal. Et terriblement efficace.

Breaking glass : Une chanson pop anti-pop, avec son rythme étrange qui s'arrête constamment, sa batterie au son sourd (autre marque de commerce de l'album), sa longueur (moins de deux minutes) et ses paroles très étranges ("Baby, I've been breaking glass in your room again. Listen. Don't look at the carpet, I drew something awful on it...") chantées par les voix démultipliées du Thin White Duke. De la pop obsessionnelle compulsive ?

What in the world : Du déjanté comme je l'aime. Un texte complètement éclaté sur l'isolement et la dépression déclamé par Bowie et Iggy (qui font quasiment exprès pour chanter le plus mal possible), le tout ponctué par une guitare acerbe qui tisse son mantra électrique, adjointe insolite d'un délire "gomme balloune" sur un clavier au son ultra-kitsch. Dadaïste-pop à son meilleur.

Sound and vision : La plus belle ballade faussement optimiste et désenchantée du monde (ou "méditations sur la poudre et la paranoïa"). Le gros hit de l'album, aussi (ce qui est étonnant, vu que ce n'est pas nécessairement la pièce la plus accessible). Une sorte de doo-wop mécanique, avec des claviers "kraftwerkiens" et une rythmique hyper-répétitive dont on se lasse jamais (+ le sax de Bowie en prime). De la musique pour rouler sur l'autobahn sous un ciel bleu (bleu bleu).

Always crashing in the same car : Superbe morceau à l'atmosphère très planante. Le côté 50s déstructuré évoqué ci-haut est très présent ici. Du Grease avant-gardiste éthéré.

Be my wife : Une complainte (une autre) sur le thème de la solitude. Peut-être la chanson la plus "normale" du disque, avec son piano honky-tonk fort sympathique.

A new career in a new town : Pièce qui introduit magnifiquement la portion instrumentale de Low. Parfaite juxtaposition de l'harmonica mélancolique à la froideur très électronique des claviers (ou rencontre au sommet : Cluster et Bruce Springsteen).

Warszawa : LE chef d'oeuvre du chef d'oeuvre, selon moi. Une ode impressionniste à Varsovie, ville martyre de la Seconde Guerre Mondiale que Bowie a visité précedemment (et qui lui a laissé toute une impression, comme on peut l'entendre ici). Véritable peinture sonore, "Warszawa", est porté par un air répétitif joué au clavier... un air à la fois immensément triste et extrêmement minimaliste, voir même naïf... À cet effet, pour aller dans le sens de sa vision musicale, Bowie voulait à tout pris s'assurer que la pièce pouvait bien être jouée par un enfant de 4 ans (c'est le fils de Visconti qui valida la condition). Le motif sonore méditatif se répète inlassablement, jusqu'à un paroxysme émouvant (supporté par la voix ténébreuse du Thin White Duke). Il y a quelque chose d'intemporel dans ce morceau...

Art decade : Une jungle sonore électrique étouffante et belle, avec ses espèces de drones en forme de cris de baleines métalliques et ses montées de claviers.

Weeping wall : Terry Riley s'est pointé au studio vers les 4 heures du mat et s'est écrié "Salut les potes ! J'vous ai composé un p'tit quelque chose !" - On dirait une version assombrie de son "In C" ou du "Music for 12 Musicians" de Reich.

Subterraneans : Des ondées claviéristiques qui tissent doucement une ambiance surréaliste cotoneuse et voilée, des paroles sans queue-ni-tête ("Care-line, Care-line, Care-line, Care-line driving me Shirley, Shirley, Shirley own"), un solo de sax à la sauce "film érotique arty sur l'opium", une basse épuré qui vient répéter quelques sons graves par-ci par-là, colorant le tout d'une teinte nocturne... Un morceau de clôture tout en mélancolie et en profondeur. Lynchien en diable.

Bowie ist KRIEG mesdames-m'sieurs ! Si vous n'avez pas déjà toute la discographie, votre vie doit être infiniment triste.
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 14 avril 2015 à 12:18
16. Serge Gainsbourg - Histoire de Melody Nelson (1971)

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/gainsbourg_zpsjbsel4qc.jpg)

Style : Chanson/Narration française (suprême!)

Et oui ! Moi aussi j'ai succombé jadis aux charmes de la Melody de sieur Gainsbourg... Comment ne pas tomber éperdument amoureux de cette ligne de basse ronde et funky qui ouvre ce chef d'oeuvre ? On réalise dès les premiers instants de ce disque que la production bute absolument TOUT sur son passage. C'est peut-être l'album qui SONNE le mieux de ma discographie (avec ses quelques 3000 cds/vinyles). Qu'est-ce qui fait la magie du son de cet album, me direz-vous ? Premièrement, ya les arrangements singulièrement parfaits du tandem d'architectes sonores que sont Gainsbourg / Jean-Claude Vannier (ce dernier étant aussi responsable d'un obscur OVNI sonore sorti l'année suivante, l'élégant "L'enfant assassin des mouches")... Nos deux messieurs tissent ici des ambiances enfumées, tantôt aériennes (ces cordes splendides sur la sublime "Valse de Melody"), tantôt groovy au possible (cette pièce d'ouverture avec sa section rythmique transcendante). D'ailleurs, le son de cet album était tellement en avance sur son temps. Ce n'est pas pour rien qu'il s'agit là d'un des albums les plus samplés de tous les temps (Portishead étant récidivistes dans le domaine, sur leur second album surtout). Et est-ce que quelqu'un peut me confirmer si Serge et Jean-Claude avaient accès à une machine à voyager dans le temps ? Parce que l'album est bourré de beats quasi hip-hop, 10 ans avant l'apparition de ce courant musical. Bande de sacrés avant-gardistes, va ! J'adore aussi l'amalgame sinueux d'influences sonores de l'époque qu'on retrouve ici sous une forme bien personnelle et unique... musique classique, funk, soul, folk, prog, psychédélisme, jazz... Tout cela est synthétisé à merveille sur ce Melody Nelson.

Ensuite, il y a le verbe de Gainsbourg. Cet album n'est vraiment pas en reste dans le département et contient possiblement les meilleurs textes de notre homme (bien que... "L'homme à la tête de choux", ça te dépareille aussi l'appareil cognitif que t'as entre les 2 oreilles bien comme il faut). Comme d'habitude, Serge narre plus qu'il chante. De sa voix grave et pernicieuse, notre narrateur nous raconte sa brève idylle interdite avec une fillette de 14 ans (ajustez votre pédo-mètre les amis !), cette Melody Nelson qui donne son nom à l'album. Mais Melody n'est qu'un fantôme ici, une vision surréaliste et lointaine... Un peu comme la Nadja d'André Breton. On ne sait rien sur cette Melody, à part son âge et la couleur de ses cheveux. On ne l'entend que murmurer son nom à quelques reprises... Ici, le personnage principal, c'est le narrateur ; où plutôt son obsession pour sa nymphette qui disparaîtra rapidement dans ce crash d'avion en Nouvelle-Guinée, son sentiment de manque, ses réminiscences folles et vicieuses de ce qui a été et ce qui aurait pu être...

L'album est aussi un vibrant hommage à la nouvelle déesse dans la vie de Gainsbourg : la magnifique Jane Birkin. L'amour peut amener de grandes choses et L'histoire de Melody Nelson en est la preuve. Les 29 minutes les plus parfaites de l'histoire de la musique ? Peut-être bien...

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/serge-gainsbourg-jane-birkin-studio-2_1379259547_crop_550x361_zpso4tu9ay4.jpg)
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Shtamane le 14 avril 2015 à 22:16
Je me trompe ou Low était pas mal ton album préféré à l'époque du vieux Webzine? Je n'étais pas surprise de le voir apparaître disons.

Pour ce qui est de Melody, première de nos intersections, je pense que tu as très bien étoffé sur ce que j'avais, dans mon soucis de brièveté, rapidement abordé. Je ne savais pas que cet album avait été une ci grande influence en dehors de la sphère francophone.

Ta description de l'album est magnifique:

Citer
On ne sait rien sur cette Melody, à part son âge et la couleur de ses cheveux. On ne l'entend que murmurer son nom à quelques reprises... Ici, le personnage principal, c'est le narrateur ; où plutôt son obsession pour sa nymphette qui disparaîtra rapidement dans ce crash d'avion en Nouvelle-Guinée, son sentiment de manque, ses réminiscences folles et vicieuses de ce qui a été et ce qui aurait pu être...

Nos chemins vont se croiser encore je le sens...
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 15 avril 2015 à 10:57
Oui, Low était mon numéro uno à l'époque :) J'avais d'ailleurs écrit une chronique à l'époque qui mixait à ça mes réminiscences de mon voyage en Roumanie (qui avait été "habité" par ce disque).

Merci encore pour les commentaires chaleureux au niveau de ma critique de Melody. J'ai réécouté le disque 2 fois en l'écrivant et ya rien à faire, à chaque fois, ce disque me fait le même effet. C'est vraiment un album qui ne perd absolument rien de sa superbe au fil des écoutes.

Bien hâte de voir aussi si nos chemins vont s'entrecroiser lors des prochaines livraisons :D
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 15 avril 2015 à 11:33
15. Paysage d'Hiver - Paysage d'Hiver (1999)

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/paysagedhiver_st_zpsqcjxi6sx.jpg)

Style : Black Metal atmosphérique glacé, Ambient, Hypothermie musicale, Blizzard Musik

La grande plaine est blanche, immobile et sans voix.
Pas un bruit, pas un son ; toute vie est éteinte.
Mais on entend parfois, comme une morne plainte,
Quelque chien sans abri qui hurle au coin d’un bois.

Plus de chansons dans l’air, sous nos pieds plus de chaumes.
L’hiver s’est abattu sur toute floraison ;
Des arbres dépouillés dressent à l’horizon
Leurs squelettes blanchis ainsi que des fantômes.

La lune est large et pâle et semble se hâter.
On dirait qu’elle a froid dans le grand ciel austère.
De son morne regard elle parcourt la terre,
Et, voyant tout désert, s’empresse à nous quitter.

Et froids tombent sur nous les rayons qu’elle darde,
Fantastiques lueurs qu’elle s’en va semant ;
Et la neige s’éclaire au loin, sinistrement,
Aux étranges reflets de la clarté blafarde.

Oh ! la terrible nuit pour les petits oiseaux !
Un vent glacé frissonne et court par les allées ;
Eux, n’ayant plus l’asile ombragé des berceaux,
Ne peuvent pas dormir sur leurs pattes gelées.

Dans les grands arbres nus que couvre le verglas
Ils sont là, tout tremblants, sans rien qui les protège ;
De leur oeil inquiet ils regardent la neige,
Attendant jusqu’au jour la nuit qui ne vient pas.

-Guy de Maupassant

---------------------------------------

Glaciale. La musique de Paysage d'Hiver l'est. Jamais musique n'aura été aussi froide et profondément hivernale. Cette version bien personnelle du Black Metal est résolument unique, minimaliste et sans compromis. Wintherr (de son vrai nom Tobias Möckl), seul maître à bord, est un peintre impressionniste qui, sur un fond radicalement "lo-fi", juxtapose des couches d'extases : guitares saturées au possible, hurlements surannés dans la nuit éternelle, batterie transie perdue dans les méandres d'une caverne aux milles sortilèges, claviers fantômes qui viennent nous donner de malins petits frissons, bruissements de vents cosmiques, pleurs de violons éperdus aux sonorités vaguement celtiques... Tout cela est un tout compact. Une épaisse bouillasse sonore frigorifiée où l'on peut difficilement discerner chacun des éléments la consistant.

Cette musique est perdue dans les montagnes gelées, dans un blizzard infini où une mer suspendue de flocons nous assaille corps et âme. On est seul face à cette tempête qui nous recouvre, nous engloutit entièrement... On se laisse violenter/bercer par les mugissements extra-terrestres de ce mistral impie. Et bordel que c'est bon !

Les références musicales se résument à Burzum et possiblement au kraut-rock germanique (versant ambient ceci dit, Tangerine Dream, Klaus Schulze, Edgar Froese, Manuel Göttsching). À travers ces 3 pièces-fleuves, Wintherr transcende néanmoins ces influences sublimes pour nous donner quelque chose de vachement original dans le panorama Black Metal actuel déjà riche à souhait.

Si vous n'êtes pas rebuté par l'âpreté coriace de cet album éponyme, je vous suggère l'exploration de la discographie complète du monsieur, dans laquelle s'entrecroise des albums d'ambient purs et d'autres merveilles black atmosphérique réfrigérées, ainsi que l'autre projet musical de l'homme, Darkspace (qui explore cette fois les profondeurs abyssales de l'outre-espace).

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/Paysage-Dhiver_zpslob2yfdn.jpg)
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 21 avril 2015 à 15:34
14. John Coltrane - Interstellar Space (1974)

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/coltrane_interstellar_zpsd9nti1ga.jpg)

Style : Free Jazz

Tiré des ultimes sessions studio de Coltrane (en 1967) avant son départ soudain pour d'autres sphères, "Interstellar Space" aura dû attendre 7 longues années avant de mériter sa sortie dans les bacs. Et pourtant, il s'agit là d'une des meilleures offrandes discographiques du plus grand saxophoniste de tous les temps. Le 22 Février de cette année, Coltrane est entré au studio, accompagné seulement du percussionniste/batteur Rashied Ali (musicien exceptionnel et pierre angulaire de la dernière période de la carrière de John). Ce qui s'est passé cette journée d'hiver n'est que pure magie. Composé uniquement d'une série improvisées de duos sax/drum ahurissants, "Interstellar Space" nous fait goûter, plus que jamais auparavant, cet ailleurs inouï qu'évoque la musique fiévreuse de l'homme suprême (dixit Christian Vander).

Aussi bizarre que cela puisse paraître, dans mon introduction à Coltrane, j'ai d'abord écouté le très classique et enfumé "Blue Train", grand disque de Hard-Bop puis j'ai sauté directement à la case intergalactique avec ce disque (sans passer par les cases obligées "Giant Steps", "Africa/Brass" et "A Love Supreme" au préalable). En musique, j'ai toujours été un pique-assiette intrépide, faut dire. Mes jeunes oreilles ont littéralement été déviergées en l'an de grâce 2002 par cet album plus grand que nature et, fait encore plus étrange... j'ai adoré. J'ai découvert le Jazz Libre avec "Interstellar Space" et j'ai découvert aussi à ce moment que j'adorais cette forme de musique complètement jusqu'au boutiste, extrémiste à souhait, sans entrave aucune, chaotiquement belle et qui dépasse toute forme de frontière mélodique... Cet album m'a grand ouvert les portes sacrées des "For Alto" de Braxton, du "Karma" de Sanders, du "Spiritual Unity" de Ayler et j'en passe. Et je ne remercierai jamais assez Coltrane pour cela. 

Le choc est rude, en effet. On est assailli par la batterie polymorphe du démon-batteur qu'est sieur Ali ainsi que les cris saxophoniques multiples d'un Coltrane en transe. "Mars", planète de la guerre, se pointe à l'horizon, introduite (comme toutes les pistes) par ces bruissement de cymbales. Devant ce foutoir pouvant sembler incohérent, on peut avoir le goût de prendre nos jambes à notre cou et de se sauver loin loin (pour écouter un vieux Miles Davis de l'époque "Prestige", bien plus rassurant)... Mais il suffit de tenir bon et de se laisser porter célestement à travers la stratosphère de ces planètes et ces nébuleuses réinventées sonorement par nos deux compères qui vont toujours plus loin dans l'innommable et l'inconcevable.  Et on finit par y voir briller dix millions de couleurs fantasques, d'en apprécier les contours brumeux, de saisir ce dialogue fou qui sévit entre les deux instruments. On finit par le trouver beau, cet abîme de sons démentiels. Oui, il faut juste fermer les yeux et se laisser porter là où John et Rashied sont en train de se porter eux-mêmes...

Ce disque est voyage initiatique. Ce disque est beauté suspendue en apesanteur, une beauté féroce que seul Coltrane savait atteindre. Achetez vos billets et préparez vous à partir loin, loin, loin...

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/coltrane_and_ali1_zpsk1hxgia6.jpg)
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 21 avril 2015 à 23:01
13. Scott Walker - Tilt (1995)

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/scott_walker_tilt_zpspfw7aqwx.jpg)

Style : OVNI

Scott Walker... Juste le nom me fait frissonner. Géant de la pop ou sorcier des ténèbres ? Chanteur de variété ou poète avant-gardiste faisant une musique horriblement drainante et sans compromis ? Pretty-boy à lunettes de soleil ou maître incontesté de vos cauchemars les plus terrifiants ? Scott Engel (de son vrai nom) est tout ça à la fois ; et ce avec un brio inégalé. Dur de qualifier cet artiste complet et total, dont la carrière musicale a pris une tournure des plus radicales avec ce "Tilt" complètement habité (voir hanté par milles spectres). Celui qui chantait "The sun ain't gonna shine anymore" au sein des Walker Brothers et qui fut l'auteur d'une tétralogie d'albums de baroque-pop aux arrangements sirupeux-somptueux dans les années 60 devient ici une sorte d'architecte sonore brumeux dont la marque de commerce est l'horreur surréaliste et l'expérimentation brute... Comment expliquer un tel revirement ? il y eu bien sûr des signes avant-coureurs : "The Electrician", joyau cinématique lugubre qui se retrouvait sur un disque étrange et audacieux des frérots Walker seconde mouture (le new wave et bizarroïde "Nite Flights). Et puis il y eu ce seul album solo des années 80, l'incroyable "Climate of Hunter", sorte de tapisserie sonore hirsute et élégante, où le style Walkerien nouveau commençait à apparaître grotesquement sur ces arrangements pop atmosphérique tantôt lumineux tantôt sépulcraux.

Mais bon, rien ne pouvait vraiment préparer l'auditeur pour ce "Tilt" sinistre en diable. "Tilt" est un album de vertiges. Un album empreint d'un profond malaise. Un album qui réveille les peurs enfouies au plus profond de vos esprits, les alimente jusqu'à ce qu'elle vous dévore à leur tour. Un album inexplicable et dur à qualifier... Ici, il n'y a pas de chansons à proprement dit ; à part la somptueuse pièce d'ouverture qui semble relater (de manière complètement poétique et décalée) les derniers moments sur Terre du réalisateur italien fou Pier Paolo Pasolini (mort écrasé à répétition par sa propre voiture, conduite alors par un prostitué mâle que Pasolini avait lui-même engagé). Cette pièce malgré la noirceur abyssale dont elle est empreinte (ces cordes, bon Dieu !), a tout de même une structure se rapprochant d'un schéma qu'on pourrait qualifier de classique. Mais après, c'est l'incohésion totale qui trône, la déstructuration, le chaos sonore, l'abîme sans fond... Le restant du disque n'est que visions funestes et hallucinées... Le tout supporté par une musique des plus singulière et tétanisante.

"The Cockfighter", seconde piste, est un exemple probant de cette nouvelle forme de musique. Du jamais entendu avant. Un début ambient-dronesque tout en gémissements pernicieux,... puis, ensuite une explosion industrielle-métallique absolument stupéfiante vient nous jeter cul par-dessus tête (je défis quiconque de ne pas faire le saut lors de la première écoute !). Cette calamité bruitative oscille alors entre ces passages indus glaçants et ces moments atmosphérico-glauquissimes pendant que monsieur Walker semble évoquer les horreurs de l'Holocauste du point de vue d'un garde allemand dans un camp de la mort. "Bouncer see Bouncer", du haut de ses 8 minutes 50, n'est pas en reste non plus. Des clochettes agitées par un vent austère, des coups sourds et répétés sur la porte de votre sub-conscient... et la voix de crooner possédé de Scott qui nous répète "Don't play that song for me, you won't play that song for me". Cette pièce est horriblement minimaliste ; d'un vide bourré d'immondices. À un moment donné, on croit presque voir poindre un jet de lumière lors d'un passage planant où le clavier vient nous amener vers un monde plus positif mais ce n'est que supercherie... On retombe dans les ténèbres avec les grondements sourds, les clochettes schizoïdes et en plus, des bruits de vieilles chaises berçantes qui grincent en se balançant. Génial.

"Manhattan" est une espèce de cadavre exquis. On est touriste en cette ville inhumaine et mégalomane, avec ce guide cinglé qui nous appelle "boy" et qui nous pointe tous ces peuples qui glissent vers l'astre vermeil et de policiers aux os disloqués (éclairs d'orgue d'église et nuages de concertina en prime). " Face on breast" est un espèce de post-punk tribal avec un bass drum autistique entêtant. "Bolivia'95" est possiblement le moment le plus expérimental d'un disque qui dépasse déjà toutes les limites dans le domaine... Une guitare, des percussions minimales, un cymbalum (instrument slovaque à cordes qu'on appelle aussi le piano tzigane) et du bawu (sorte de flûte traversière chinoise en bambou). Les paroles sont obtuses as FUCK ! Est-ce que quelqu'un peut m'interpréter le sens profond de "LEMON BLOODY COLA" ?!?! Si cette musique est un film, je vois des plans de champs de sels sous la pleine lune, des vieux joueurs de cartes édentés dans un petit pub de la Paz et le cadavre zombifié de Che Guevara qui avance lentement dans une jungle mystérieuse...

"Patriot" évoque la guerre sous ses formes multiples : ces missiles surnommés "patriots" que les américains envoyaient sur l'Irak, un espion qui se déplace furtivement dans le désert, ces soldats américains qui achetaient des bas de nylon à New York pour offrir aux belles Européennes au terme de la Seconde Guere Mondiale... Le tout est délicieusement obtus, bien évidemment. Mais le texte est absolument magnifique. La pièce-titre est un retour à une certaine forme de normalité niveau musique, si l'on peut dire (vous pouvez même la chantonner sous la douche !). Mais niveau texte, c'est probablement le truc le plus bizarre de tout le disque (Un stampede à proximité de la vieille veste de Scott ? Transformer un buffle ? Holy...). Je tiens à dire que j'adore particulièrement la guitare vachement évocatrice de David Rhodes sur ce morceau. Ce mec est sous-estimé.

L'album se termine sur un rosaire porté uniquement par la voix si caractéristique de Scott et cette guitare hésitante... Une finale parfaitement ambiguë pour une des œuvres musicales les plus énigmatiques du 20ème siècle. Tel un Lovecraft post-moderne, Scott Walker nous livre ici ses abominations cervicales les plus traumatisantes. C'était comme si ces dernières lui avaient sommé l'ordre de créer ce "Tilt" aussi magnifique que dangereux... Vraiment un disque-expérience. Il faudra attendre une autre décennie avant de voir apparaître la suite de ce chef d'oeuvre... Mais ça, c'est une autre histoire.

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/scottwalker_zpsczjdyatr.jpg)
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Shtamane le 22 avril 2015 à 09:59
Premièrement, toi qui semble connaître le black metal comme le fond de ta poche, peux-tu m'expliquer pourquoi tant de groupes optent pour une qualité de production qui sonne comme un ampli recouvert de 10 couvertures dans le fond de la salle de bain? C'est quoi l'intention artistique? Quant à moi c'est un frein majeur à l'appréciation d'un album...

Deuxièmement, choix audacieux d'album de Coltrane. J'avoue être une de celles qui prend ses jambes à son cou devant de tels élan de liberté jazz, pour me réfugier dans la jupe rassurante d'un "Ole Coltrane" ou un "A Love Supreme"!

Troisièment, TILT! J'avais la certitude que Scott se retrouverait dans ton top 20, restait à savoir quel album le représenterait. La pièce d'ouverture est une charge émotive musicale de cent tonnes qui me laisse presque en position foetale à chaque fois. Mais mon highlight de ce disque est ce moment dans Bouncer See Bouncer où on est subitement propulsé au dessus des nuages noirs, face au grand soleil, presque avec un arc-en-ciel, pour retomber presque aussitôt dans le désespoir, un peu comme dans cette scène à la fin de Matrix Revolutions. Tilt, c'était Scott alors qu'il lui restait encore un brin de lumière dans son univers musical, encore un peu de ce chanteur pop à fleur de peau des années 60. C'est ce qui rend cet album si unique.  Ses trois derniers disque ont vu cette lumière complètement disparaître, et ce n'est pas nécéssairement une mauvaise chose, mais je doute qu'on puisse retrouver un jour la magie de Tilt.

Évidemment Scott va arriver éventuellement dans mon top. À quelle position et quel album, à suivre...
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 22 avril 2015 à 14:39
Pour le Black mal enregistré/mal produit : Je crois que c'est un peu le même principe qui s'appliquait au Garage-Rock et au Punk par la suite... Pour faire plus brut, plus immédiat, plus spontané, moins léché. Ou dans certains cas, juste parce que les musiciens pouvaient pas se permettre mieux. Cela, dans certains cas, vient colorer la musique et amène un "feeling" différent. Et aussi, tout simplement parce que certaines personnes aiment ça (j'en fais partie). Dans le cas du Black, j'apprécie particulièrement l'approche "atmosphérique totale" de la musique quand tous les sons semblent entassés les uns sur les autres. Évidemment, tous les goûts sont dans la nature... Il y en a qui sont justement hermétiques à ce type de sonorité, alors que pour d'autres, l'immersion est justement totale...

Perso, je suis un fan de field recordings enregistrés tout croche (ceci dit, j'aime aussi des gars comme Chris Watson qui enregistre des bruits de fontes de glacier avec des micros à 10000 piasses). Le label Sublime Frequencies (des mecs de Sun City Girls) excelle dans ce domaine avec ses sorties donnant dans les enregistrements errants. C'est genre un gars qui se promène avec son petit kit d'enregistrement (genre à Bali la nuit) et capte des prestations de musiciens de rue ou juste le bruit des conversations dans les allées ou de la nature foisonnante nocturne. Perso, je trouve ça plus authentique qu'une troupe de joueurs de gamelan qui enregistrent leur musique dans un studio high-tech de Londres (genre Real World).

Bref, quand cette approche se retrouve aussi dans le Black Metal, j'adhère totalement. M'enfin, ça prend aussi un contenu intéressant, des compos, une originalité. La production de "merde" n'est qu'une manière d'exprimer ce qu'on a à exprimer... Dans le cas de Paysage d'Hiver, je trouve en effet que ça n'aurait vraiment pas été pareil avec une prod clean. On est sensé être pris dans un blizzard terrible en pleine nature, pas dans le Royal Opera House. Certains peuvent trouver que ça va TROP LOIN dans le "cru"... Mais bon, je peux te confirmer que j'ai entendu mille fois pire que Paysage d'Hiver dans ce département (les premiers Branikald entre autres, ou encore Striborg... ouf !). Tu aimerais peut-être plus Darkspace (l'autre projet du gars) qui a une production beaucoup plus "ouverte". Enfin, qui a une production tout court  ;D

Pour Coltrane : Ole Coltrane bute aussi énormément ! Un de mes Coltrane préférés :) En fait, j'aime absolument TOUT de ce musicien. Vraiment un des artistes dont la discographie complète vaut la peine d'être entendu/achetée.

Pour Scottyyyyy : J'ai longtemps hésité entre Tilt et Bish Bosh (carrément inexplicable c'lui là) mais mon cœur penche aussi pour Scott 4, GRAND disque de pop. J'ai bien hâte de voir lequel des Walker se méritera une place (de choix, il va sans dire) dans ton palmarès :)
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 28 avril 2015 à 11:02
12. The Beach Boys - Smile (1966-1967/2011)

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/beachboys_smile_zpscb3dyc39.jpg)

Style : Pop baroque/sunshine, Psychédélique, Art Pop, Proto-Prog

LE grand trésor musical enfoui (et retrouvé) du 20ème siècle aura finalement connu sa sortie officielle en 2011 en la forme des "Smile Sessions" et ce, après quatre décennies et demie de versions bootlegs plus ou moins retravaillées (et plus ou moins bonnes), le nouvel enregistrement de Brian Wilson en 2004 (+ les autres versions fan-made qui s'en sont ensuivi, combinant les bandes originelles de 1966-1967 à cette nouvelle version, comme la très bonne mouture "Purple Chick")... Cet album a longtemps été considéré comme un genre de Saint-Graal de la pop. Que serait-il advenu si il était sorti en 1967 tel que prévu (les pochettes étaient déjà imprimées, pardi !) ?!? Aurait-on considéré "Smile" comme le meilleur album de tous les temps ? Est-ce que les garçons de la playa auraient supplanté les Beatles comme groupe de la décennie 60 ?

Au lieu de ça, l'album du siècle fut avorté. Les raisons furent multiples : querelles entre les membres du groupe sur la vision musicale (Mike Love, aussi connu comme le salaud de service des Beach Boys, détestait les expérimentations de Brian), pressions du label Capitol pour que l'album soit moins grandiloquent et plus commercialement viable (on se souviendra que malgré son succès en Angleterre, "Pet Sounds", le précédent chef d'oeuvre du groupe, avait récolté bien peu de succès aux USA), problèmes techniques durant l'enregistrement et, oh oui, ce cher Brian Wilson qui délirait grave en abusant de substances multiples et commençait à présenter des signes de maladie mentale (errant torse nu dans le studio, la tête chapeautée par son fidèle casque de pompier)... En plus, Brian, en bon obsessif -compulsif-perfectionniste qu'il était, n'était jamais satisfait de son oeuvre qu'il voulait ériger comme monument suprême de la pop. Finalement, "Smile" fut abandonné et s'est transmuté en "Smiley Smile", album foutoir très intéressant et globalement excellent, mais loin de la vision originelle de Smile. Certains des autres morceaux qui était part intégrante de "Smile" se sont retrouvés sur des albums subséquents, dans des versions ré-enregistrées.

Le mythe autour de "Smile" est resté et n'a fait que s'accroître fil des ans...  Finalement, le jour des réjouissances a sonné. Le 1er Novembre 2011, j'étais au HMV à ma pause du midi pour me procurer ces sessions tant attendues. J'avais déjà entendu bon nombre de versions pirates mais c'est avec émotion que j'ai écouté la vision finale et totale du testament musical de Brian Wilson.

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/smile16beachboyssmile.l_zpsmxb5gtwr.jpg)

Cette "brève" (ahem) intro passé, qu'en est-il de "Smile" en tant qu'album au juste ? Et bien, pour commencer, je dirais que si "Pet Sounds" est le Dr. Jekyll, "Smile" serait Mr. Hyde. C'est une créature incompréhensible, mi-nocturne mi-diurne, aux tentacules pop veloutées qui oscillent dans tous les sens. C'est éclaté en diable, c'est décalé jusqu'à plus soif, ça grouille de détails multicolores et c'est de quoi sont fait les plus beaux rêves. C'est une longue suite élégiaque dédiée à Dieu. Et ici, Dieu, c'est la musique au grand complet. À travers ces morceaux fabuleux et piécettes biscornues, on passe du barbershop, au psychédélisme, au doo-wop, au jazz, aux hymnes religieux, à la surf pop, au folk, à la musique de carnaval, au classique, à l'exotica, au ragtime en passant par la case avant-garde post-dadaïste. Et c'est surtout un travail d'orfèvrerie stupéfiant. Et le plus fou, c'est que ça se tient parfaitement.

"Our Prayer", c'est possiblement la plus belle entrée en matière de tous les temps. les Beach Boys en mode chœur d'église lysergique. Que des voix. Les plus belles voix jamais entendues chez un groupe de pop. Et puis ça part en trombe avec "Gee" et "Heroes and Villains". Ce morceau est fou fou fou fou fou fou. Nos tympans sont knock-outés par une ravissante orgie de sons méticuleusement orchestrés. En moins de 5 minutes, le tandem Wilson et Van Dyke Parks (parolier/compositeur autiste qu'on avait pu entendre chez les Mothers of Invention de l'oncle Zappa) en font plus que bien des compositions prog de 25 minutes. Il y a genre 3 morceaux parfaits cachés à l'intérieur de cette compo renversante. L'album vient à peine de débuter que not' pov cerveau a déjà connu une bonne dizaine d'orgasmes sonores violents à souhait. Vient ensuite cet espèce de collage dada-rococo qu'est "Do You Like Worms (Roll Plymouth Rock)" (non mais imaginez le dédain de Mike Love pour ce titre si Brian wilsonesque !!!). Ce morceau, c'est Salvador Dali en train de surfer sur des vagues de lumière vive en portant un maillot de bain en forme de libellule géante. Pour continuer dans l'euphorique, les pièces suivantes ne sont pas en reste. "I'm in Great Shape" est un espèce de mini-jazz-doo-wop planant de même pas 30 secondes. "Barnyard", c'est les animaux de Pet Sounds qui se sont mis aux stupéfiants eux aussi (une abeille sur un bad-trip, c'est cool). Après une intro splendide au violoncelle, les Californiens revisitent "My Only Sunshine" mais cette dernière semble fooooooondre sous la manette de l'architecte fou qu'est Brian.

Un autre grand moment de bonheur obtus : "Cabin Essence". Jamais banjo n'aura eu une sonorité aussi mystique. Un peu comme avec "Heroes and Villains", on se perd complètement dans une composition aux allures très pop mais qui recèle d'ornements sous-jacents qu'on a pas fini de découvrir complètement au fil des écoutes. Une douce mélancolie roucoule à travers la cabine des mystères. Et que dire de ces moments "murs de sons" où ces voix célestes se font arc-en-ciels dans le panorama ahurissant. "Wonderful" est tel que son nom l'indique. De la baroque-pop avec un cœur gros comme un continent. J'y entend des relents enfumés du précédent opus ("Bruits d'animaux", si il était nécessaire de le citer).

Les 2 suivants font office d'introduction à la meilleure chanson des Beach Boys (voir de tous les temps), j'ai nommé "Surf's Up". Dans le genre "Beau à couper le souffle", on ne fait pas mieux. Ce morceau, c'est une symphonie complète de 4 minutes dans laquelle la voix de Brian Wilson n'aura jamais été aussi magnifique (voix qu'il perdra malheureusement par la suite dû aux abus ci-haut mentionnés). Les passages piano-voix solennel sont particulièrement miraculeux. On retourne ensuite dans les méandres expérimentaux de divers bricolages bruitatifs avec "I Wanna Be Around / Workshop", sorte de laboratoire timbré où les scies, les tournevis et les marteaux se font aller joyeusement. "Vega-Tables" est un sympathique OVNI où Brian professe son amour invétéré pour les légumes. Et il y va fort, le bougre ; à grands coups de xylophone et avec une apparition absurde de sir Paul McCartney qui ne joue pas de basse, ne chante pas.. Non, non... Il est ici pour croquer des légumes comme un BOSS.

Sorte de générique Looney Tunes sur l'acide, "Holidays" nous amène des visions fantasques de ces jours d'étés pluvieux où l'on mate des cartoons à la téloche pendant qu'une fine ondée recouvre le jardin. "Wind Chimes" fait penser à ces disques d'Exotica des années 50, où des mecs comme Les Baxter et Martin Denny, sous des couverts kitschouilles, livraient une musique ma foi fort expérimentale. "Fire (Mrs. O'Leary's Cow)" est le moment le plus barré d'un disque déjà fort en moments anthologiques dans le genre... Brian Wilson va ici plus loin qu'un Arthur Brown en poussant le délire jusqu'à créer un véritable feu dans le studio pendant l'enregistrement du titre (d'où le fameux casque de pompier)... Véritable petit bijou de paranoïa apocalyptique, ce morceau est le plus surréel de l'histoire des garçons de la plage et démontre bien l'état mental d'un Brian sur le bord de la folie pure. "Love to Say Dada", ça commence par un genre d'ambient new-age avant d'évoluer en un de mes instrumentaux préférés du groupe... C'est le dernier repos avant le 2ème plus grand chef d'oeuvre du groupe : Good Vibrations.

Aaaah, Good Vibrations. Probablement le morceau le plus connu des Beach Boys. C'est du prog avant l'heure. C'est du sampling BIEN avant l'heure. C'est une superposition exaltée de couches sonores multiples qui s'enchevêtrent à merveille dans un horizon divin. C'est un joyaux qui brille de milles feux. C'est la pièce que tu veux entendre lors de ton premier trip, lors de ton mariage, avant de mourir, à tes funérailles... Et quand ça fini, tu en veux plus, toujours plus... Parce que "Smile", c'est un recueil fascinant et qu'on ne s'en lasse jamais, jamais, jamais... On redécouvre à chaque écoute de nouvelles choses et on tombe encore plus en amour avec ce sourire du chat du Cheshire.

Faramineux. Mythique. Mirobolant. Colossal.

***Je ne parlerai pas du 2ème disque qui contient d'autres morceaux enregistrés à l'époque et une tonne de versions alternatives parce que cette chronique est déjà très (trop) longue. Mais je ne dirai qu'une chose : tout ce qui est sorti de ces sessions vaut le détour.

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/Brian%20Wilson_SMiLE_Booklet_zpsaudhnovm.jpg)
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Shtamane le 28 avril 2015 à 12:39
La version 2011 n'est pas la version "finale et totale" de Smile. L'album n'a jamais été complété dans les années 60 et toutes ces rumeurs qu'un album complet existait dans un coffre à quelque part étaient des mythes. La version de 2011, c'est grosso-modo le même matériel qui circulait en bootlegs depuis des décénnies et qu'ils ont mixé arrangé pour correspondre avec la version 2004. Du très bon stock, mais à mon avis, la version finale, et la meilleure, c'est celle de 2004. Pourquoi? Parce qu'elle représente la boucle qui est bouclée pour Brian, artiste qui ne l'a pas eu facile mais qui dans les années 2000, s'associe avec une bande de musiciens professionnels, les Wondermints, reprend goût à la musique et le retrouve, son sourire. Smile était destiné à renaître à cette période de sa vie.
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 28 avril 2015 à 13:27
Je préfère quant à moi cette version à l'excellente version de Wilson circa 2004.

Oui, en effet, il s'agit de la ré-orchestration des bandes des sixties pour correspondre à la vision "achevée" de Brian de 2004. Mais il a l'avantage (à mon sens) d'avoir la voix des boys dans la fleur de l'âge (et non la voix un brin éreintée de Brian) et ces sonorités plus vintages que j'affectionne particulièrement. De plus, j'ai beau aimer beaucoup Van Dyke, je ne trouve pas que les vocaux/paroles ajoutées à la version 2004 amènent quoi que ce soit à l'oeuvre. J'aime beaucoup les moments instrumentaux de la version Beach Boys.
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Shtamane le 29 avril 2015 à 10:10
J'ai écouté "Darkspace III I" et je peux confirmer que je préfère de loin du black bien produit. C'est très bon! C'est sûr que ce n'est pas impeccable, y'a encore un peu de brume, mais juste assez pour créer la juste ambiance.
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 8 mai 2015 à 20:40
11. King Crimson - The Great Deceiver: Live 1973-1974 (1992)

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/kingcrimson_greatdeceiver_zpsvn2r3oce.jpg)

Style : Prog, Improvisation, Avant-Rock

Bon, je reprend finalement du service... Désolé Shta pour le délai. Et non, cette fois-ci, c'est un adon sympathique. Je n'ai pas sélectionné ce sublime coffret pour rétorquer à ta chro des langues d'alouettes en gelée. Ce coffret était déjà sélectionné pour officier en tant que choix numéro 11 de ma liste. Allons y tout de suite car l'objet est massif et copieux :

Ce coffret, c'est un peu le paradis (ou l'enfer, s'entend) pour tout mélomane qui se respecte. C'est l'éden pour tout fan du roi... et on s'entend sur ce point ; je ne parle pas du célèbre Roi Heenok (t'entend ?) mais bien du roi pourpre. King Crimson, malgré la qualité indéniable de leurs productions studio, a toujours été un groupe de scène avant tout. C'est devant le public (dans un contexte de création sonore totale et sans entrave) qu'ils ont toujours réussi à exprimer le plus leur fabuleux vocabulaire sonore. Je m'égare mais on peut facilement le constater pour la mouture du groupe des années 90 (le fameux double-trio) : les enregistrements "live" du groupe sont, pour la plupart, beaucoup plus intéressants que les albums officiels (je prend "THRaKaTTaK" et "Vroom Vroom" à la place de "Thrak" any day of the week). Mais bref, revenons-en à l'objet, mythique s'il en est.

The Great Deceiver... Le grand Trompeur. Ouais, un nom qui colle bien à ce Box Set légendaire composé de 4 CDs tous plus ahurissants les uns que les autres. Parce que King Crimson, surtout dans cette version là de son line-up, c'est une bande d'alchimistes du son... À la croisée des chemins du rock progressif, de l'avant-garde, du classique, du proto-RIO (ouais!) et de l'ambient, ils nous livrent une musique qui est proprement indéfinissable et insaisissable... Cette musique est rêve opiacé... Cette musique est cauchemar neurasthénique... On ne sait pas vraiment dans quel genre ils œuvrent, si ce n'est que leur son est massif, colossal, vertigineux, légion... Ils peignent des ailleurs indomptables avec une facilité déconcertante. Ils sont totalement/irrémédiablement libres et pourtant contrôlés par l'architecte fou qu'est Robert Fripp... Ils produisent une musique qui est, à tout moment, à la limite du chaos mais sous le joug d'un métronome dément. Improvisations fantasques, pièces aux milles orfèvreries grisantes, respirations noctambules d'une musique qui vacille au bout de la nuit noire. Cette musique est une Stout Impériale Russe... opaque. décadente, orgiaque, mais amère... On ne peut pas goûter toutes ses subtilités à moins d'en savourer ses contours sinueux à plusieurs reprises.

Ici, la créature de Fripp est devenu un monstre aux tentacules totalement amovibles. Il est l'épicentre de la chose mais la chose est animée de partout. Elle grouille. Elle vit. Elle s'élève vers des étoiles qui menacent de devenir supernovas à tout moment. David Cross, sous-officier des splendeurs extatiques, y va de son violon impressionniste et de son mellotron dantesque, colorant les toiles d'ébène qui ornent les couloirs du château du roi pourpre... Il nous livre milles petites symphonies, milles ornements post-baroque, milles visages grimaçants/souriants/pleurants... John Wetton, du haut de sa voix bluesy et de sa basse véloce à souhait, est le sous-intendant parfait du royaume post-moderne du roi touché par la grâce et la folie... Il entonne les ballades de ce nouveau monde dévoué au vide et à ses secrets. Il manœuvre sa basse comme si il s'agissait d'un trésor enfoui en des ténèbres millénaires. Ça gronde, ça réverbère et ça se marie magnifiquement aux démences rythmiques de Bill Bruford, batteur touché par la grâce, sorte d'archange brumeux qui vient ajouter sa couche jazz-schizo à l'ensemble en constante métamorphose. Fripp plane au dessus de la bête et est pourtant en son cœur. Son jeu est mécanique, froid, clinicien, dénué de toute forme d'émotion qu'on retrouvait jadis dans son art (Sailor's Tale, par exemple). Suffit de croiser son regard d'ébène dans les performances "live" captées à l'époque pour la télévision française pour comprendre qu'on à affaire à un mec qui n'a plus rien à prouver (l'est très gangsta, genre "what you lookin at beyotch !!! And don't put those horrible psychedelics background effects behind us, bro !"). Fripp joue comme un chirurgien du cerveau qui opère avec une dextérité hors du commun. On retrouve ici ses meilleures perfos à la gratte, sans conteste.

Peu importe le nombre de redites (pas moins de 4 versions différentes de "Larks Tongues in Aspic part II" et 4 autres versions de "Easy Money"), le groupe réussit à transfigurer ses morceaux et les rendre toujours intéressants ; voir même à les réinventer complètement parfois. On trouve pas moins de 15 (!!!) impros toutes plus délurées les unes que les autres à travers ce "Great Deceiver". C'est l'occasion de se pencher sur la quintessence du roi poupre alors qu'il expérimente somptueusement dans cette lande dévastée où tout est à reconstruire, à défaire et à re-re-ériger de nouveau.

The Great Deceiver est vraiment le monument crimsonesque par excellence. Il FAUT que tout fan du groupe sérieux se penche sérieusement sur ce chef d'oeuvre incomparable de toute urgence. Frissons garantis.
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Shtamane le 11 mai 2015 à 13:29
Haha, mais c'est presque de la triche ça! Mais dans ce cas, je dois m'incliner devant ton choix et dire qu'en effet, il s'agit la de la pièce maîtresse de toute la discographie publiée de King Crimson. Tellement énorme que je n'ai même pas songé 2 minutes qu'il pourrait "fitter" légalement dans un top d'albums.

Dommage que le mega-livret qui vient avec le coffret soit d'un intérêt nul. Quelle opportunité manquée de faire de cette compilation une vraie entreprise musico-biographique de cette brève mais si intense période de ce groupe.
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 12 mai 2015 à 09:34
Tu vois, j'ai longuement hésité entre ce coffret et "Red", qui représente en quelque sorte l'aboutissement brut de la "recherche" sonore qu'on retrouve sur le coffret. En plus, "Starless" et "21th Century Schizoid Man" avec le violon de David, ça le fait grave. Mais Red demeure mon album studio préféré du groupe.

D'ailleurs, si le temps me le permet un jour, je vais me lancer dans un sujet où je vais passer à travers la discographie studio ET "live", de manière chronologique. Une sorte de guide d'introduction au Roi Pourpre. Évidemment, je ne suis pas fou : je ne parlerai pas nécessairement des sorties Collector's Club (il doit bien il y en avoir 150-200 maintenant ?  ;D).

Pour Darkspace, c'est en effet très très bon. Dans le style "Black Metal : A space Odyssey", j'aime beaucoup aussi Progenie Terrestre Pura.
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Shtamane le 28 mai 2015 à 14:00
On veut la suite!  :)
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 2 juin 2015 à 10:38
10. Miles Davis - Sketches of Spain (1960)

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/Miles_Davis_-_Sketches_of_Spain_zpsb6nwtwcn.png)

Style : Cool Jazz atmosphérique / orchestral

Miles Davis et Gil Evans... L'association mythique entre l'ange sombre du jazz et l'arrangeur/compositeur/chef d'orchestre le plus raffiné qui soit... Une rencontre artistique aux sommets qui donna naissance à 2 albums pour le moins enchanteur, le très cool "Miles Ahead" et le magnifique "Porgy & Bess". Malgré la qualité évidente de ces 2 réalisations antérieures, ma collaboration préférée entre les deux hommes demeure cette troisième offrande discographique. "Sketches of Spain" se veut une exploration atmosphérique du folklore musical espagnol, que ce soit à travers les compositions crépusculaires de Evans, une reprise de Manuel de Falla (Will O' the wisp) ou encore la version "big band jazz" élégiaque du fameux Concerto de Aranjuez de Rodrigo, qui ouvre ici majestueusement l'album. Superbe entrée en matière, cette version où la trompette de Davis remplace la guitare comme instrument soliste est une pure merveille qui laisse béat d'admiration. À la croisée du jazz et du classique, on navigue ici dans une musique entre chien et loup, épurée au possible, subtile, délicate, aux ambiances à la fois diurnes et nocturnes. C'est beau (vachement beau même) et ça laisse pantois. Je vais peut-être commettre par écrit ce que certains pourraient qualifier de sacrilège mais il s'agit, selon moi, de la version définitive de cette belle oeuvre.

Mais attention, nous ne sommes pas au bout de notre ravissement tympanesque, loin de là... "Will o’ the Wisp" arrive dans nos oreilles telle une vision surréalisante d'une ville espagnole côtière à la brunante, la scène teintée de couleurs vermeilles-cramoisies... La ville s'endort alors que l'astre solaire se couche mais c'est pour mieux s'éveiller à nouveau et laisser place à une faune noctambule tout autre avec ses diverses personnages fantasques (prostituées, vendeurs ambulants, fêtards enivrés, oiseaux de nuits multiples) errant dans ses rues illuminées par le faisceau blafard des lampadaires qui grésillent sous la chaleur ambiante... La scène se poursuit sur "The Pan Piper" qui elle, va au bout de la nuit, jusqu'aux frissons du petit matin qui recouvre la ville de nouveau de sa lumière cosmique. Jamais musique n'aura été aussi cinématographique et ce, avec autant de douceur, de rondeur et de volupté...

"Saeta" est une fanfare ibérique hallucinée sous un Soleil de plomb d'un midi de la semaine sainte. Ça rappelle ces longues processions religieuses où des chars abracadabrants (et recouverts de fleurs de toutes les couleurs possibles et impossibles) roulent dans les rues d'une cité en extase, exhibant chacun un Christ cloué à la croix ou une Vierge noire aux yeux d'ébène. On peut aisément parler de révélations cosmiques quand on entend un Miles tout aquilin s'adonner à des passages racés sur sa trompette a capella, avec ces percussions discrètes en retrait. C'est beau à en pleurer et quand la fanfare folle éclate par moments, on a l'impression de plonger dans un autre monde où tout est plus pur, plus vrai.

Vient ensuite le morceau de clôture (et mon préféré de tout le disque qui, jusqu'à présent, est un prodige absolu et infini) : Solea. Solea, c'est la grande classe. C'est un peu le Bolero de Ravel, mais version Miles-Evans-Jazz-Cool-Orgasmique aux relents de composition quasi proto-post-rock-jazz. No wasted note here. Ça part comme un conte des milles et une nuits, avec une trompette noctambule dont les échos langoureux se répercutent dans l'éther et puis ça monte, ça monte... Les percus dociles viennent appuyer les élucubrations célestes de l'ange noir... Ça monte pour ne jamais éclater vraiment, comme un morceau de Slint (dans un TOUT autre genre). Ça atteint juste un quasi-paroxysme et ça ne lâche pas le morceau, comme un clébard qui relâche pas l'os... Et ça se termine tout doucement, avec ces percus boléresques en diable qui s'effacent doucement dans une nuit aux milles étoiles...

Beau. Grandiose. Véloce. Enchanteur. Pittoresque. Visionnaire. Cinéma pour les oreilles.

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/miles_gil_zpsuq8wuxui.jpg)
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Shtamane le 3 juin 2015 à 06:01
Très très bon choix. Je pense aussi que c'est le meilleur album de Miles Davis. Comme en fait foi mon choix de Charles Mingus dans mon top, j'apprécie énormément l'intersection de la musique classique et du jazz. L'Espagne est une source intarissable d'idée musicales... n'oublions pas que durant plusieurs siècles ce fut l'endroit le plus multi-culturel du monde, à la croisée de l'occident et de l'orient. Très approprié à mon avis de voir sa musique être mise en valeur dans un album provenant de son mirroir contemporain, l'Amérique, dans la rencontre inespérée de deux hommes au backgrounds culturels différents.

Et ce n'est pas un sacrilège de dire qu'une interprétation qui sort du moule puisse être la meilleure d'une oeuvre classique. Juste comme ça je pense à "Toccata" de ELP qui clanche l'original et même Ginastera était d'accord apparemment.
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 3 juin 2015 à 10:27
Shta, tu résumes magnifiquement en un paragraphe toute la magie de cet album. Deux Américains, un noir, un blanc, aux passés diamétralement opposés, qui s'associent pour rendre hommage à un pays culturellement si riche d'outre-Atlantique. Si ça, ce n'est pas l'amour de la musique dans toute sa globalité, je ne sais pas c'est quoi.

Et je suis moi aussi très TRÈS fan de la Toccata de ELP. Un de leurs plus grands morceaux de bravoure. Très cool aussi de la part de Ginastera d'avoir lui-même approuvé cette version (qu'il considère comme la meilleure). Leur version de "Pictures at an Exhibition" n'est pas piquée des vers, elle non plus (bien que dans ce cas, je préfère l'originale).

Parlant de ELP, à mon avis, le truc le plus "destroy" que j'ai vu en show demeure leur reprise de "Rondo a la Turk" à leur spectacle au festival Islw of wight à leurs touts débuts : https://www.youtube.com/watch?v=agPk4--AGhQ (https://www.youtube.com/watch?v=agPk4--AGhQ)

Emerson a vraiment un look passablement hallucinant (un espèce de cowboy intergalactique ?!?). Et j'adore particulièrement le bout où il embarque sur son clavier comme un madman.

Ce festival avait l'air franchement épique. D'ailleurs pour revenir à Miles, voici un extrait (assez long mais assez jouissif) de sa perfo : https://www.youtube.com/watch?v=qyJooHmRcdc (https://www.youtube.com/watch?v=qyJooHmRcdc)
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 3 juin 2015 à 13:12
09. Catherine Ribeiro + Alpes - Paix (1972)

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/ribeiralpes_paix_zpsewadurxk.jpg)

Style : Avant-Folk, Progressif, Psychédélique, Expérimental, Space-Rock, Spoken Word / Poésie, Contemporain moyenâgeux, OVNI sonore brut

Celui-là nous vient de la Terre... De ses forêts embrumées où les songes prennent vie, des ruisseaux qui y coulent doucement, de ses milles sources qui les alimentent, de ses sentiers insolites qu'une nature impie offre aux voyageurs pénétrant en son sein, de ses arbres vénérables qui ont vu défiler les siècles, du sol lui-même, des racines qui s'y agrippent, de l'humus, de la roche-mère... ça rappelle un peu le premier cycle de la Ballade au bout du monde de Makyo, avec ce village médiéval anachronique perdu au fin fond d'un marais vaporeux. Mais c'est aussi tellement plus que ça.

Alpes. Groupe phare de la scène française underground du début des années 70, aussi fou qu'un Magma (dans un tout autre registre), aussi planant qu'un Gong qui aurait plutôt élu résidence sur Gaïa que sur une planète en dehors du système solaire. Entité sonore résolument unique dont la tête pensante, l'artisan miraculeux Patrice Moullet, invente ses propres instruments : cosmophone (sorte de viole de gambe électro-acoustique) et percuphone (instrument à cordes frappées). Alpes allie ici des éléments provenant d'écoles diverses tout en conservant un son qui leur est propre : le côté punk et brut des Stooges première mouture, l'aspect cosmique/psychédélique d'un Pink Floyd, l'influence certaine des minimalistes/répétitifs américains (Riley, Glass, Reich, Adams), un côté progressif indéniable dans l'instrumentation (l'orgue). C'est sans oublier les relents mystiques de la musique médiévale, qui englobe et parfait l'esthétique du groupe.

Et puis il y a Catherine Ribeiro, la grande prêtresse de ce nouveau monde créé par ces chantres possédés. Sorcière anarchiste, enchanteresse, poétesse touchée par la grâce, aussi fragile qu'indestructible, belle et sauvage. Elle incarne un idéal magique entre Léo Ferré et Nico (si cette dernière savait chanter, ceci dit BIG RESPECT for Nico). Ses textes vous percutent l'âme et ils sont déclamés comme des chants de guerre, des révélations d'une âme à nue, des épitaphes glaçants de vérité. Qu'elle les chantent, les récitent solennellement ou les hurlent, cela demeure du très très TRÈS puissant. Très rares sont les chanteurs qui m'affectent autant que cette Catherine là.

L'album débute par 2 courts morceaux aux formats plus conventionnels. "Roc Alpin", c'est le meilleur Kraut-Rock non allemand qui soit. Une rythmique motoriKque à souhait, des élans de claviers qui font penser à NEU! et la voix puissante de mamzelle Ribeiro (de registre presque baryton). Ça opère en diable et c'est fichtrement bon. S'ensuit "Jusqu'à ce que la force de t'aimer me manque" (non, ce n'est pas un titre d'album post-rock) qui aurait facilement pu être un morceau de 22 minutes tant il est puissant mais qui referme tout bonnement ses portes sur son mystère après un maigre 3 minutes de folie sonore... C'est avec cette pièce que j'ai connu nos comparses et je dois dire que j'ai pris une foutue claque. Moi qui cherchait à l'époque des nouveaux groupes de weird folk, je ne m'attendais pas à quelque chose d'aussi viscéral et étrange que ça. Cette guitare folk victorieuse, ce texte impénétrable scandé sans aucune retenue et ces bidouillages électro-acoustiques qui recouvrent le tout de vertiges aériens enfumés. Parmi les 3 minutes les plus épiques de l'histoire de la musique.

Malgré l'excellence inouïe de ces 2 premiers morceaux, ils ne sont que des hymnes incantatoires qui sont là pour nous préparer mentalement à la suite, à nous mettre dans un état de transe idéal pour affronter les 2 monstrueuses dernières pistes, "Paix" et "Un jour... la mort". Mais bon, rien ne peut adéquatement nous préparer à ce qui s'ensuit. La pièce éponyme est une affirmation bouleversante de colère envers un monde désaxé ; un brûlot anarchiste où Ribeiro, impérieuse et catégorique, crache sa haine et son dégoût avec une froideur toute singulière. Et il n'y a pas que la haine mais aussi le cri rassembleur pour tous les frères et sœurs d'armes, ceux qui sont morts pour la cause et ceux qui viendront continuer le combat pour un monde plus juste... Il est nécessaire de rappeler que pendant l'enregistrement du disque, les bombes tombent toujours sur le Nord-Vietnam. Le titre (et l'intérieur de la pochette du vinyle) font référence à cela mais Catherine nous offre une vision encore plus absolue et universelle d'un idéal qui se voit avorté depuis toujours par l'autorité, la stupidité, la corruption.

Musicalement, "Paix" sonne comme absolument rien d'autre de connu. C'est du Alpes et c'est tout. Cosmophone et percuphone sont de la partie. Une trame percussive taillée à même l'irréel vient appuyer les exécrations féroces et les élans de tendresses de notre cantatrice. La musique monte, inlassablement, vers des méandres jusque là jamais explorés. Et cette finale percus / orgue / voix est absolument céleste. Je défie quiconque de ne rien ressentir à l'écoute de cette étrange merveille.

Pour finir, comme si nous n'avions pas déjà vécus une montagne russe d'émotions vives, Catherine Ribeiro nous raconte son suicide puis sa conversation subséquente avec la grande faucheuse dans "Un jour... la mort". Morceau de bravoure (25 minutes), qui n'a pas peur d'aller au fond de la noirceur la plus opaque pour nous ramener dans une lumière irradiante. Loin des clichés, cette pièce est un voyage entre 2 rives, où Ribeiro, l'âme sur le papier et aux lèvres, nous pond possiblement le texte le plus authentique et le plus beau qui soit sur un sujet tabou (surtout pour l'époque !). Elle nous amène dans son désespoir, sa lassitude de tout, son abattement, au plein cœur de sa dépression et nous laisse entrevoir les charmes surannées et délivreurs de celle qu'elle a déjà vu comme une alliée. On se sent presque voyeur en écoutant un texte aussi personnel, aussi révélateur... et pourtant, aussi nécessaire. Le tout se termine sur une véritable affirmation de vie qui me jette sur le cul à chaque écoute (ce coda !!!). Et putain ! L'instrumentation est tellement héroïque et grandiloquente (on croirait entendre Godspeed You! Black Emperor mais réincarnés en bardes gaulois).

"Paix", c'est vraiment quelque chose d'autre... Je me répète mais vous n'aurez jamais rien entendu de pareil. Je ne peux en dire plus. Il faut en faire l'expérience.

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/Catherine-Ribeiro--Alpes-1197483688_zpskwklc1ib.jpg)

Je vous laisse sur le texte de "Un jour... la mort" :

Un jour, la Mort, cette grande femme démoniaque
M'invita dans sa fantastique demeure
Depuis longtemps elle me guettait, m'épiait
Usant de ses dons, de ses charmes magiques
Elle cambrait sa croupe féline
Fermait à demi ses paupières lourdes de sommeil
Au-delà desquelles brillaient deux yeux de guet-apens
Le souffle court, les lèvres entrouvertes
Elle murmurait : viens chez moi, viens, viens
Approche, viens t'enrouler dans mon repos
Mon repos - repos - repos - l'éternel repos.
Alors, coupant mon emblème -cordon-ombilical
J'absorbais trois tubes de somnifère réparateur.
Ainsi commença le tourbillon de la décadence
Semblable à celui de la terre qui me portait
Les gouvernements-tueurs étaient toujours en place
Le napalm brûlait nos maisons et nos champs
Les riches s'éclataient devant les classes laborieuses
Partout ce n'était que tumulte, cris de guerre
Je courais, cherchant à protéger les enfants
Les enfants, merde, pourquoi faire des enfants
Les écoles maternelles sautaient à la dynamite
Les châteaux de cartes espagnols s'écroulaient
Victimes de malformations congénitales
Seuls restaient debouts, victorieux,
Les Elysées, les Maisons-Blanches, les Kremlins
Les crèmes caramel, les crèmes au chocolat -
Dites-moi la Mort, Chère femme, Belle Mort
Vous me serrez d'un peu trop près, trop fort
Je ne suis pas vraiment lesbienne, savez-vous ?
Vos bras qui m'encerclent gênent ma respiration
Votre parfum me donne la nausée -
Dites-moi la Mort, Chère femme, Belle Mort
De ce côté-ci de l'au-delà
Où se trouve le chemin de l'Amour -
Sur terre, je refusais le mensonge, la vanité d'Etre
Ici, les dactylographes tapent sur des bongos
D'horribles rythmes qui foudroient mes entrailles -
Dites-moi la Mort, Chère femme, Belle Mort
Renvoyez-moi de ce côté-là de la Vie
Je voudrais connaître l'amour de Pierre-le-Récalcitrant
J'ai encore besoin de donner et de recevoir
J'ai besoin de me battre pour un autre monde
Je veux connaître l'An 01 dont parlaient nos amis
Je veux encore monter des bonhommes de neige
En hiver, sur les toits blancs des usines
Je veux faire sauter les autoroutes
Et me promener dans les hautes herbes des campagnes
Je veux embrasser les garçons et les filles
A pleine bouche, baiser leurs lèvres chaudes
Je veux m'enivrer de la salive de mon amour
Je veux aimer et mourir de mort-Naturelle
Comme tout le monde, les deux pieds dans mes sabots -
Redonnez-moi la Vie, la Mort, Belle Mort
Et je vous ferai un enfant.
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Shtamane le 10 juin 2015 à 09:34
Bon, je viens d'écouter l'album de Alpes, c'est magnifique. Je vois très bien le lien avec le Pink Floyd pré-DSOTM!

Étrangement, ce qui a le plus capté mon oreille lors de mon écoute c'est la percussion dans la section du milieu de "Un jour la Mort". Elles semblent sérieusement venir d'une autre monde, j'étais incapable de dire si elles étaient acoustiques ou électroniques. C'est ça le percuphone?
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 10 juin 2015 à 09:55
Ouaip. C'est bien le percuphone, avec le cosmophone qui se joint à la partie dans l'espèce de délire instrumental qui suit aussi :)

(http://www.patricemoullet-alpes.com/mediapool/77/771203/resources/big_8286071_0_1024-768.jpg)
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Shtamane le 10 juin 2015 à 10:04
Je viens de trouver cette vidéo. On voit le percuphone en pleine action dans un super jam psychédélique!

Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 10 juin 2015 à 10:38
Oh oui !!! Les fameux reportages de Pop Deux, avec ce journaliste hippie qui semble hyper blasé et qui ressemble étrangement à un jeune Robert Fripp en version hipster-parisien.

J'aime beaucoup quand Catherine dit : "Et puis finalement j'ai chanté quelques merdes" (son époque yé-yé)

Une de mes perfos préférés de Pop Deux, c'est celle de Magma (première mouture, en 1970). Et diantre que le pianiste François Cahen ressemblait au célèbre acteur porono Ron Jeremy : https://www.youtube.com/watch?v=swGcYYuMOQ8  (https://www.youtube.com/watch?v=swGcYYuMOQ8)
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 10 juin 2015 à 10:40
Et pour voir ce que Patrice Moullet fait maintenant : https://www.youtube.com/watch?v=fJoPlDZH2r4 (https://www.youtube.com/watch?v=fJoPlDZH2r4)

Faut avouer que c'est quand même assez hot :)
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 11 juin 2015 à 01:04
08. Swans - The Seer (2012)

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/swans_theseer_zpslkhhczvp.jpg)

Style : Expérimental, Post-Rock, Folk, Gothique, No Wave, Blues, Industriel, Drone, Noise, OVNI, Terreur, 21th Century Schizoid Men (& Women)

Tiens... Jusqu'à tout l'heure (et c'était déjà planifié depuis des lustres, je n'avais juste pas trouvé les mots justes pour parler de cette... immensité), j'étais bien décidé à vous introduire enfin aux charmes abominables de "Soundtracks for the Blind", l'autre testament des Cygnes, leur album double de 1996 qui avait mis fin à leur existence jusqu'à la réanimation du monstre dévoreur de mondes en 2010 par son géniteur, le père Gira. "Soundtracks" a été une révélation aussi glaçante qu'orgasmique pour votre humble chroniqueur masochiste... Il y avait TOUT dans cet album-foutoir-déréglé, TOUT ce qui me foutait la trique en musique à cette époque : du noise-rock ravageur qui te décapait la matière grise sans aucune subtilité, du post-rock funèbre qui t'arrachait le cœur à main nue pour passer dessus à coups de rouleau-compresseur (piloté par un Steve Reich réincarné en antichrist dément, au regard de suie et aux lèvres bordées d'écume), du trip-hop technoïde à la sauce Jarboe, du folk tout droit sorti du dustbowl era, de l'indus apocalyptique, du rock nihiliste de fin fond de saloon perdu dans la nuit sans lune d'une ville fantôme du sud du Texas... Bref, "Soundtracks for the Blind" est GRAND. Et il demeurera toujours un de mes albums préférés de tous les temps.

Mais, finalement, après une introspection cérébrale complète et totale, je ne peux me résoudre à en parler (du moins, pas maintenant...), parce que "THE SEER" est encore plus GRAND, encore plus colossal, encore plus mythique, encore plus noir (était-ce possible ?), encore plus fou, encore plus dépravé, encore plus monolithique, encore plus hypnotique, encore plus TOUT. C'est le disque des Swans qui s'impose maintenant à moi comme le plus essentiel. C'est un disque-expérience. C'est l'album qui va trop loin et qui s'en moque. Michael Gira et ses acolytes déments vont au delà de vos cauchemars les plus terrifiants. Et ils en raffolent. Visions d'apocalypse, trous noirs dans un cosmos impie, douloureuses hallucinations opiacées qui tarissent le cortex de manière définitive et totale, mathématiques d'une certaine forme de chaos...  L'espace temps n'a pour eux aucune importance. Ces missives possédées pourraient durer chacune une heure, un mois, un an... Ils vont au delà du temps lui-même. Ils sont à la recherche d'un absolu qu'on pourrait croire impossible, et pourtant, au fil de ces incantations-répétitives-jusqu'au-boutiste, ils le frôlent périlleusement, et ce, pratiquement en tout temps. C'te musique, c'est comme une étoile qui s'apprête à éclater en Supernova à tout moment pour détruire absolument tout, mais qui n'y parvient jamais.... Coït interrompu et brutalement vicieux s'il en est. Swans, tout en conservant le son élaboré sur le précédent opus ("My Father Will Guide Me Up a Rope to the Sky"), se cherchent sur ces 2 disques, cherchent à redéfinir l'innommable, se fondent en ténèbres sonores mouvantes, se noient dans le fleuve souterrain de la vie et de la mort, percutent l'irréel dans une course effrénée et sans fin...

L'Évangile selon Michael Gira. Voilà ce qu'est ce "The Seer", ou "le Voyant". Ça s'ouvre sur "Lunacy", un espèce d'hymne désacralisé et post-apocalyptique qui fait autant penser à du Comus qu'au Nick Cave du début des Bad Seeds, avec en prime Alan Sparhawk et Mimi Parker du groupe Low qui entonnent ces chœurs dédiées à la folie. Dès cette première pièce, on comprend avec bonheur et horreur à quoi on à affaire. Ce son est communion. Ces musiciens sont dédiés à leur art et à cette vision totale et obsessive-compulsive de sieur Gira. C'est compact, lourd, carré, sans pitié et véloce à la fois. Et ça se termine avec cette guitare du sud et notre narrateur qui nous annonce que notre enfance est terminée... Quelle entrée en matière, non de dieu. "Mother of the World" est juste sans pitié. Cette rythmique, tudieu !!! (la percu est absolument mystifiante). Et dans cette répétition funeste dans laquelle se greffe des éléments faramineux, une voix dérangée et féline vient nous miauler un mantra incongru. Et la... silence. Et respirations saccadées. Puis ça repart comme un train bourré de nitro pour se fondre dans un coda psychédélico-psychotique de cordes acoustiques et de piano désespéré. La finale est vachement "godspeedienne" tout en évitant le sublime pathos de nos Montréalais préférés. "The Wolf" ou le squelette d'un morceau folk perturbé des années 40, avec ces field recordings pétrifiants qui viennent nous annoncer de grandes choses...

"The Seer" arrive. Petite anecdote personnelle. Après une journée intense de canot durant l'été 2012, je me suis endormi (après maintes bières) dans un petit chalet old school sans électricité, en écoutant "The Seer" sur mon lecteur mp3. Quand la chanson titre est partie, avec son délire de cordes quasi noise-celtiques, de cloches, de cornemuse ensorcelée, je me suis réveillé en sursaut et en sueur, dans l'obscurité totale, sans savoir où j'étais ni qui j'étais. Et j'ai eu la chienne en tabarnak. Le voyant, c'est 32 minutes en suspension dans un vortex d'anti-matière. Ça t'implose dans les oreilles et tu restes juste bouche-bée du début à la fin, un long filet de bave coulant au sol. I see it all, I see it all, I see it all, I see it all, I see it all... Fuck. Je l'écoutes présentement (alors qu'un orage dévaste le ciel nocturne, hachurant l'azur d'éclairs furibonds) et ça me fait encore le même effet. Ce sentiment d'être attaqué par une musique qui n'est plus que bête féroce qui veut te dévorer tout entier, s'agripper à la jugulaire, te vider de ton sang, célébrer ta chair, te pourfendre tout entier, te vomir, te rebouffer puis réduire tes os en poussière... J'aime particulièrement le moment "Home Depot FROM HELL" où on croirait entendre des scies circulaires en pleine action. Et puis cette saloperie prend tout son temps à imposer sa lourdeur dantesque. Chaque moment est gratuit, colossalement gratuit. Sont vraiment inhumains ces mecs... "The Seer Returns" continue l'errance dans cette nuit surnaturaliste et dentelée, avec la participation vocale aussi inouïe qu'inespérée de Jarboe, l'ancienne compagne de Michael Gira et deuxième tête pensante des Cygnes dans les années 80 et 90.

"93 Ave. B Blues" est le moment le plus Scott Walker (ou "Maman, j'ai Peur") du disque. C'est en quelque sorte la trame sonore de la rencontre entre Robert Johnson et ce bon vieux Satan dans un carrefour poisseux du fin fond du Mississippi dans les années 30... Dissonances, grincements insolites, éclatements percutants, cordes qu'on étripe, vocaux tout droit sortis d'un mantra indien dénaturé... Totalement habité, c'morceau. "The Daughter Brings the Water", avec sa néo-folk minimaliste et hantée, vint clore le premier CD de belle façon. Je ne parlerai pas du deuxième, tout aussi puissant. Je vous laisse découvrir la beauté spectrale de "Song for a Warrior" (chantée par Karen O), l'efficacité brute de "Avatar" (aucun lien avec le film avec les bonhommes bleus de Cameron, s'inquiète) et les deux morceaux-fleuves vertigineux de 20 minutes et plus qui concluent cette tentative irrationnelle et pourtant réussie qui est celle de nos acolytes : repousser la musique dans ses derniers retranchements.

Un disque comme il ne s'en fait pas. J'ai encore peine à croire qu'il existe.

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/swans2_zpslozdkskx.jpg)
Titre: Re : Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Credo Quia Absurdum le 11 juin 2015 à 23:14
Ouaip. C'est bien le percuphone, avec le cosmophone qui se joint à la partie dans l'espèce de délire instrumental qui suit aussi :)

(http://www.patricemoullet-alpes.com/mediapool/77/771203/resources/big_8286071_0_1024-768.jpg)

(http://www.themotleyguy.com/wp-content/uploads/2011/06/honey-i-shrunk-the-kids-gun.jpg)
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 12 juin 2015 à 19:00
ahah. C'bon vieux Rick Moranis. Il a quand même réussit à se semi-taper Sigourney Weaver dans le premier Ghosbusters.
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Shtamane le 19 juin 2015 à 10:41
Je ne connaissais pas The Swans, merci de me faire connaître! J'écoute ta suggestion depuis quelques jours, à petites doses car c'est très très dense. Très GYBEien mais avec un côté tordu à la Walker, j'aime! Ceci étant dit de ce que j'ai écouté aurait bénéficié peut-être un peu d'editing ici et là, un peu plus de resserement. Ça aurait été profitable de peut-être rammener le tout à 90 minutes? Mais bon, faut dire qu'en général j'ai bien de la difficulté avec les albums de plus de 50 minutes...
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 23 juillet 2015 à 01:46
07. Burzum - Filosofem (1996)

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/burzum_filosofem_zpsoyhvztwv.jpg)

Style : Black Metal atmosphérique, Ambient

Bon ben, finalement de retour pour la suite de ce Top (désolé de nouveau pour le délai m'sieurs-dames)... Dieu qu'il est dur de parler de mes albums préférés. Dur de leur rendre justice avec de simple mots alignés en ces phrases souvent désuètes pour résumer l'euphorie grisante que procure leur écoute jouissive. Car ces disques sont souvent émotions pures. Pour un compte-rendu haut en couleur et "spot on" de ce même album, je vous invite fortement à lire la chro de Shtamane dispo dans son Top (et oui ! un autre doublon dans nos tops respectifs !).

Donc, allez là, fini la procrastination, je me lance (et advienne que pourra !) :

....

Filosofem, c'est la trame sonore de l'atmosphère surréelle de Kepler-186f. C'est un monde totalement nouveau et intriguant, à des années lumières du nôtre, mais qui représente en quelque sorte un reflet de notre propre réalité (Såsom i en spegel). C'est le Solaris de Varg Vikernes, SON univers intérieur qui a pris des grandeurs architecturales insoupçonnées, des teintes irréelles... Un monde qui existe maintenant à travers cette oeuvre sortie des méandres cervicales d'un géniteur dément ; une oeuvre musicale riche, unique, grandiose, brute, totalement autre... C'est une promenade grisante dans les sentiers insolites d'une forêt de conifères géants, bordée de lacs argentés, de montagnes aux neiges millénaires, de fjords célestes, de chutes d'eau s'enchevêtrant dans un ravissement visuel proprement bluffant... Imaginez Koyaanisqatsi mais réalisé sur la Kepler ci haut mentionnée. Et la nuit... Cette terre inhabitée devient le refuge d'esprits multiples, de ces Dieux-Morts qu'on ne peut qu'évoquer sans frissonner, de ces Grands Anciens qu'on entend murmurer dans des langues extra-terrestres dans les sous-bois touffus. C'est la musique de vos rêves et de vos cauchemars. D'ailleurs, quand dans mes songes, je suis habité par des apparitions d'ailleurs indomptables, c'est souvent "Filosofem" qui joue en sourdine dans mon cortex saturé d'impossible.

L'album se scinde en 2 parties distinctes. Une première moitié qui consiste à 3 pistes d'un Black Metal atmosphérique-hypnotique des plus grisants et une deuxième qui se perd dans les méandres d'un marais ambient minimaliste de style "Klaus Schulze sur la Propizépine" (marais entrecoupé de deux divagations infâmes et poisseuses où "saturation guitaristique" sont les maîtres mots)... Le traitement des guitares sur c't'album, c'est vraiment quelque chose... Ces guitares sont dégueulasses, ensorcelantes, humides, gavées d'une électricité mal calibrée (le court-circuit n'est jamais loin) et elles font, à elles seules, presque toute la magie de l'atmosphère de ce Filosofem. Ça et ces claviers archi-froids, un peu niais et analogiquement vôtres, qui vous tapissent l'âme d'un givre mystique. Et ya aussi les vocaux/cris bestiaux de sieur Vikernes qui n'ont jamais sonné comme cela, ni avant, ni après ; électriquement chargés, inhumains, filtrés à travers un micro bas de gamme qui surchauffe, la bouche pleine d'araignées et de mouches mortes, froids, froids, froids... Varg avait insisté pour utiliser le plus mauvais microphone possible. On dirait Marilyn Manson époque Antichrist Superstar (même année, tiens) qui nous fait son "Beautiful People" sur un enregistreur portable 2 pistes recouvert de boue et de feuilles pourrissantes, le tout "live" dans un sous-bois scandinave en plein mois d'Octobre... Cet album est électriquement moisi. Et c'est là sa grande qualité. Une sorte de "Loveless" (dixit My Bloody Valentine) mais à la sauce tréfonds des ténèbres lo-fi. Pas surpris pour 2 balles que Thurston Moore ait été bandé comme un Turc sur cet album.

"Dunkelheit" (originellement appelé tout sobrement "Burzum" dans sa version originelle... il s'agit là en fait du tout premier titre composé par Varg) ouvre le bal de manière on ne peut plus épique. Ce titre lancinant prend tout son temps pour imposer sa putain d'ambiance ultime. Les guitares ronronnent doucereusement avant de révéler leur pleine puissance cafardeuse. Une batterie binaire à souhait vient appuyer ce mur de sons marécageux. La voix branchée sur le 1 500 Volts instable de Varg arrive en trombe dans le marais sonore et les claviers viennent parfaire le décor somptueusement dépressif. Une écoute au casque révèle toute la magie de ce morceau, que beaucoup considèrent comme le meilleur de Burzum (c'est du moins, selon moi, son plus emblématique). Varg, encore une fois, nous démontre son grand talent de paysagiste sonore, faisant des merveilles avec un rien époustouflant, raffinant les contours sinueux de cet hymne nostalgique avec des couleurs éparses, des vertiges euphoriques, des couches de ténèbres et de lumières s'entremêlant dans l'infini d'une musique qui se veut épopée céleste et solitaire à travers ce monde fantomatique. On croirait errer dans les limbes brumeuses du Lake Attersee de Klimt. Mention toute particulière à ce passage à la voix claire, triste à souhait, qui me file des malins petits frissons à chaque fois... Le second morceau, "Jesu død" (la mort de Jésus) n'est pas en reste. C'est LE hit-pop de MC Vikernes. Exit les claviers. Le tempo s'accélère tout en demeurant hyper simpliste. On surfe ici sur un riff de guitare absolument grisant qui évolue petit à petit en de multiples variations et surimpressions oniriques. Cette pièce est une sorte de drogue impie pour tous mes sens. Cela pourrait durer une heure ou 8 ans que je serais toujours accroché à ce riff en constante permutation. C'est un peu la rencontre inespérée entre le Black Metal et une certaine forme de Trance (si, si). C'est aussi le seul moment un brin "up-beat" d'un disque surtout mélancolique et introspectif. On replonge donc dans la torpeur d'un "Beholding the daughters of the firmaments" glacé et glaçant, rappelant un peu "Dunkelheit" mais en plus désespéré. L'ampoule qui grésille faiblement au-dessus de vos têtes est sur le point de s'éteindre définitivement, vous laissant seul, face-à-face avec l'obscurité complète.

Ensuite, on tombe très bas, dans des profondeurs abyssales de la seconde moitié plus expérimentale et ambiante de Filosofem... Le point de non-retour. L'abandon de la structure. L'éveil d'une certaine forme de gouffre musical. "Decrepitude 1" est un cadavre gondolé, à moitié dévoré par les vers, qui flotte dans une mare d'immondices. Gloussements déchirants, guitares en perdition, claviers transi. Le tout sert d'introduction au morceau de résistance du disque, "Rundtgåing Av Den Transcendentale Egenbetens Støtte", LE chef d'oeuvre ambiant de Vargounet. C'est le genre de truc hyper-niais et simpliste qu'on pourrait s'imaginer faire soi-même à la maison avec un vieux synthé tout crade, un soir pluvieux de Novembre... Mais PUTAIN, quelle foutue ambiance (un peu à la sauce John Carpenter ; pensez "The Fog" ou surtout "The Thing") !!! Fermez les yeux. Vous verrez un long lac figé par l'hiver. La Toundra agitée par des vents maudits. Une vieille cabane en bois ravagée par les saisons et les années qui passent, inlassablement. L'intérieur de la cabane la nuit, avec une lampe à l'huile rouillée qui éclaire faiblement l'intérieur nu ; un homme (ou une chose vaguement humaine) au regard fixe se balançant grotesquement dans une chaise berçante dans un coin sombre de la seule pièce. Et dehors, la neige qui commence à tomber... C'est prenant, c'est totalement extra-terrestre et c'est bizarrement beau. Les amateurs de cinéma expérimental reconnaîtront aussi sa présence dans le très particulier "Gummo" de Harmony Korine... L'album se termine avec Decrepitude part dos. Même chose que part uno, mais avec le cadavre complètement pourri-fondu dans la mare aux suppliciés. Plus humide encore ; plus étouffant, comme si t'étais DANS le cadavre et que t'essayais de respirer mais qu'il n'y avait que de la chair liquide et de l'eau boueuse qui te rentrait dans la gueule et te tapissaient les poumons.

Filosofem.... aaaaah, Filosofem.... comment veux-tu que je conclu cette chronique qui t'est dédiée ? Tu m'as fait tant rêvé. Pour citer le doublage héroïque de Nicky Larson, tu m'as "déchiré les habits !!!". Tu m'as accompagné le long de mes longues marches solitaires dans les bois avoisinants, hiver, automne ou été. J'ai grandi avec toi ; de 2002 à ce jour. Jamais tu n'as abandonné mon lecteur mp3 hyper-cheap. Tu fais parti de moi, pour toujours. Je t'aime, sacré putain d'album mal enregistré, plein d'idées aussi grandiloquentes que ridicules, de vertiges inapprivoisable, d'euphories-lo-fi galopantes, de riffs immortels qui se fondent majestueusement l'un dans l'autre, de notes de claviers chimériques, de cris surannés dans une nuit qui n'a jamais vraiment fini de finir depuis tout ce temps... Veux... Veux-tu jouer à mon mariage ? Je vais t'acheter un beau tuxedo.

(http://25.media.tumblr.com/tumblr_m418pv2l1s1rvgepso1_500.gif)
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Manu Dalton le 23 juillet 2015 à 22:22
Salade ta chronique de Filosofem trou l'cul. Voilà c'est dit. J'adore la façon que tu as de décrire cet album qui a également bercé ma vie depuis le Cégep. J'ai découvert Burzum en 1999-2000 grâce au cover de Filosofem que je trouvais cool et ce fût la révélation.

Bonne chance pour le faire jouer advenant un éventuel mariage. J'ai eu la même idée quand ma blonde s'est mise à me parler des trucs qu'elle voulait faire jouer pendant la réception. Je suis presque certain que Burzum ne jouera pas, mais grâce à Varg je vais probablement me sauver de plusieurs trucs merdiques.  C'est un excellent argument de négociation.;D
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Shtamane le 24 juillet 2015 à 00:43
Voilà un album qui inspire indéniablement nos plumes d'une unique façon. Il n'y a rien à rajouter et j'espère que les gens qui lisent ce que nous faisons comprendront l'urgence totale d'aller l'écouter.

Ah et moi à mon marriage c'était 100% suites pour violoncelle de Bach. De toute beauté, même si j'avoue qu'un petit Jesus Dod n'aurait pas été piqué des vers!
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 24 juillet 2015 à 17:00
@Manu: MERCI pour le bon commentaire :) Honnêtement, j'aurai longuement travaillé à cette fichue chronique (c'est probablement celle qui m'a donné le plus de fil à retordre car je voulais tant rendre justice à ce disque). Ça fait vachement plaisir de voir que ça t'a plu à toi et Shta !

Ceci dit, pour le mariage, je crois pas que cela fasse l'unanimité de mon côté non plus ;)

@Shta : Filosofem, c't'un peu le "Kind of Blue" du TRVE BLACK en ce sens que c'est souvent l'album qui va plaire à des gens qui ne sont pas nécessairement toujours portés sur le Black, tout en demeurant hyper-emblématique du genre. Et oui, c'est à écouter de toute urgence par tout le monde, petits et grands !

Pour Bach, super choix. Moi, dans le classique, j'irais peut-être avec des pièces de piano de Ravel, style "Jeux d'eau" (version Argerich)
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 25 juillet 2015 à 20:52
06. CAN - Tago Mago (1971)

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/can_tagomago_zpsyk8xh3xq.jpg)

Style : Krautrock / Psychedelic / Stockhausen-Prog

Je ne passerai pas par quatre chemins : Tago Mago est un de ces monuments emblématiques de la musique du 20ème siècle qu'il se faut de posséder. C'est un disque essentiel à toute discographie (et ce, même si vous avez uniquement du classique ou du reggae dans vos armoires). Cet album dépasse tout, confond tout, détruit tout ; toutes les limites et frontières musicales possibles... Rock psychédélique, prog, musique concrète, pop, proto-électronique, free jazz, musique tribale (celle qui est enfouie dans les zones les plus reculées du cerveau humain et ce, depuis des siècles). C'est un énorme morceau de bravoure, de folie, d'expérimentation brute, de plaisir, de rêve, de cauchemar, d'euphorie, de noirceur et de transe (surtout). C'est ce qui en musique s'approche le plus de l'envoûtement voodoo. C'est un truc 10 ans en avance sur son temps (voir même mille). C'est le Disco Volante des jeunes années 70. C'est aussi probablement le Sgt Pepper du Kraut-Rock - l'album qui représente le mieux l'étendue de ce genre musical influent qui n'en est pas vraiment un. C'est la musique que produirait des psychiatres qui bossent à l'aile des schizos si ils formaient un groupe de rock avec leurs patients les plus atteints (ce mélange génie-démence-rigueur-liberté qui marche à tout coup). Ça peut être la porte d'entrée à un million de trucs qui peuvent changer la vie d'un mélomane : le kraut-rock, le prog, la musique classique moderne, la musique électronique, le math-rock, la musique tribale (de tout pays), etc... J'insiste : vous devez au moins expérimenter une fois dans votre vie les méandres de Tago Mago. Vous allez peut-être adorer. Vous allez peut-être détester. Mais surtout, vous n'en sortirez pas indemne, je vous le promets.

Il ne faut pas passer sous silence que ce deuxième album souligne l'arrivée officielle de Damo Suzuki en tant que chanteur de Can (on l'avait entrevu sur l'excellent Soundtracks...), un changement majeur dans l'histoire du groupe, qui ne sera plus jamais pareil après le passage de cette tornade vocale humaine incongrue. Ce sympathique cinglé de service avait quitté son Japon natal (un pays riche en fous de toutes sortes) quelques années auparavant pour faire le tour de l'Europe, guitare à la main - histoire de faire un peu d'argent de poche. Remarqué dans les rues de Munich par Holger Czukay et Jaki Liebezeit alors qu'il exerçait son art (ça devait détonner des autres chansonniers), il est invité à se produire avec le groupe le soir même (voilà un concert auquel j'aurais aimé assister !). C'est le coup de foudre psychotronique instantané ! Armé de ses cordes vocales supersoniques, le jeune Suzuki vient accentuer et colorer l'intensité déjà palpable de la musique de Can. Grand improvisateur usant de son organe vocal comme d'un instrument polymorphe, Damo chante comme un possédé sur Tago Mago. Il chuchote mystérieusement par moments, hurle grotesquement par d'autres, créé sa propre pièce de théatre "Nô" sur l'acide, imite parfois le bruit d'un poulet qu'on étrangle à mains nues, chante dans des langues inconnues qu'il invente à mesure mais qui sont pourtant géniales (forcément, en tant que fan de Magma, ça vient me chercher). Bref, Damo devient par le fait même une part intégrante du son du groupe et restera avec eux pour ce qui est considéré par beaucoup comme leur meilleure période créatrice.

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/suzuki_damo_zpsw8ce1ql9.jpg)

Imposant album-double de 70 minutes, Tago Mago débute sur les chapeaux de roues avec l'incroyablissime "Paperhouse" : une brève intro space faîte en ondulations de claviers et on est tout de suite projeté au pays de la rythmique qui tue. Cette rythmique insoutenable, marque de commerce de Can, vient nous happer, nous ensorceler, et ne nous lâchera pas avant la fin de l'album (à part à quelques moments de folie atonale). Ce qui débute comme une sorte de ballade prog acide et amère devient une montée des plus hallucinantes (de quoi faire rougir la plupart des groupes de post-rock), portée par le délire ordonné (encore une fois le parallèle folie-raison) de cette guitare psychée jouée à perfection et de cette batterie venue de l'au-delà. Je tiens à préciser : bordel que cet album ne sonne pas "1971" ! Dès que cette pièce d'ouverture atteint son apothéose, on tombe dans le trouble avec "Mushroom", mystérieuse pièce qui porte en elle son lot de mystères indomptables... On sent le malaise sous-jacent à travers la rythmique proto-industrielle, cette basse funky et sombre, ces percussions recouvertes d'échos et de réverbérations et les hurlements imprévisibles de Damo. L'ascension du délire se poursuit avec l'incroyable "Oh Yeah", qui débute avec le bruit d'une explosion nucléaire que semblait nous annoncer "Mushroom". En parlant de "Oh Yeah" : jamais titre n'aura aussi bien porté son nom. En écoutant ces 7 minutes de pur génie, j'ai juste le goût de me mettre à danser aussi frénétiquement que maladroitement et de HURLER le titre de la chanson à tout rompre entre les murs de mon appartement, tel un beau criss de cave (ah... la magie de la musique !). Ça débute avec possiblement la rythmique (le mot le plus sur-utilisé de la chronique) la plus bandante qui soit, agrémentée de quelques couplets chantés par Damo mais dont les bandes sont jouées à l'envers... On sent que ça monte vers quelque chose de grand, d'incompréhensible, de "plus fort que toi"... puis la musique s'arrête soudainement, et repart de plus belle avec cette fois une guitare bluesy interstellaire à l'appui et des vocaux anglo-nippon-what-the-fuck. Dantesque ! Ce petit chef d'oeuvre pourrait facilement être le climax d'un disque déjà parfait mais le plus fou reste encore à venir (oh que oui !).

"Halleluhwah", du haut de ses presque 20 minutes, est une jungle sonore où il fait bon se perdre. Ce beat, mon Dieu, CE BEAT ! Le Funk a été invité au rave tropical et il a amené ses potes jazzmen le temps d'interludes savoureux au piano. À part ces passages plus tranquilles, cette pièce est surtout l'heure de gloire de Jaki Liebezeit, Dieu-percussioniste de son état. Le beat qu'il produit (ainsi que ses variations multiples et virtuoses) se trouve à être le coeur du morceau, sa colonne fondatrice à laquelle vient se greffer une foule d'éléments disparates savoureux... comme ce violon déchaîné, ces claviers psychédéliques qui sont aussi cheap qu'inquiétants, cette basse sourde et bien sûr Damo dans toute sa gloire caractéristique. On tombe ensuite dans la portion plus extrême et expérimentale de Tago Mago, avec "Aumgn" et "Peking O"... Bienvenue dans un enfer stockhausenien des plus pétrifiants et où toute forme de mélodie disparaît dans les limbes. "Aumgn" est une sorte de collage ambient qui pourrait faire office de trame sonore à un film préventif sur l'usage du LSD. Il ne fait pas bon de s'endormir en écoutant cette portion du disque... Les rêves qui s'ensuivent sont, disons le, plus ou moins traumatisants. On navigue ici à travers une brume sonore épaisse qui est l'amalgame d'une tonne d'effets sonores de studio (signés Irmin Schmidt), de field recordings de chiens qui jappent, d'impros musicales sur le thème du "cirque dérangé" et surtout de cette voix, sinistre au possible, qui repète inlassablement AUUUUUUUUUUUUMGN (Aleister Crowley in DA HOUSE). Dans le genre "maman, j'ai peur", "Peking O" est elle aussi dure à battre. C'est certainement le morceau le plus psychiatrique de toute la discographie de Can. Trop dur de parler de cette chose époustouflante... sinon que c'est probablement un truc que les membres des Boredoms ont écouté à répétition à leur adolescence.

Tago Mago revient à une certaine forme de normalité avec le dernier morceau, "Bring Me Coffee or Tea", sorte de ballade-transe brumeuse qui vient clore à merveille ce périple sonore des plus audacieux. Et il est vrai qu'après avoir fait le tour de 8000 galaxies le temps d'un album, il est bon de se réconforter avec une bonne tasse bien chaude... et de se demander si on y replonge tout de suite tête première... car ce disque est une drogue. Ce n'est plus de la musique comme on en entend normalement (avec de jolies mélodies et des belles idées). Non. C'est de la "matière sonore brute, libre et savante" qu'on s'injecte dans les tympans avec plaisir. Deviendrez-vous accros comme moi ?

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/can_tago2_zpsw7hk93o1.jpg)
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Shtamane le 4 août 2015 à 10:12
Un autre album a écouter de mon coté. J'ai commencé avec les 3 premiere pistes et je les adore. Si ca sortait aujourd'hui, ca fitterait encore parfaitement avec ce qui se fait dans la scene indie. Ca ne semble pas avoir vieilli d'un poil.

"Mushroom" est completement whacky, c'est ma préférée pour l'instant. Je ne serait pas surprise qu'un Curt Cobain ait entendu ca dans ca jeunesse!
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 13 août 2015 à 14:34
05. Magma - Mekanïk Destruktïw Kommandöh

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/magma_mdk_zpswf1iubzy.jpg)

Style : Zeuhl, Progressif, OVNI

Cette oeuvre, créée en toute humilité, retrace l'histoire d'un humain qui, un jour, s'adressa à tous les terriens en leur expliquant les raisons pour lesquelles ils doivent disparaître de la Terre
-Christian Vander

Il y a des groupes qui ne sont géniaux qu'un moment, le temps d'un ou deux albums, et qui implosent ensuite dans la nuit des temps ou qui se mettent tout simplement à faire de la musique minable... Il y a aussi des groupes qui se réinventent, évoluent au gré des saisons, se laissant influencer par les nouvelles tendances et essayant de se les approprier dans une musique qui leur est toujours propre (certains s'y perdent aussi)... Il y a des groupes qui n'évoluent pas, bons ou mauvais. Il y a des groupes qu'on adore, qu'on déteste et puis qu'on adore à nouveau (ces fameux "comebacks" si rarement réussis)... Et puis il y a LE groupe. Celui qui, à sa genèse, a déjà la VISION... Celui qui, dès son premier album (en 1970), livre une musique qui est encore complètement d'avance sur notre bon vieux nouveau millénaire... Le groupe parfait et génial dont la musique évolue magnifiquement d'album en album mais de manière consciente... pour servir la cause du concept amené et l'histoire fantastique qu'elle soutient... Le groupe qui possède un univers tellement unique et particulier que ses membres ont inventé une langue qui lui est propre... Un groupe dont la musique, peu importe l'album, peu importe la date d'enregistrement, est irrévocablement intemporelle... Un groupe qui réussit à marier Jazz, Opéra, Chant Choral, Prog, Gospel, Funk, Soul, Psychédélisme, Musique d'Europe de l'est, Musique africaine, Littérature et Philosophie pour en faire une œuvre d'art totale... Un groupe dont l'architecte mi-fou, inventeur de mondes, dévot de Coltrane, Stravinski et Wagner, demeure tout simplement le meilleur batteur de tous les temps... Cet architecte est Christian Vander et son groupe (LE groupe) est MAGMA !!!!

En décembre 1973, après 2 albums déjà divins où Magma se cherchait pourtant encore, débarque ce "M.D.K" complètement ahurissant dans les bacs. La voici leur première oeuvre totale, leur premier "magnum opus" irradiant de milles et unes lumières éblouissantes-célestes-divines-aveuglantes. La gestation de cette merveille fut lente et pavée d'embûches. Longuement rodée en concert, mouvement par mouvement (depuis 1971), dans diverses versions évoluant au gré des désirs bruitatifs de Vander et des changements de line-up incessants, cette composition-fleuve fut aussi enregistrée en studio une première fois en Janvier 1973 (sous le nom "Mekanïk Kommandöh", version CD maintenant dispo via Seventh Record). Cette mouture moins grandiloquente de l'oeuvre mais tout de même imparable ne satisfaisant pas A&M (le label du groupe à l'époque), la horde de Kobaia retourna en studio endisquer la version définitive de leur chef d'oeuvre. Résultat : EUPHORIE !!!

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/magma_group_zps8ftvsfro.jpg)

Comme Christian Vander ne fait rien comme les autres, M.D.K est en fait le troisième volet (chronologiquement) de la trilogie "Theusz Hamtaahk" mais le tout premier à paraître... Trilogie qui prendra pas loin de 30 ans avant d'être éditée dans sa totalité sur disque (à se procurer de toute urgence : le coffret "live" paru en 2001). Qu'est-ce que M.D.K raconte en fait ? Et bien... la guerre, le chaos, l'apocalypse, la destruction par les Terriens de toute forme de beauté, l'avilissement d'un monde voué à disparaître dans le sang et les décombres... ET le prophète Kobaïen Nebehr Güdahtt qui, d'une missive quasi hitlérienne (qui donna par ailleurs une réputation sulfureuse non méritée au groupe), condamne ce monde à la mort, ne sauvant que les quelques êtres qui sont prêts à évoluer pour atteindre la sagesse divine. Ces derniers seront emportés dans la roue céleste (le "Weidorje") pour rejoindre Kobaia, où ils pourront terminer leur existence dans la paix absolue.

Terrien, si je t'ai convoqué c'est parce que tu le mérites, ma divine, et ô combien cérébrale conscience m'oblige à le faire. Tes actes perfides et grossiers m'ont fortement déplu, les sanctions qui te seront infligées dépasseront les limites de l'entendement humain et inhumain, car tu as, dans ton incommensurable orgueil, et ton insondable ignorance, impunément osé me défier, me provoquer et déclencher dans toute son immensité, ma colère effroyablement destructrice entraînant inexorablement ton châtiment, race maudite !
-Christian Vander

Malgré toute la violence du propos, cette oeuvre explose dans une forme d'allégresse grisante. Jamais cataclysme n'aura autant été illustré avec tant de lumière folle et de béatitude exaltante. Nos tympans ravis jusqu'à plus soif sont conviés à une véritable célébration orgiaque de la destruction complète et totale d'un univers bientôt révolu... Cet album est une charge émotive forte qu'on reçoit en plein dans la gueule (avec délice, il va sans dire) : chorale kobaïenne frénétiquement possédée, section d'assaut rythmique qui tel un Tank détruit tout sur son passage (l'ineffable duo Vander-Top), cuivres en transe, guitare chatoyante de Claude Olmos, Klaus Blasquiz qui joue à la corde-à-danser avec ses cordes vocales et ce piano martelé à qui mieux-mieux qui trône au dessus de la masse sonore... Tout cela ne fait qu'un tout effervescent. Tout cela s'enchevêtre dans l'éther pour devenir une espèce de Supernova musicale que rien ne peut arrêter...

Structurée autour de 7 mouvements s'enchaînant sans coupure (à part le fondu sur "Kobaïa is de Hündin", vinyle oblige), M.D.K débute avec "Hortz Fur Dëhn Stekëhn West", longue entrée en matière stravinski-ienne (à écouter : "Les Noces" du compositeur russe) qui place l'ambiance totalement unique de l'opus. Quand ces cuivres EXPLOSENT à la 5ème minute, on réalise que ce n'est pas juste un disque qu'on écoute, mais bien une expérience religieuse-mystique qu'on s'apprête à vivre et qui va nous redéfinir pour les siècles et les siècles (amen... non non, HAMTAÏ !!!). À environ 7 minute 30, quand ça part en Gospel-Prog-des-étoiles, je sais par pour vous, mais moi je vole littéralement. C'est comme le passage quasi-final de 2001 Space Odyssey mais en tellement plus... funky. Quand "Ïma Süri Dondaï" s'annonce tel un choc sismique dément d'opéra carl offien déglingé et rutilant, je ne vole plus : je nage littéralement dans une mer d'astres lysergiques. À partir de là, ça n'arrête tout simplement plus... ça monte, ça monte, toujours plus haut, sans relâche... Chaque changement de mouvement limpide qui hausse l'intensité d'un cran... Ce n'est plus que de la beauté suspendue dans un azur en constante renaissance. De la beauté libre, véloce, compacte, qui s'auto-alimente, triple, quadruple, quintuple d'intensité afin de recouvrir entièrement la folle toile qu'elle dessine... Les chœurs hypnotiques pleurent, jubilent, portent la musique à des confins jamais atteints par quiconque auparavant. Klaus est complètement cinglé. Ses vocaux/cris nous font penser autant à ceux d'un castrat italien sur l'acide qu'aux sons émis par un éléphant EN TRAIN de se faire castrer. Fidèle à son habitude, Vander tente d'assassiner sa batterie avec une élégance toute tellurique. Jean-Luc Manderlier veut que chaque note de piano soit plus PUISSANTE que la précédente. Ah oui, puis Jannick Top est Jannick Top, ce qui est déjà formidable en soi.

Et puis quand ça s'achève, après un orgasme sonore violent-délivreur où tous les excès absurdes sont permis, où tout ces éléments musicaux évoqués ci-haut s'accouplent dans une hyperthymie paroxystique ardente qui gorge tous vos sens d'un certaine forme de liesse liquide, vient un moment de calme enivrant, de recueillement majestueux et puis.... un drone pétrifiant d'une minute. Magma sait comment finir un album comme des BOSS. Ya pas de doute. 

Je n'en reviens jamais à quel point cet album est MASSIF et LOURD. On y touche enfin, à ce fameux Mur de Son, tel qu'évoqué par notre musicien-assassin préféré (Phil Spector pour le citer... bien que Vargounet est pas mal dans le genre). J'en ai des frissons à chaque écoute. MDK demeure le disque le plus emblématique de Magma (bien qu'ils feront des choses encore plus incroyables par la suite) et comme il fut mon tout premier, il demeure mon chouchou. Mais avec Magma, il ne faut pas se limiter à un disque. La discographie de Magma est un tout dont il faut faire l'expérience dans sa globalité. Et tout fan de musique se doit d'entreprendre ce voyage au moins une fois dans sa vie... Bienvenue sur Kobaia, Terriens...

(http://www.magmamusic.org/images/photos/christian_vander.jpg)
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Le Genius le 14 août 2015 à 17:12
Salade, je viens de quitter ma femme pour te demander de bien vouloir m'épouser.
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Shtamane le 14 août 2015 à 19:02
J'adore comment tu as défini la direction artistique de Magma, Salade. T'es en plein dans le mille sur ce qui distingue ce groupe des autres: une vision artistique unifiée et radicale.

Ceci étant dit, les citations que tu as mises en rouge dans ton texte, bien qu'elles peuvent décrire une certaine facette de MDK, je leur préfère  de loin cette description qui est déclâmée avant chaque prestation dans les concerts, depuis la reformation du groupe: "Ce moment racontre l'histoire d'un peuple d'Europe centre qui, s'étant révolté contre son tyran, marchait au portes du palais. Et les chants de ce peuples étaient si beaux, qu'ils s'évanouirent dans l'espace." C'est un résumé de tout ce qui se produit dans la trilogie.

Les menaces de destruction et les condamnations, c'est le premier mouvement de la trilogie, Theusz Hamtaahk. Symbolisé par le feu dans le coffret de CDs, c'est littéralement un feu roulant, répétitif et écrasant de basse et de batterie, avec des chants semblables à des alarmes d'incendie. Et l'espece de rituel vers la fin, où Neberh Gudatt fait la liste de tous les torts de l'humanité dans un crescendo insoutenable.

Au contraire, Wurdah Itah coule comme un beau fleuve à travers les arbre de la campagne, qui est le symbole du 2e mouvement dns le coffret. C'est la réponse de l'humanité qui marche vers le tyran, qui chante "ouais, on a nos torts mais on a espoir en la vie et l'avenir". La foule marche vers le palais et se gonfle d'individus jusqu'à ce que le peuple entier déferle comme une vague de beauté infinie. C'est de loin mon mouvement favori, le plus "stripped down" (seulement voix, piano, basse, batterie) mais peut-être aussi celui qui définit le mieux l'essence même de la zeuhl.

Et MDK, hé bien c'est la collision entre les deux premiers mouvements, tant musicalement que thématiquement, entre le côté sombre et le côté lumineux de l'humanité. C'est l'annihilation des dualités pour revenir à l'état originel, comme une particule et son antiparticule qui, au contactent l'une de l'autre, s'évanouissent ne laissant place qu'à une pure énergie. Et quelle énergie, quelle beauté! Et le feu et l'eau, quand ils entrent en contact, ça forme un nuage qui s'envole très haut, symbole du 3e mouvement dans le coffret. Ziss unt Etnah Ziss unt Etnah Ziss unt Etnah Ziss unt Etnah... le dernier des chants qui fait écho dans l'éternité. Je ne pourrai jamais assez exprimer ma gratitude à la vie d'avoir pu assister à tout ça en personne.

Oh, et RIP René Garber (Stundehr)qui jouait la clarinette sur cet album et sur le 2 premiers aussi. Il est mort cette semaine.
Titre: Re : Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 19 août 2015 à 10:13
Salade, je viens de quitter ma femme pour te demander de bien vouloir m'épouser.

Magma, briseur de couples depuis 1970 :)
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 19 août 2015 à 10:16
Shta : merci pour le commentaire qui amène une vision différente de cette œuvre intemporelle.

J'ai bien hâte de voir quel disque de Magma va se retrouver à ton Top et surtout très hâte de lire la chro qui va l'accompagner ! J'ai déjà une idée sur lequel mais je vais la garder pour moi...
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 10 novembre 2015 à 02:53
04. Shiina Ringo - Karuki Zamen Kuri no Hana (2003)

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/shiina_2003.jpg_zpsmrquivvh.png)

Style : J-Pop, Rock Alternatif, Art-Pop, Electro, Folk, Jazz, Gagaku, Bossa Nova, OVNI

Le meilleur album pop de tous les temps est paru en 2003, au Japon (pouvait-il en être autrement ?), pays musicalement fêlé, contrée de tous les excès sonores, visuels, culturels, pornographiques, gustatifs, olfactifs... Son auteure ? Ringo Shiina. Une demoiselle d'à peine 25 ans, véritable ouragan musical sur 2 pattes, artiste totale qui compose/produit ses disques et qui maîtrise une multitude d'instruments, chanteuse "à la pomme" (le pseudo "Ringo", qui signifie "pomme" en japonais vient du fait qu'elle rougissait de gêne face à son public à ses débuts... mais faisant aussi référence à son Beatle préféré, ce cher mr. Starr si souvent mésestimé !) qui puise ses influences autant chez Édith Piaf que chez Nirvana, figure de proue du renouveau pop nippon survenu à la fin des années 90.

La jeune ado irrévérencieuse avait étonné en l'an 2000 avec son 2ème opus discographique, "Shōso Strip", déjà résolument à part dans la scène J-Pop du moment et proposant des morceaux tous plus éclectiques les uns que les autres ; d'authentiques tornades pop multicolores aux milles et une saveurs acidulées, avec toutes leurs guitares rugissantes et leurs cordes orchestrales délirantes lâchées sur nos tympans ravis, oscillant entre Grunge, Jazz, Trip-Hop et musique classique. Cet album, oeuvre de jeunesse vertigineuse à souhait, était déjà un monument en soi. Pour faire une comparaison un tantinet plus occidentale, c'était un peu son "OK Computer" à elle. Mais quand "Karuki Zamen Kuri no Hana" (la chaux, le sperme et la fleur de châtaigner..quel titre !) débarque dans les bacs trois ans plus tard, la Shiina n'est plus du tout la même personne. Dans le laps de temps séparant les deux albums, elle s'est marié, a donné naissance à son fils, a divorcé... L'ingénue fillette est devenue femme. Il y a de l'expansion aussi du côté de ses influences... Elle qui s'enivrait uniquement des musiques de l'ouest s'est réconciliée avec son pays natal et apporte une ribambelle d'instruments japonais traditionnels dans le nouveau paysage sonore aveuglant qu'elle va peindre ici (et ce, sans perdre néanmoins sa faramineuse Gibson colorée). Cela a beau être cliché de dire cela en parlant de musique mais ce troisième album est l'album de la maturité artistique pour Shiina. Et pour ramener Radiohead dans l'équation métaphorique, c'est un "Kid A" qu'elle nous pond là ; un gros pied-de-nez fou fou fou à un public médusé (elle en vendra d'ailleurs trois fois moins).

Shiina Ringo va construire ici ce qui s'est fait de plus incroyable (à mon sens) en matière de pop-muzik. Elle a réussit à parfaire la musique populaire au sens large, dépassant des artistes tels que Mr. Bungle, Björk, Frank Zappa, les sus-cités Radiohead et même les Beatles (sacrilège, quand tu nous tiens) dans leur démarche de perfectionnement d'une musique qui se veut universelle, accrocheuse, accessible mais aussi (et surtout) aventureuse, recherchée, expérimentale, foisonnante d'idées nouvelles... Cet album est une lettre d'amour en haute définition (+ feux d'artifices psychotroniques à l'appui) au 4ème art et à son histoire, de la musique japonaise ancienne (Gagaku), aux chansons folk d'Okinawa, en passant par la fugue baroque, la décadence sirupeuse des compositeurs romantiques, l'impétuosité stravinski-enne, l'éthique obsessive-compulsive qu'on retrouve chez Morton Feldman, le Swing des années 30-40, le Rock n'Roll et toutes ces choses post-modernes qui s'en sont ensuivi, de la musique électronique, au psychédélisme britannique des sweet sixties, à la luxuriance du prog-rock, aux riffs de guitares acerbes dignes d'un Slayer époque "Reign in Blood" et j'en passe. C'est vous dire la GRANDEUR architecturale d'un tel disque mesdames-messieurs.

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/shiina1_zpsy5alkohw.jpg)

Pour commencer quelque part, il y a cette pochette toute éthérée, minimaliste, élégante, dépouillée. Mamzelle Shiina vous invite à prendre le thé dans une galaxie brillant de milles firmaments étoilés qui ne cesseront de vous éblouir... On met le CD dans le mange-disque. Premier stop sur une planète appelée "Shuukyou" (Religion) où l'on goûte à cet éther dantesque qu'on avait à peine cru imaginable. On flotte en apesanteur dans une mer de beauté brute et électrique. Voix multipliées de la déesse incandescente ; le spectre de George Martin plane au dessus du déluge sonore, dessinant d'une main divine des orchestres extra-terrestres par-ci par là. C'est la trame sonore de tous les films Disney réunis, avec l'apport non négligeable d'un groupe de rock qui joue chaque note avec tellement de force que le sang coule à flots de leurs mains sollicitées jusqu'à plus soif. Des passages Trip-Hop / Drum n' Bass liquoreux viennent saupoudrer le tout de mystères opaques... Un mantra vocal démontrant la portée vocale fulgurante de notre prêtresse vient introduire la prochaine orfèvrerie tourmentée, la bien nommée "Doppelgenger", là où Shiina se démultiplie vocalement, musicalement, célestement ; se disloque littéralement pour nos oreilles abasourdies. Boîtes à musiques, flûtes, boîtes à rythme, clavecin et cordes-à-danser-vocales en cristal liquide. Il y a à peu près 8 morceaux musicaux qui s'affrontent ici dans un combat-à-mort qui se referme comme il s'est ouvert, comme une énigme bruitative. Merveilleux. "Meisai", c'est Shiina saoule morte et pourtant endiablée dans un bar-à-saké peu recommandé de la préfecture de Shibuya à 4 heures du mat. Elle y va d'un genre de Swing-Rockabilly-Surf complètement déluré et sexy à souhait. Les muzikos qui l'accompagnent sont des Jazz-Punk qui renversent toutes les tables pour faire de la place pour le basson colérique et les violons désaccordés.

S'ensuit une ballade au piano style "Charlie Brown" qui n'aurait pu qu'être finesse pure. Mais bon, pas chez Shiina Ringo bien évidemment car le tout est trituré par des espèces de fréquences radio-policières grésillantes et une guitare électrique distortionnée à souhait qui rappelle ce qu'à fait Michio Kurihara avec les mecs/fille de Boris sur leur superbe album collabo. Un bulletin de nouvelles prend alors toute la place pour un moment... Et on est transporté dans le salon de la dame. Elle passe l'aspirateur, la bougre. On est convié au quotidien d'une jeune mère célibataire qui fait ses tâches ménagères alors qu'une infopub sur le LSD vient de partir sur sa téloche, avec une trame sonore de Carl Stalling et Bugs Bunny qui s'amuse sur un clavecin branché sur le 120V. On retrouve notre ami George Martin version fantôme qui s'amuse à faire du Cardiacs juste pour rigoler. Le tout se termine de manière abrupte pour laisser toute la place à "Kuki" (Stem), le seul single de l'album. Et ce n'est franchement pas du matériau à top 20 auquel on a droit. Étrange morceau de pop-prog avec ses cordes oppressantes, son piano impressionniste et la voix puissante de l'alchimiste divine qui navigue en eaux troubles. Cette chanson est complètement à part dans un album symétrique de 44 minutes 44 secondes en ce sens qu'elle est la seule à ne pas répondre à une autre de la seconde partie qui va bientôt débuter (une autre lubie obsessionnelle de la princesse sur lequel je n'élaborerais pas plus).

"Torikoshikurou" (Worrying Unnecessarily) est une orgie rocambolesque d'instruments japonais en perdition, de maboulismes en cantiques-vocaux en gelé, de lourdeur rock assourdissante-momentanée, de jazz débile et de "ooooh" et de "aaaaah" dignes des films de J-Horror les plus folichons (à voir absolument d'ailleurs : "House" ou "Hausu" du réalisateur complètement maboul Nobuhiko Ôbayashi). "Okonomide" (As You Wish) est un retour au jazz-bar de Shibuya, en formule plus apaisée cette fois. Mais il y a cette noirceur enfouie au cœur de la pièce qui monte monte monte en intensité petit à petit... avant de devenir un ogre en didgeridoo (les plus terribles selon les frère Grimm). Flûtes et insectes lovecraftiens à tentacules introduisent le morceau suivant, une sorte de jazz-rock qui rappelle autant le Brésil que Yuggoth. La guitare surf, la basse véloce et la batterie surdimensionnée viennent corrompre majestueusement la pièce la plus courte du disque (j'en aurais pris 20 minutes de plus). Ensuite, place à la valse des ectoplasmes ("Poltergeist"). On est transbordé dans le Phantom Train de Final Fantasy 6 version Edith Piaf sur les amphétamines. C'est beau, c'est beau, c'est tellement beeeauuuu !!!! Et ça reste pourtant complètement fou. C'est la Danse Macabre de Saint-Saëns mais avec des arc-en-ciels fumigènes et le Pont-Neuf à Noël en prime. Et comme cette merveille à malheureusement une fin, pourquoi ne pas terminer avec le morceau le plus ultime qui soit et le meilleur truc jamais pondu par Shiina Ringo selon votre humble chroniqueur ? "Souretsu" (ou "Funeral") est une procession funéraire moyen-orienteuse qui rappelle le "Desert Search for Techno Allah" de monsieur Bungle mais sans le côté ridicule. Cela nous parle d'avortement. Ce titre est DENSE, incroyablement D-E-N-S-E. Étonnement, cela va encore plus loin que tout ce qui a précédé. La gravité est palpable. L'orgue se joint à cette cérémonie épique qui va autant chercher son heure chez les Égyptiens que chez les Aborigènes d'Australie (didgeridoo rulz).... Le tout se termine dans un chaos sonore pétrifiant, un maelstrom noise effréné... un truc pas possible et probablement illégal sur un album pop. Et ça s'arrête subitement, sans crier gare. Magie d'une musique qui a réussit à nous confondre du début à la fin.

Bref... pour tous ceux qui en doutent encore (malgré mes propos pour le moins dithyrambiques), tout fan de musique au sens large se DOIT d'écouter ce disque dans sa vie. Et pas d'excuses de type "mais moâââââ, je comprend pas le japonais". Il existe des tonnes de page avec des traductions de ce chef d'oeuvre intemporel sur les internet. Je doute franchement pouvoir aimer autant un disque pop que ce "Karuki Zamen Kuri no Hana". Bien que Janelle Monae...

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/shiina3_zpskt0zvxbn.png)
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 11 novembre 2015 à 01:27
03. Igor Stravinsky - Le Sacre du Printemps (composition 1910-1913 : / enregistrement : 1968)

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/strav_ozawa_zps4tajjbov.jpg)

Style : Musique Classique, Moderne, Musique de Ballet, Proto-Death Metal (bah quoi, ya des blast beats!!!)

Notes introductrices
-Enregistré en 1968 par l'orchestre symphonique de Chicago, sous la direction de Seiji Ozawa
-Concernant l'interprétation : l'enregistrement chroniqué ici est à mon humble avis LA version définitive de l'oeuvre tel que le compositeur l'entendait. Ozawa a parfaitement compris ce que Stravinsky souhaitait pour ce ballet païen lorsqu'il disait qu'il "voulait tous (auditeurs/spectateurs) les envoyer en enfer". Après tout, l'histoire racontée métaphoriquement ici se conclut sur un sacrifice humain... Bref, Ozawa n'est vraiment pas allé dans la dentelle mais bien dans l'EFFICACITÉ BRUTE. C'est violent, lourd, rapide, sauvage, sans pitié et diablement efficace ; mais ça garde quand même toute la virtuosité nécessaire pour livrer la marchandise dans le département de la technicité suprême. De plus, la prise de son est juste orgasmique.
-3 autres versions chaudement recommandées : Yoel Levi (orchestre symphonique d'Atlanta, 1991) pour un enregistrement plus moderne mais qui vous prend aussi directement à la gorge, Leonard Bernstein (orchestre philharmonique de New York, 1958) pour son sens du rythme imparable (on sent vraiment l'aspect danse !) et Pierre Boulez (orchestre symphonique de Cleveland, 1969) qui dénature partiellement l'oeuvre en coupant sur la violence mais qui, fidèle à lui-même, se penche sur les teintes somptueuses et les intrigantes nuances enfouies au cœur de la partition.

...

« J’entrevis dans mon imagination le spectacle d’un grand rite sacral païen : les vieux sages, assis en cercle, en observant la danse à la mort d’une jeune fille, qu’ils sacrifient pour leur rendre propice le dieu du printemps. »
-Igor Stravinsky, février 1913

Vous en connaissez beaucoup vous des ballets qui ont causé une émeute lors de leur première représentation ? C'est pourtant ce qui est arrivé au Sacre du Printemps lors de son ouverture au Théâtre des Champs-Élysées à Paris, le 29 mai 1913, avec Pierre Monteux à la direction de l'orchestre et une chorégraphie de Vaslav Nijinski. Les gens n'étaient pas près à assister à un tel cataclysme. Cette oeuvre était un grand bond dans la modernité musicale et visuelle. C'était beaucoup trop lourd, trop rythmique, trop expérimental, pas assez "beau" et sage pour le tout-Paris chic. C'était beaucoup trop Metal, pourrait t'on même dire. Dès les premières notes de ce solo de basson schizoïde qui restera gravé dans mon cortex à jamais, le public a commencé à siffler. Et quand le rideau s'est levé, laissant entrevoir ces danseuses à nattes possédées et à moitié nues, gesticulant bizarrement, sautant grotesquement dans tous les sens, implorant une nature impie, ce fut le branle-bas-de-combat dans l'assistance. Certains se mirent à huer, d'autres (dont Ravel et Debussy, présents) criaient au génie. Il y en a même qui voulaient régler le cas des créateurs et artistes au coupe-choux. Des empoignades violentes entre spectateurs eurent lieu. Les sifflements/cris étaient tellement forts que la troupe de danse n'entendait plus l'orchestre (fallait le faire vu la lourdeur de la partition). On tenta désespérément de fermer/rouvrir les lumières pour calmer l'assistance en furie mais rien n'y fit. Bref, le chaos.

Heureusement, quelques années plus tard, l'oeuvre reçu enfin un succès critique mérité. Et Le Sacre du Printemps est maintenant considéré, à juste titre, comme une  des œuvres les plus importantes du 20ème siècle. On s'entend maintenant pour dire que ce cher Stravinsky a en quelque sorte révolutionné la musique classique avec son magnum opus. Son idée : mettre la rythmique en avant de tout et donc en faire l'élément central de sa musique. Du jamais vu/jamais entendu auparavant. Cette rythmique brute écrase tout, redéfinit tout, supplante même les autres éléments consistant la composition par moments... Tout n'est plus que pulsation primaire... et la musique devient une forme de Transe exutoire.

L'orchestre tout entier n'est plus qu'un monstre percussif qui assène des coups de maillet sur la caboche des auditeurs. Stravinsky a décidé de donner à la musique une dimension physique jusque là inégalée. Cette partition ne se veut pas belle, rassurante, intellectuelle et sobre. Non. Cette partition ne veut même pas vous terroriser l'esprit et le corps (même si c'est ce qui arrive). Elle ne tient pas nécessairement à vous surprendre ni à vous faire perdre tous vos repères (bien que c'est cela qui se produit). Elle n'en à rien à foutre de vos peurs, de vos inquiétudes, de votre cœur qui bat la chamade, de votre "bon goût" blessé. Non, cette composition, c'est juste une véritable machine à écrabouiller. C'est un rouleau-compresseur qui vous passe dessus à répétition. Et une fois habitué, vous en raffolerez. Je vous le promet. Vous ne pourrez même plus vous en passer.

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/igorrrrrrr_zpssivbats3.jpg)
IGOOOOOOOOORRRRRRRR...

Le ballet ne comprend pas d'intrigue ou de trame narrative à proprement parler. "C'est une série de cérémonies de l'ancienne Russie" (dixit le compositeur) qui se divisent en 2 grands tableaux musicaux comprenant chacun une introduction, suivis d'un cortège de danses païennes montant en intensité avant d'arriver à une danse finale venant clore le tableau. On commence avec "L'Adoration de la Terre" et son basson funeste et solitaire, évoqué ci-haut. Le tableau évoque la joie du Printemps retrouvé ; les hommes et les femmes se livrent à une danse incantatoire de glorification, piétinant le sol avec extase. Malgré cette candeur bon enfant, l'oeuvre nous assène bien rapidement ses dissonances et ses percussions en pleine gueule. En fait, le piétinement incessant est illustré par des gros coups de caisse claire. S'ensuit des danses toutes plus folles et consternantes les unes que les autres. On constate que Stravinsky est avant-gardiste aussi dans son approche de la transition entre les différentes danses... En fait, il n'y a tout simplement PAS de transition. Dès qu'une séquence bluffante se termine, on est tout de suite projeté cul-par-dessus-tête dans la suivante, souvent totalement opposée/différente, ce qui rajoute bien évidemment à l'aspect désorientant de l'oeuvre. Cela a du beaucoup rajouter au malaise des spectateurs d'origine... Bref, Strav faisait du Naked City et du Mr. Bungle avant l'heure ! Une fois rendu à la danse de la Terre qui clôt ce premier Tableau, on navigue dans une musique qui est à mon avis aussi brutale que du Morbid Angel grand cru.

Le deuxième Tableau, "Le Sacrifice", est encore plus sombre et commence de manière plus atmosphérique... Mais on sent dans la gravité des instruments que la menace plane. Comme son nom ET la citation placée plus haut l'indiquent (bah tiens !), la musique se veut le reflet du meurtre rituel d'une jeune femme. Quelque chose de bouillonnant se trame là derrière ces turlurettes hypnotiques. Et plus tôt que tard, on est justement replongé dans les miasmes de l'orchestre qui fait BOUM-BOUM-BOUM de l'oncle Igor. C'est comme du proto-post-rock (ouais, je me la permet celle là) croisé à du proto-math-rock, avec en prime, une élégance toute métallique (les blast beats sont in da HOUSE !). Cinq traumatismes crâniens plus loin et on se farci la fameuse "Danse Sacrale" qui vient mettre fin au délicieux supplice. Et QUELLE FINALE, mesdames-messieurs. Pour emprunter le concept de  Shtamane, "La Danse Sacrale", c'est la trame sonore d'un trou noir qui se créé dans le grand collisionneur de hadrons du CERN et qui détruit la Terre entière. C'est, avec certains paroxysmes Magma-iens, le final le plus fou que j'ai entendu de ma vie. Ça part dans tous les sens ; ça éclate à qui mieux-mieux, chaque son est plus GRAND et EXCESSIF que le précédent. Et puis, et puis... après une dernière détonation pétrifiante/somptueuse, on a droit à un pied-de-nez amusé de 2 secondes avant de repartir pour les sphères du silence réparateur (ou ptête une p'tite Pavane pour une infante défunte de m'sieur Ravel pour décompresser)

À chaque session-avec-bons-écouteurs (la meilleure manière d'apprécier la grandeur de cette musique tellurique) passée sur mon Sacre chéri, je n'en reviens pas à quel point il y a une ÉNORME part de ce que j'écoute et aime en musique actuellement qui découle directement de ce chef d'oeuvre inaltérable, indéfectible, inextinguible... Je ne rêve que d'une chose : voir un jour un orchestre de renom "live" interpréter l'oeuvre la plus importante du 20ème siècle. Après, je pourrai mourir en paix.

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/sacre_zpsrtjhtak1.jpg)
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Shtamane le 12 novembre 2015 à 16:25
J'ai déjà écouté le Sacre du Printemps, pas souvent, peut-être à deux ou trois reprises. Ça va être intéressant de réécouter avec la "grille d'écoute" que tu proposes. Du proto-death-métal? Y'a juste toi pour sortir une analyse flyée de même mais je suis sûre que dans le fond tu tiens quelque chose. Je dois aller vérifier de mes propres oreille et je commence ça drette là!
Titre: Re : Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 12 novembre 2015 à 17:13
J'ai déjà écouté le Sacre du Printemps, pas souvent, peut-être à deux ou trois reprises. Ça va être intéressant de réécouter avec la "grille d'écoute" que tu proposes. Du proto-death-métal? Y'a juste toi pour sortir une analyse flyée de même mais je suis sûre que dans le fond tu tiens quelque chose. Je dois aller vérifier de mes propres oreille et je commence ça drette là!

SURTOUT cette version qui est complètement sans pitié. Ozawa est un chef Grindcore.

après, tu pourras te repaître de la version Boulez pour voir les couleurs évoquées plus haut se former dans ton cortex gorgé à pâmoison d'euphorie.
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 12 novembre 2015 à 23:01
02. Brian Eno - Another Green World (1975)

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/eno_another_zpswb2t0yao.jpg)

Style : Art-Rock, Art-Pop, Prog, Ambient

L'art du dépouillement suprême. La folie créatrice contrôlée ; en mode zen. Le meilleur exemple de musique post-Satie qui existe. Une invitation dans cet étrange monde vert... un univers nouveau, limpide, pur, soyeux, hanté ; où chaque son respire majestueusement dans la nuit sibylline, où les contours sont pourtant familiers (Bali, l'Angleterre, le Japon, l'Amérique) mais se retrouvent sublimés pour devenir quelque chose qui est subtilement "autre", comme son nom l'indique. Des jungles bruitatives touffues où il fait bon se perdre, de petits villages autochtones bordés de montagnes brumeuses et d'océans d'émeraudes liquides, des vallées électriquement verdoyantes à perte de vue et recouvertes de pylônes chatoyants, des ponts de liane surplombant des nébuleuses en émission... La musique selon Eno est une aquarelle minimaliste où chaque détail sonore vient parfaire la toile de son créateur qui se définit lui-même comme un non-musicien et qui semble suivre des instructions créatives divines provenant de l'ancien livre chinois des transformations (ou Yi-King) ; par là je parle de ces fameuses cartes de tarot baptisées "stratégies obliques" (grand dada d'Eno) qui sont distribuées aux musiciens participant à l'enregistrement de ses albums depuis 1975 et qui contiennent des indications aussi farfelues/obtuses que "Demande à ton corps", "Fais honneur à ton erreur comme si il s'agissait d'une intention cachée" ou encore "Essaie de faire semblant!".

C'est alité dans une chambre d'hôpital (en récupérant d'un rude accident de voiture) que Brian Eno a imaginé ce nouveau monde sonore et cette idée de musique "ambiante" qui se veut la progression de la "musique d'ameublement" élaborée par notre cher Erik Satie en 1917. En 1975 (la même année), sortira d'ailleurs un premier essai purement ambient après l'album ici chroniqué, le très doux et bien nommé "Discreet Music". Mais avant de s'attaquer à cette mer de nuances éthérées qui ne quittera plus jamais vraiment sa musique, notre homme décide d'incorporer ces nouvelles idées dans le contexte d'un album-pop. Ainsi naît "Another Green World". Eno s'entoure d'acolytes précieux pour aider à la gestation. Il s'agit des meilleurs musiciens de session de l'époque : Phil Collins, alors surtout connu en tant que batteur exemplaire au sein de Genesis. L'incomparable guitariste de King Crimson, le perturbé, irascible et mathématique Robert Fripp. Le violoniste dadaïste proto-punk John Cale des Velvet Underground. L'élégant bassiste fretless de Brand X, groupe de jazz-rock dans lequel opère aussi Collins... Tout ce beau monde entre au studio en Juillet pour enregistrement un disque comme il n'en existe aucun autre.

Ce disque, c'est une série de petits haïkus instrumentaux qui vous transpercent l'âme avec une finesse indéfinissable, ainsi que quelques chansons surréalistes, tantôt cocasses tantôt sérieuses, venant parfaire le panorama. Délicieux mystère qui survole la musique de ce disque qui n'a pas pris une ride. D'ailleurs, cela pourrait sortir demain matin que ça aurait un impact beaucoup plus grand je crois bien... Le tout débute sur les chapeaux de roue avec un "Sky Saw" délirant, empreint d'une rythmique quasi-math-rock (Phil Collins utilisé à contre-emploi) entrecoupées par des digressions guitaristiques-dissonantes-électriques de master Eno. La basse de sieur Jones est juste orgiaque. Le tout se termine par une section d'alto grisante signée John Cale, recouvrant ce curieux white-man-funk des autres muzikos... Efficacité totale de cette pièce qui se veut la frontière entre notre univers et l'autre... celui dans lequel on va basculer dès la prochaine piste. "Over Fire Island", c'est franchement unique... Ça sonne comme rien. Il n'y a que le fabuleux trio d'Eno, Collins et Jones présent sur cette pièce instrumentale. Il y a des synthétiseurs déglingués et les bandes audio triturées de Brian, la basse funk ronronnante de l'oncle Jones + le Collins en mode métronome-obsessif-compulsif. La seule comparaison que je peux faire et qui rend un tant soit peu justice à titre bien bien particulier : c'est du proto-ESG-Indonésien.

Après, on goûte à une certaine forme d'extase avec "St Elmo's Fire". Aaaaah, je me souviens de la première écoute de ce titre. Noël 2001 ; j'avais reçu l'album en cadeau. Vers les 2 heures du mat, après les célébrations, je m'étais allongé dans ma chambre en écoutant le disque pour la toute première fois... Ce titre m'a happé tout de suite. De un, cet espèce de piano préparée vous va droit à l'âme. De deux, cette rythmique caribéenne-fêlée avec ses percussions synthétiques scintillantes restant solidement scotchées dans le cerveau à jamais. De trois, la voix caractéristiquement emphatique de Brian qui récite un texte fastueux ("In the bluuuuuuue, August mooooon") sur ce fond sonore abstrait. Et surtout, de quatre, le putain de tabarnak de cibolak de solo de Robert Fripp. Possiblement le meilleur solo de guitare que j'avais entendu de ma courte vie (cela le demeure je crois bien). Je me souviens d'avoir fait "repeat" 7-8 fois avant d'entamer la suite du DisK. Vraiment une des pièces musicales les plus importantes de mon passage sur Terre et qui sera dispo sur la trame sonore de mes funérailles (disponible sur Warp Records dans, je l'espère, au moins 50 ans).

Vient ensuite une de ces jungles électroniquement chargées évoquées plus haut en la forme de "In Dark Trees". La nuit est tombée sur le paysage et on flotte à travers le brouillard confus de cette forêt d'arbres chuchotant milles secrets à nos oreilles. Mugissements de vent cosmique, rythmique synthétique imperturbable... On sort du boisé juste à temps pour apercevoir un navire (le "Big Ship") s'envoler dans une mer de constellations réinventées... Et on se sent bien, comme si une vague de beauté pure nous traversait l'échine. Mais on se sent aussi bizarrement nostalgique... touché par cette étrange mélancolie d'un passé qui s'effrite en nous, par ces souvenirs de plus en plus distants/flous qui nous habitent. Magnifique dualité d'une musique qui peut autant faire sourire que pleurer. Dans "I'll Come Running" plein de gaieté bon-enfant, Brian le galopin nous dit qu'il va venir attacher nos godasses l'une à l'autre. Sacré plaisantin ! Cette espèce de pépite pop bourrée d'insouciance nous ramène à certaines chinoiseries de ses albums passés... Après, on goûte aux charmes discrets de la pièce-titre, la plus courte du disque. Ce n'est qu'un court mais splendide motif répété à la desert-guitar, au piano et à l'orgue farsifa. Beau. Très beau.

Le miracle sonore se poursuit avec une exploration de la faune de cet autre monde vert. En premier, on espionne ces sombres reptiles qui habitent dans les grottes du désert translucide situé en plein cœur de la planète neuve. Eno y va de son orgue Hammond, de ses percussions péruviennes et d'une tonne d'effets surnaturels pour illustrer l'aspect on ne peut plus bigarré de ces créatures aux yeux chargées d'une luminescence biscornue. Par la suite, Les espèces poissonnières sont étudiées sur un fond de mantra japonisant avec le retour de l'orgue farsifa et ce piano préparé à la John Cage. "Golden Hours" arrive alors, autre chanson-clé de l'aquarelle. Que d'émotions à chaque écoute. Autre trio. Cette fois, c'est Eno, Robert Fripp et John Cale qui s'y collent. Piano incertain, percussions spasmodiques, guitare sub-aquatique et orgue céleste de Brian se mêlent à un autre solo de guitare apaisé/paradisiaque de Fripp et à l'alto orientalisant de Cale... Les paroles obtuses de Eno me font encore chavirer la matière grise et les tripes avec ces espèces de cadavres exquis sur le passage du temps ; le jour se transformant en nuit (faisant prémisse à la fin de l'album qui se clôt par une nuit irréelle qui "englobe tout"), la vie terrestre qui passe tellement lentement mais tellement rapidement en même temps, la temporalité subjective, l'enfance, la vie adulte, la mort... À chaque fois que je survole ces lignes, j'en sors avec une autre interprétation mais qui ne sera jamais complètement définie...

"Becalmed" est une autre piécette atmosphérique qui vous arrache le cœur solennellement, avec volupté. On inspecte ensuite un volcan au petit matin avec ce "Zawinul/Lava" qui voit le retour de nos comparses Collins et Jones mais dans un contexte tout autre, où l'apaisement prend toute la place, où les silences impressionnistes font mouche. Collins a d'ailleurs dit que de travailler sur ces sessions avec Eno lui a fait envisager la musique d'une autre manière et a été une grande source d'inspiration pour son très bon premier album solo, "Face Value", et surtout pour son plus grand tour de force "In The Air Tonight" (qui demeure une sacrée chanson). "Everything Merges With The Night", introduite par cette guitare acoustique (qu'on entend pour la première fois) et ce piano délicat, est la dernière chanson de ce disque de chevet ; un genre de requiem serein pour cet univers déjà voué à disparaître (du moins, jusqu'à la prochaine écoute). Des ondes de guitare électrique viennent se superposer avec délice sur ce long fleuve tranquille... "Spirits Drifting", ce coda instrumental fantomatique, vient clore la peinture sonore de Brian. Cet éther-liquide me bouleverse autant que la scène finale de "Fire Walk with Me" de David Lynch, avec tous ces anges qui s’envolent au dessus de la chambre rouge, scène que cette musique pourrait d'ailleurs fort bien accompagner...

Cet album est félicité séraphique. J'utilise souvent le terme "intemporel" dans mes critiques mais je crois que c'est ce disque qui mérite le plus cet adjectif. Cet album accompagne ma vie depuis 15 ans et je n'ai pas encore percé tous ses secrets. Brian Eno vous invite à plonger dans ses rêves, ses questionnements métaphysiques, son éthique musicale devenue monde... Prenez un aller-simple pour cet autre macrocosme verdâtre...

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/eno_zpsaf1h05hr.jpg)
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 13 novembre 2015 à 00:37
PRÉFACE À UNE FIN PROCHAINE

Le fameux Top arrive à sa fin, chers amis.

Cela fait quand même depuis Février 2015 que je suis sur ce projet. Tant d'heures consacrées à mettre en mots (difficilement parfois) mon appréciation pour ces albums. Il y eu plusieurs coupures avec des mois entiers sans chroniques mais bon, grâce aux encouragements de mes comparses (que je vais mentionner dans un court moment), je suis presque arrivé au bout de mon cheminement.

Je voulais prendre le temps de remercier 2 personnes.

Thomas : Merci d'avoir suivi ce Top du début à la fin. Tes commentaires comptent beaucoup. Dans un monde idéal, si nous ne travaillons pas autant, on aurait le temps de discuter plus régulièrement, comme dans le bon vieux temps via ICQ (oh ! souveniiiirs !). Je t'avise que si je viens par chez-vous, je vais me faire un plaisir de couch-surfer chez toi et on s'écoutera beaucoup BEAUCOUP de musique ! En passant, j'ai un souvenir qui m'est revenu d'un de tes passages sur une radio (étudiante ?) où tu faisais jouer tes sélections musicales et tu avais passé "Warszawa" de Bowie/Eno. Aaaah, souvenirs ! Bref, c'est toujours un plaisir de discuter avec toi l'ami, même si c'est peu régulier. Take care mon pote !

Élyse : Une personne merveilleuse, qui m'avait beaucoup manqué  (autant que Twizz à qui d'ailleurs, je devrais écrire) lors de ces 12 longues années sans Webzine. Merci encore de m'avoir accompagné dans ce long délire. Un gros merci aussi d'avoir eu la riche idée de synthétiser mon Top 150 initial à un Top 20. Tu avais parfaitement raison. Si j'avais conservé le format initial, j'aurais fini en 2018.. Bref, les enfants, écoutez vos professeurs quand ils vous causent :D J'ai apprécié follement tes textes et je n'ai pas honte de dire que je les relis à l'occaz tant ils illustrent à merveille la musique décrite. Nos styles sont biens différents. Je suis plus "free form" ou "analytique intello avec BEAUCOUP trop d'adjectifs et métaphores boiteuses" (dépendant de la chronique) alors que tu y vas vraiment avec l'émotivité pure et tu amène des images sublimes avec tes mots. Encore bravo pour ta chronique de Joanna Newsom qui m'a fiché des malins petits frissons.Si jamais tu passes par Trois-Rivières ou si je fais mon tour à la métropole, faudrait se prendre un café et/ou bière. Si tu as toujours envie de pondre quelques textes sur mon blog, je devrais reprendre les rênes sous peu, dès que le Top sera bien fini :) You rulz, my friend !

Bon, ceci étant dit. Je vais moi aussi vous faire une petite liste d'albums qui aurait pu se retrouver dans le Top. En fait, comme Shtamane est parti à 30 albums et moi (une fois que je me suis contrôlé), je suis parti à 20, voici les albums qui se retrouveraient probablement dans les position 30 à 29, sans ordre précis.

Neutral Milk Hotel - In the Aeroplane over the Sea

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/neutral_zpsokcipbbh.jpg)

Du Psychedelic-Folk-Rock empreint de Goethe. Une histoire d'amour avec Anne Frank. Des paroles qui te fendent l'âme avec un couteau de boucher bien aiguisé. Émotivité à fleur de peau. Inépuisable source d'orgasmes sonores.

Genesis - Wind & Wuthering

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/genesis_wind_zpsfe9yvrli.jpg)

Des forêts anglaises peuplées d'elfes, de lutins grimaçants et de créatures fantasques... Genesis à leur plus automnal, avec des compositions d'une force tellurique, pouvant rivaliser avec n'importe quel grand compositeur romantique. Après un tel sommet, plus rien ne sera plus jamais pareil.

Sonic Youth - Goo

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/sonicyouth_goo_zpstlv68pso.jpg)

Le meilleur album de Rock alternatif jamais conçu... Des guitares vertigineuses, une prod de fou, une batterie syncopée, des compos toutes plus parfaites les unes que les autres, des hits underground à foison et une pochette complètement emblématique.

Cypress Hill - III: Temples of Boom

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/CypressHill3TemplesOfBoom_zpsvzusrljx.jpg)

Mon disque de hip-hop préféré.... On pourrait même parler de Dark-Hop ici. Des beats spectraux, jazzy, glaciaux, fantomatique, spooky. Un flow débile. The ultimate drunken or weed musik (bien que je ne fume plus).

Popol Vuh - In den Gärten Pharaos

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/popolvuh_zpsj3z7lafw.jpg)

Un voyage... Survoler des temples maya antiques à bord d'un UFO sur lequel on retrouve une impressionnante quantité de claviers, de synthés et un orgue d'église

Luciano Cilio- Dell'universo assentee

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/luciano_zps7udwnybz.jpg)

La plus belle musique au monde ? Entre prog, musique de chambre et divagation contemporaine, cet opus d'un homme éploré (qui s'est suicidé quelques années après la sortie de cette seule offrande discographique) est un de ces trésors retrouvés du 20ème siècle.

Joy Division - Unknown Pleasures

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/joydiv_zpswn8rykeb.jpg)

Meilleur. Debut. Album. EVER. Le Post-Punk dans toute sa gloire. Un chanteur complètement unique, qui nous a quitté trop tôt ; au bout d'une corde. Un son unique. Des paroles criantes de vérité. La NOIRCEUR suprême.

Stereolab - Dots and Loops

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/stereolab.jpg_zpsb2dkiwpx.png)

De la pop rétro-futuriste cinématographique qui englobe tout, de Morricone au Kraut-Rock, en passant par les cases Françoise Hardy, Brian Eno, le Post-Rock, l'Exotica, Tortoise, Serge Gainsbourg, Duke Ellington et j'en passe... Encore inégalé.

Nick Drake - Five Leaves Left

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/nick_zpslyqnnbn9.jpg)

Le plus touchant album de Folk jamais conçu... Une voix à vous tétaniser d'émotion un néo-nazi. Et "Way to Blue" est ma chanson préférée de tous les temps.

My Bloody Valentine - Loveless

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/mybloodyvalentine_zpsvnfza9cu.jpg)

L'invention de la Noise-Pop. Se noyer dans ces murs de guitares lysergiques et en redemander toujours plus. L'invention du son parfait. Des chansons sublimes ensevelies sous ce mur de son compact. Une voix divine qui surplombe le tout.
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Shtamane le 13 novembre 2015 à 10:49
Another Green World, quel super choix! Il est sorti  l'an passé cet album right?


Hein, non?  Quoi, 1975 !?!


Sérieusement, ce magnifique album avec tout ces petits morceaux variés est comme une sorte de grammaire de la musique, rempli d'éléments de langage de la musique pop qui allaient être réutilisés maintes et maintes fois dans les décénnies suivantes. Mes préférés sont St-Elmo's Fire, Littles Fishes et surtout The Big Ship qui est en soi une expérience religieuse. Je pense que tu as parfaitement saisi l'essence de l'album quand tu as écrit cette simple combinaison de 2 mots: félicité séraphique.

Pour tes "coupés au montage", me voilà bien malprise car à part Popol Vuh (qui était dans mon top original et qui aurait bien pu s'y trouver encore, si difficile de couper), je n'ai écouté aucun de ces albums. Ta description de Luciano Cilio met cet album sur le sommet de ma liste à découvrir, avec celui de ta japonaise adorée et tout les autres que tu as mis ici. Ta culture musicale est à des années lumières de la mienne, et disons que je m'y connais un petit peu, alors imagine! Je me trouve bien chanceuse d'avoir réussi à placer 2 ou 3 albums que tu ne connaissais pas dans mon top! Alors pour tout ça je t'envoie également mes sincères remerciements pour le travail colossal que tu as fait ici pour partager ta passion brûlante. Tu as toute une plume! Ça valait l'attente!
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 13 novembre 2015 à 12:54
Merci pour les beaux commentaires :) Et je te souhaite une belle découverte de tous ces différents trésors. En commençant avec Shiina et Luciano, tu ne peux pas te tromper, bien que ce soit 2 univers complètement différents.

J'ai décidé de te copier (encore!) et de dresser une liste de sortie de mon top 30 (incluant les 10 derniers de mon précédent post) selon les pays d'origine. Voilà ce que ça donne.

USA: 10
UK: 8
France: 3
Japon: 3
Allemagne: 2
Irlande: 1
Norvège: 1
Italie: 1
Suisse: 1
Russie: 1

Victoire à l'oncle Sam !
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Le Genius le 13 novembre 2015 à 15:38
Salade qui me remercie ... quelle bonne blague !

Salade, je te l'ai dit, redit, je le répète encore : je t'ai cherché pendant dix ans, je n'exagère pas. Je ne t'ai pas cherché tous les jours, soyons honnêtes, mais pendant 10 ans j'ai espéré relire ta prose, cette prose absolument unique, logorrhéique, folle, mais Ô combien divertissante.

Un jour je t'ai dit "fais moi découvrir des trucs que je ne connais pas", tu m'as dit "tu connais Bowie ?". Je me suis dit "il se fout de ma gueule". Tu m'as fait découvrir King Crimson, Eno, Bowie, Zappa ... Zappa. Ton père spirituel en écriture.

Au même moment, Shtamane me faisait découvrir entre autres Magma, Popol Vuh, Shub-Niggurath, Univers Zéro ... et aussi Crimson, Fripp. Shtamane, tu es la "Fripp" du duo quand tu rédiges. Chaque mot à son importance, ta plume est précise, concise, analytique. Elle va droit au but.

Impossible de ne pas nommer "Remember the Future" dont la contribution au forum du webzine et à ma culture musicale fut considérable. Il m'a fait découvrir Greatful Dead, que je redécouvre peu à peu.

Bref, merci à VOUS. À une étape charnière et très compliquée de ma jeune vie d'alors, vous m'avez permis de trouver un magnifique échappatoire, une source intarissable d'évasion : la musique.

J'espère que tout ne s'arrêtera pas avec la parution de votre numéro 1 (je m'attends à trouver de la couleur ...)..
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Le Genius le 13 novembre 2015 à 15:55
PS : merci pour Another Green World. Jamais génie n'a semblé aussi simple, aussi évident. La musique dans cet album EST ce qu'elle prétend être : un son produit par mère nature elle même. Écoutez sombre reptiles, fermez les yeux, et c'est évident : c'est bien la musique d'un reptile en mouvement qu'on entend. Si simple, si évidente, si belle. Idem pour Big Ship. C'est évident.

Ce chef d'œuvre n'a pas la reconnaissance qu'il mérite.
Titre: Re : Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 13 novembre 2015 à 16:30
Salade qui me remercie ... quelle bonne blague !

Salade, je te l'ai dit, redit, je le répète encore : je t'ai cherché pendant dix ans, je n'exagère pas. Je ne t'ai pas cherché tous les jours, soyons honnêtes, mais pendant 10 ans j'ai espéré relire ta prose, cette prose absolument unique, logorrhéique, folle, mais Ô combien divertissante.

Un jour je t'ai dit "fais moi découvrir des trucs que je ne connais pas", tu m'as dit "tu connais Bowie ?". Je me suis dit "il se fout de ma gueule". Tu m'as fait découvrir King Crimson, Eno, Bowie, Zappa ... Zappa. Ton père spirituel en écriture.

Au même moment, Shtamane me faisait découvrir entre autres Magma, Popol Vuh, Shub-Niggurath, Univers Zéro ... et aussi Crimson, Fripp. Shtamane, tu es la "Fripp" du duo quand tu rédiges. Chaque mot à son importance, ta plume est précise, concise, analytique. Elle va droit au but.

Impossible de ne pas nommer "Remember the Future" dont la contribution au forum du webzine et à ma culture musicale fut considérable. Il m'a fait découvrir Greatful Dead, que je redécouvre peu à peu.

Bref, merci à VOUS. À une étape charnière et très compliquée de ma jeune vie d'alors, vous m'avez permis de trouver un magnifique échappatoire, une source intarissable d'évasion : la musique.

J'espère que tout ne s'arrêtera pas avec la parution de votre numéro 1 (je m'attends à trouver de la couleur ...)..

Wow ! Me faire comparer à Zappa, c'est assez cool je dois dire  ;D. J'ai une admiration intense pour le bonhomme, sa musique, sa manière d'être et de s'exprimer, son éthique et ses écrits. Quand j'écris sur de la musique, je crois m'inspirer beaucoup de Boris Vian et Eugene Ionesco (deux auteurs dont le style littéraire me rejoint à 100 milles à l'heure... et un style dans lequel j'ai de la facilité à me laisser aller complètement), de Lovecraft, Stephen King et Poe pour les chroniques plus "horreur" et niveau chroniqueurs, j'apprécie beaucoup ce que font des mecs comme Dariev Stands et Saïmone sur le site "Guts of Darkness" (un ÉNORME recueil en matière de musique sombre et expérimental, lieu de plusieurs belles découvertes pour ma part).

Merci encore de ces beaux moments passés à discuter Musique! via ICQ ou directement sur le forum Musique! d'antan. Si il y a bien une chose qui me manque de mon métier de disquaire, c'est de pouvoir jaser musique constamment, de recommander des disques, de faire soi-même des découvertes suite aux suggestions de collègues/clients... Ce fut 5 belles années, malgré le salaire dérisoire (dont la moitié passait en disques, films et bouquins, bien sûûûûr!).

La musique est la meilleure des drogues.

Suite à la parution du numéro un, j'ai encore projet de continuer à écrire sur la musique. Cela se fera sous forme de blog, tel que suggéré par Credo. J'ai déjà publié 3-4 textes là il y a quelques mois mais je vais tenter d'être plus assidu lors des prochaines semaines. Je devrais probablement tout remettre le top 20 dessus mais je vais me servir aussi de ce site pour jaser nouveautés, courants obscurs, publier des mixtapes (si le temps le permet). J'ai d'ailleurs invité Shtamane à écrire quelques textes (si son horaire du temps lui permet elle aussi) sur le site. Ça va se passer ici :

http://www.autres-frequences.blogspot.ca/ (http://www.autres-frequences.blogspot.ca/)
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 26 décembre 2015 à 23:11
01. Boredoms - Super æ (1998)

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/boredoms_superae_zps1kbktmk3.jpg)

Style : SUPER

Le meilleur album de tous les temps est japonais (je me répète mais... pouvait-il en être autrement ?). C'est le disK qui synthétise TOUT ce que j'aime en musique et qui, en même temps, redéfinit ce qu'est la musique comme forme d'expression artistique libre, synergique et totale... Imaginez vos rêves les plus fous devenus réalités lysergiques, messieurs-dames. Imaginez que vos fantabulations soniques les plus osées/déraisonnables se concertent obsessivement-compulsivement pour devenir une panoplie quasi-infinie d'univers-pour-tympans-opiacés-et-délurés-jusqu'à-pâmoison-orgasmique en 4D... non, en 5D... euh, en 15D + LSD... bah, avec les Boredoms on ne compte plus les dimensions. Cela va au-delà d'une spatio-temporalité que même le cerveau ravagé d'un Philip K. Dick en pleine déréalisation ne pourrait concevoir... Du bonbon grisant pour tous vos sens saturés à 70000000 milles à l'heure... IMAGINEZ : Can, Pink Floyd, Gong, Les Residents et MAGMA qui sont réincarnés en tant qu'enfants-autistes-superpsychiques du projet AKIRA et qui décident de créer une sorte de messe-liesse à l'intention des étoiles. IMAGINEZ ce bon vieux Captain Beefheart qui se la joue soudainement space-rock avec un nouveau Magic Band formé sur Canopus. Ça BRILLE, bordel. Ça grille-les-neurones-brille-brille-mes-frères-et-seuls-amis, nom d'une pipe en bois rond... C'est... meilleur et PLUS IMPORTANT que le meilleur disque de tous les temps... C'est tout simplement BIBLIQUE, ce truc. Et ça à une âme grosse comme une demi-trillion de camions citernes multicolores qui déversent des confettis explosifs-incandescents dans un canyon de lumière pure. C'est l'expression SUPRÊME de ce QU'EST la musique psychédélique dans toute sa splendeur tellurique. Aussi intensément rigoureux que Strav sur son Sacre divin, aussi ROCK-pur-jus que les Stooges à leur époque proto-punk triturée de saxophones acides, aussi AVANT-PROG qu'un CAN qui se refuse toute catégorisation, aussi délicieux qu'une orfèvrerie Beach Boys-esque à la graisse de renoncule, aussi tribal que des folies balinaises au GAMELAN, aussi planant que le Floyd des débuts dada-beat... OH !!! They dId the MASH !!! they DiD the MONSTER MaSh (HAPPY-Godzilla in tha house, avec des lunettes de Soleil rose-vermeille-poilues qui se la joue gangsta dans un néo-Tokyo imaginaire composé à 84,35% de tendre et juteux ananas) !!!!

J'ai découvert les Boredoms grâce à John Zorn, ce sympathique saxophoniste-compositeur-avant-garde-folichon-new-yorkais, qui utilisait les talents vocaux un brin particuliers de Yamantaka Eye (chanteur/compositeur des Boredoms) pour son projet GRIND-Jazz Naked City (à découvrir de toutes urgence pour les fans de musique violente, hyper technique et aventureuse). J'ai tout de suite été séduit-bluffé-terrifié par ces cordes vocales élastiquement vôtres... Ce n'était plus du chant. Ça allait au delà de tout ce que les Mike Patton, Björk, Scott Walker, Diamanda Galas, Enrico Caruso, Billie Holiday, Screaming Jay Hawkins et Tom Waits de ce monde pouvaient se permettre... Logiquement, dès que j'ai su que le mec avait un groupe bien à lui, votre détective au sourire si carnassier est allé à la découverte, sans peur ni regret. Je dévalai d'abord les pentes sinueuses d'un "Chocolate Synthesizer" (paru en 1995) magistral de "fuckitude" punk-noise-japonisante-KAWAÏ, dernier petit joyau de leur période première mais qui laissait entrevoir les débuts d'une musique plus "construite", tout en ne perdant rien de ce qui rend la musique de ces emmerdeurs irrévérencieux si attachants : la LIBERTÉ. De la grande musique de CRÉTIN-GÉNIAL. Le stop suivant dans la grande tournée des mondes inexistants serait ce "Super æ", l'oeuvre de transition SUPERlative entre le vieux-Boredoms et le Boredoms-nouveau (exit la TERRE, bande de petits truffions).

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/boredoms_zpssffqoptt.jpg)

Track-by-track, mes chers amis. Mais avant, pour vous mettre dans le contexte : un doux matin de Décembre, vous venez d'apprendre en z'yeutant la célèbre émission "Salut ! Bonjour !" de L'E-X-C-E-L-L-E-N-T-E chaîne télévisuelle TVA que des scientifiques ont découvert l'existence de vortex intemporels (au Brésil et en Papouasie-Nouvelle-Guinée, plus précisément) qui mènent vers des dimensions jusque là inconnues... Et suite à cette annonce renversante, l'animateur-maison préféré des dames Gino Chouinard se met à danser frénétiquement une espèce de samba-expérimentale décadente "live" à la téloche. Et HOP ! Brutalement, comme ça : Gino se transforme en un Brocoli Géant... SACREBLEU !!! Un petit zapping à la BBC Newz et on nous dit que la première équipe d'explorateurs revient tout juste de sa première investigation dans ce macrocosme bordélique et ont rapporté, entre autres, des légumes-racines électriquement chargés (des genres de topinambours irradiés qui brillent dans le noir), des épices qui incendient les palais humains d'une manière jusque là insoupçonnée, de la fourrure de chacal étoilé eeeeetttttt surtout... un CD offert par un grand sachem perché sur une butte recouverte de gazon violet et de plantes carnivores. Ce disK serait l'occasion de découvrir la culture musicale de cet autre monde.

Super You : Accrochez vos écouteurs. Left-right-left-right. Ces divigations sonores introductoires se balancent d'une oreille à l'autre. Les sons sont aspirés, ré-aspirés, re-vomis. La vitesse change, double, triple, ça ralenti, ça va plus vite. Et soudainement, un gros riff de stoner acidulé vient faire irruption. Et lui aussi est aspiré à son tour dans un trou noir béant. Perte de repères. Trip hallucinogène de champis sur la montagne chauve pendant qu'un espèce de dude japonais à rastas t'actionne son chèche-cheveux thermodynamique à transmodulations variables à deux millimètres des oreilles. Black Sabbath sur les speeds dans une sécheuse à dry-spin. Jam band d'électro-ménagers. L'équivalent musical de se retrouver dans un blender branché sur le 110. Et cette finale percussive en forme de choucroute aux ogives me régale à chaque écoute jouissive.

Super Are : Les Boredoms qui s'adonnent à une certaine forme de New Age post-cosmique... Terry Riley qui mange des cierges d'églises au pesto pendant que des Incas se tartinent le corps avec de l'encens liquéfié. C'est terriblement beau et apaisé, surtout après ce premier morceau en forme d'infarctus. Notre bon ami Yamantaka nous susurre un mantra divin ("You aaaareeeee !!!"). Ça part en tribalo-kek-chose. Et la lourdeur électrique mal calibrée revient nous frapper en pleine gueule. Des tsunamis de larsens de guitares investissent notre cortex pendant que le mantra se poursuit. Interprétation kraut-rock-libre mettant en scène Magma et Sonic Youth + 700 batteurs. Dieu que j'aime le côté on-ne-peut-plus-percussif des Boredoms, dignes transfuges de Stravinski ci haut mentionné.  Le tout se conclut par ce torrent de voix qui agrémente l'album par-ci par là.

Super Going : Un TRÈS GRAND moment de musique... et possiblement mon morceau préféré d'un album qui n'a pas pourtant pas fini de nous surprendre... NEU! sont de retour en version bouddhiste-goa-trance les potes ! Possiblement le plus grand morceau de rock germanique de tous les temps... et créé par des Japonais ! Ils ont out-germanisés les Allemands les vils salauds ! De la grande musique tribalo-ritualistique-répétitive où la candeur bon enfant rime avec une certaine forme de violence rythmique sans égal. Un squirting orgasme infini mis en musique. Ça dure 12 minutes mais j'aurais pu en bouffer 700 000. Et quand on pense avoir finalement commencé à intégrer-digérer le détraquant délire et ses effets-spéciaux-psycédélicos-modulaires, il y a un espèce de revers totalement inattendu qui part-en-couilles-rythmiquement-parlant. L'aspirateur magique des Boredoms (qu'on peut maintenant considérer comme membre à part entière du groupe) se remet de la partie et syncope le tout. Un cri de bravoure héroïque fait repartir nos héros vers d'autres contrées acidulées. On termine dans un tel chaos, un essoufflement logique où les respirations des instruments qui pourraient s'apparenter à des chants de gorges se fondent dans un code morse approximatif.

Super Coming : HOLY FUCKIN SHIT que j'aime ce morceau !!!!!!!! Une guitare à la Faust introduit une scène de rue dans une Afrique de l'Ouest transposée dans la galaxie EGS-zs8-1. Il y a du Capitaine-Coeur-de-Boeuf dans l'air alors que Yamantaka fait sa meilleure personnification du célèbre chanteur-peintre texan. Vocaux d'homme des cavernes sur un trip d’inhalation d'essence, offensives guitaristiques noisy-licieuses qui virevoltent un peu partout dans l'éther, batterie ultra binaire rappelant le "It's a Rainy Day (Sunshine Girl)" de Faust + une basse toute en pesanteur qui l'accompagne avec brio, chœurs mescalins venant porter renfort au soliste-en-transe, cris déments dans la nuit sauvage... Puis cette finale plus Can que Can-tu-meurs (ça me rappelle leur "She Brings the Rain"). Une autre chanson (?) de 12 minutes stupidement géniale OU génialement stupide, c'est selon.

(http://i1375.photobucket.com/albums/ag446/Crepuscule85/Boredoms%201_zpsgxy6digu.jpg)

Super Are You : La seule pièce qui rappelle pas mal l'ancien Boredoms schizoïde, avec un début tout en ribambelle-dada-punk triturée par les adorables hurlements post-juvéniles de Eye, ces synthés kitschounets de série Z qui pondent des sons atrocement merveilleux, cette batterie iconoclaste où vient s'ajouter une collection de casseroles, cette guitare désaccordée (qui n'en a d'ailleurs vraiment rien à foutre d'être désaccordée). Le maître mot est FUN. Des explosions, des changements de styles à toutes les 2 secondes, des mélodies complètement autistiques, du gros bruit qui tache, des amplis ultra-cheap qui défoncent, des instruments-jouets à foison (ToyS R'Us meets the AvAnT-GaRdE). on dirait Mr. Bungle mais si ils étaient Japonais. Tellement con. Mais tellement bon. On pourrait écrire une thèse de doctorat sur cette pièce et tout ce qu'elle contiendrait, c'est le mot "SUPER" 300 000 fois ainsi qu'un bout central de 53 pages où ce serait juste indiqué "AAAAAaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaAAAAAAAAAAAHHHHHHH !!!!!!" à répétition (en plusieurs polices différentes) + le dessin d'un coati à nez blanc qui joue de la flûte traversière en lançant des rayons lasers avec ses yeux.

Super Shine : La culmination grisante de tout ce que les Boredoms ont élaboré jusque là... En ouverture : le bad trip d'un Nintendo 8-bit. Vient ensuite la rythmique suprême, point d'ancrage de la pièce. Une rythmique qui serait en fait cousine distante d'une du Tago Mago de Can, mais avec un aspect africain (voir même reggae pour la basse) en plus. Cette rythmique de fous grandit, grossit, s'intensifie... Viennent se greffer différents éléments formidables, comme ces voix possédées par la joie d'être content d'être satisfait d'être heureux. Ça se distortionne tout autour, les claviers qui vrombissent, se dilatent, la musique s'entrechoque, se disloque en elle-même. Mais ya toujours la rythmique au centre qui elle n'en démord pas... C'est la folie messieurs-dames !!!! Des papillons gros comme des manoirs volent partout à travers ça, j'vous le dis. C'est Super Papillon leur chef, un Super-héros qui a été mordu par un papillon radioactif quand il était jeune. Il a un masque HALLUCINANT et des ailes en acrylique pure. Et puis il y a des moines tibétains qui se balancent aussi sur leur bol chantant. Et n'oublions pas l'homme avec une tête de nénuphar, avec sa cravate biconcave, ses gants de vaisselles toujours ajustés, sa montre arc-en-ciel prête à mordre des pissenlits à tout moment. La peuplade des fougères vient se joindre à la cérémonie néo-païenne qui a lieu près du Mont Fuji, à 4 heures du matin. On a décidé de faire frire la montagne. ou la faire "rire", je sais plus trop... Putain, j'ai échappé mon briquet.

Super Good : Miraculeux coda ambiant-prog-jazzé.... Parallèle à faire avec le dernier truc sur M.D.K. dont le nom m'échappe toujours. C'est beau en diable. C'est un peu la dernière scène de Aguirre de Herzog, avec les singes capucins sur le radeau qui flotte sur un Amazone surréel. Grésillements doucereux de matière grise. Comment prenez vous votre âme ? Tournée, le jaune intact s'ilvousplaît !

Bref... Je me suis égaré parce que ce disque est une substance illicite en soi. Son écoute est dangereuse et rend même dépendante à deux choses en particulier : la liberté et l'imagination. Super ae est plus que le super meilleur disque au monde entier. C'est l'expérience sensorielle d'une vie. C'est un monde où il fait bon se perdre ; où en fait on se perd délicieusement un peu plus à chaque fois. Avec les Boredoms, on sourit à la vie. Les couleurs sont plus belles. Les femmes sont plus belles aussi. La bouffe goûte meilleure. L'air est plus pur et le bruit du vent peut nous émouvoir. La magie existe encore. Si quelque chose d'aussi merveilleux peut exister et bien on se dit qu'on est chanceux de pouvoir faire parti de ce grand TOUT incommensurable qui nous abrite.

Best thing ever.
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Shtamane le 9 janvier 2016 à 20:40
À mon tour de te dire merci pour le travail immense que tu a mis dans ton top vingt. Toujours un plaisir de lire tes logorrhées dithyrambiques! Et même si, j'avoue, ton numéro un me fait gratter la tête, je ne peux que m'incliner devant cette excellente sélection que tu nous a présentée ici, résultat probablement d'une quantité phénoménale d'explorations dans les recoins les plus obscurs de la musique, que peu pourront jamais pouvoir se targuer d'avoir accomplies. Surtout pas moi....

Et puis, c'est entre autres dans ce topic que j'ai découvert la musique de Alpes... pour ce fait seulement je lui doit toute ma reconnaissance.

Merci!
Titre: Re : Top Musique! de Salade d'Endives - Version 2.0.
Posté par: Salade dendives le 10 janvier 2016 à 16:37
Tout le plaisir fut pour moi chère amie :D !!! Ce fut en effet des heures et des heures de rédaction mais cela en à valu la peine !

Et je fus très heureux de répandre la bonne nouvelle de Alpes en ces terres webziniennes.